Préserver le patrimoine oral francophone de l’oubli

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Robert Richard devant la station audio de la salle de numérisation audiovisuelle, à l’Université de Moncton. Photo: Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson
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Publié 26/04/2024 par Eya Ben Nejm

Si les traditions orales, les danses et les contes sont un moyen de renouer avec ses racines, encore doivent-ils être conservés et accessibles. Différentes méthodes sont mises en place pour tenter de préserver les mémoires du folklore canadien francophone: notre patrimoine oral. Mais la partie la plus difficile reste leur mise en valeur.

«Il faut savoir d’où est-ce qu’on vient pour pouvoir avoir une idée d’où est-ce qu’on veut se diriger, et ça fait partie de l’identité», déclare Patrick Breton, directeur général du Centre franco-ontarien de folklore (CFOF).

Pour laisser une trace de ces traditions, les archivistes numérisent les rubans magnétiques, les cassettes, les disques compacts, les vinyles et les enregistrements, explique Erika Basque, assistante archiviste au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC) de l’Université de Moncton.

l’archiviste Robert Richard
Patrick Breton, directeur général du Centre franco-ontarien de folklore lors du Festival de contes les vieux m’ont conté en 2023. Photo: Léo Duquette

Une histoire d’héritage

Le patrimoine oral est souvent présenté comme ce qui n’est pas retraçable à l’écrit, comme «les croyances populaires, les histoires de la vie, les histoires de familles, les histoires locales et tout ce qui se transmet de bouche à oreille», énumère Robert Richard, archiviste en ethnologie acadienne au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC) de l’Université de Moncton.

Créé en 1968, le Centre cumule une collection d’héritage et d’histoires acadiennes de diverses régions, comme les provinces maritimes, mais aussi des documents venus de la Louisiane et de la France.

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l’archiviste Robert Richard
Pour l’archiviste Robert Richard, son travail et sa passion de collectionneur lui ont permis de développer des connaissances et d’apprendre davantage sur son histoire. Photo: Mathieu Léger

Susciter de l’intérêt

«Mais le plus grand danger, c’est en fait que plus personne ne sache que ça existe ou n’ait envie d’en faire quelque chose», s’alarme le professeur.

Selon lui, la solution réside en partie dans l’enseignement de la culture orale dans la société en développant une dimension pédagogique, par exemple dans les écoles.

«C’est-à-dire de mettre en situation, par exemple, des écoles autour de savoir-faire et de savoir-être […]. Si je reprends l’exemple de fabriquer du pain, si on montre simplement comment on fabriquait le pain avant, c’est un savoir-faire, mais on n’aura pas vraiment compris tout ce qui allait avec, c’est-à-dire comment ça crée une dynamique sociale», explique André Magord.

Collaboration avec les écoles

Pour Patrick Breton, les programmes scolaires doivent s’intéresser davantage aux contes et aux danses traditionnelles en mettant en place assez de ressources pour offrir une bonne formation aux jeunes.

L’archiviste en ethnologie acadienne Robert Richard et Erika Basque du CEAAC encouragent également la collaboration avec les écoles pour intéresser les plus jeunes aux archives orales.

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«On a eu quelqu’un qui est venu travailler au centre l’été, donc c’est intéressant de voir quelqu’un de plus jeune qui a cet intérêt-là. Ça donne une lueur d’espoir pour ce secteur-là», se réjouit Erika Basque.

Une autre alternative reste d’encourager les professeurs d’autres disciplines à travailler avec des fonds oraux pour diversifier avec les sources écrites, insiste l’assistante archiviste.

Le Centre franco-ontarien de folklore tient aussi à intégrer les nouveaux arrivants pour leur faire découvrir la culture et l’histoire des Franco-Ontariens. Patrick Breton s’assure d’inclure une diversité de conteurs dans les festivals, confie-t-il.

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Selon André Magord, la solution pour préserver le patrimoine oral réside dans son enseignement. Photo: Eya Ben Nejm

La préservation par le partage

Numériser permet d’empêcher les archives de disparaître à jamais, mais cela ne suffit pas. Pour préserver le patrimoine, il faut aussi le transmettre et le valoriser, précise le professeur André Magord, professeur de civilisation nord-américaine à l’Université de Poitiers, en France, et ancien directeur de l’Institut d’études acadiennes et québécoises (IEAQ).

La plateforme numérique Francoralité, mise en place par l’IEAQ, est un exemple de moyen de transmission. Elle documente des fonds de littératures orales à l’international, mais fait aussi découvrir l’héritage des populations francophones à travers le monde.

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«[Francoralité] permet de prendre conscience justement des différences de cette culture orale, qui est partie de [la France]; comment elle s’est transportée, comment elle a migré, si vous voulez, d’un endroit à l’autre en se transformant», indique André Magord.

Le projet est toujours en cours, «parce que c’est une opération très complexe de mettre en place une plateforme numérique internationale», précise-t-il.

Des histoires marquantes

Ses années de travail en tant qu’archiviste et collecteur ont permis à Robert Richard d’acquérir «des connaissances [qu’il] n’avait pas nécessairement vécues ou entendues à la maison».

Tout comme sa collègue Erika Basque qui, à l’occasion de la Chandeleur, était tombée sur le récit d’un homme qui décrivait les coutumes de la célébration dans le temps.

«C’était des gens qui faisaient du porte-à-porte puis, ensuite, il y avait une chanson qu’ils chantaient dans les maisons, puis une danse qui venait avec ça. La danse s’appelait l’escaouette», raconte-t-elle.

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Selon Erika Basque, assistante archiviste, plonger dans le patrimoine oral permet de ressentir la nostalgie, les diverses émotions et d’écouter les différents accents francophones canadiens. Photo: Mathieu Léger

La Chandeleur, c’est quoi?

Fête d’origine païenne, la Chandeleur devient au Moyen-âge une fête chrétienne célébrée le 2 février, soit 40 jours après Noël. Elle fait référence à la présentation de Jésus-Christ au Temple après sa naissance. La Chandeleur est aussi appelée la fête de la purification.

Le 2 février, le Canada célèbre aussi le jour de la marmotte.

Écouter un récit oral, c’est ressentir la nostalgie derrière les voix, entendre les rires et les exclamations, mais aussi écouter les divers accents «qui viennent du nord de la province, du sud, de la Nouvelle-Écosse, de [l’Île-du-Prince-Édouard], du Québec», poursuit Erika Basque.

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