Plantes médicinales: l’expérience d’Haïti pour contrer la covid

Entretien avec la botaniste Marilise Neptune Rouzier

covid, Haïti, plantes médicinales
Haiti possède une vaste diversité de produits agroalimentaires. Photo: Centre Banyen
Partagez
Tweetez
Envoyez

Dès le début de la pandémie de covid en 2020, la population d’Haïti s’est tournée vers ses plantes médicinales. On s’est mis à concocter diverses recettes et à les partager, avec un certain succès. La botaniste Marilise Neptune Rouzier était au front.

Selon l’Agence Reuters, au 9 mai 2021, Haïti comptait 13 164 cas de covid confirmés et 263 décès dus à la maladie. Pour une population plus ou moins équivalente, à la même date, la République dominicaine voisine comptait 270 600 cas confirmés et 3 523 décès.

Marilise Neptune Rouzier, Haïti
Marilise Neptune Rouzier

Face au manque de moyens de la médecine officielle d’Haïti, Marilise Neptune Rouzier, professeure à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’Université d’État d’Haïti, a mené des recherches bibliographiques en vue d’identifier des remèdes naturels pouvant modérer la catastrophe annoncée.

En juin 2020, l’Université d’État a constitué un jury de cinq professeurs, incluant Mme Rouzier, devant donner un avis scientifique et éthique sur les recettes utilisées localement.

Un rapport préliminaire a été rendu par ce jury en juillet 2020, et un ouvrage sortira bientôt sur le sujet.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Les plantes médicinales pour limiter la catastrophe sanitaire 

«Tout d’abord, penser à la prévention, en renforçant le système immunitaire», cite Mme Rouzier. «Autres objectifs: soulager les symptômes de la maladie et lutter contre ses complications.»

La botaniste a proposé l’usage de plusieurs plantes médicinales via différents médias. Elle signale qu’elles n’agiront pas avec la rapidité des remèdes synthétiques. L’action sera plus lente et moins ciblée.

«Ces traitements n’apporteront pas la guérison face à cette virulence, mais pourront limiter les dégâts.»

Voici quelques-unes des plantes retenues par professeure Rouzier:

  • La cerise du pays (Acerola), remarquable source de vitamine C qui renforce les tissus épithéliaux et active la production d’anticorps.
Marilise Neptune Rouzier
Acerola. Photo: Henri David Eustache.
  • Le Moringa, riche en fer, en vitamines et en protéines indispensables au système immunitaire.
Marilise Neptune Rouzier
Moringa. Photo: Henri David Eustache.
  • Le cresson de fontaine, agissant par ses vitamines A, C, E et par des minéraux tels zinc et soufre reconnus pour leur action protectrice; aussi riche en sulphoraphane capable d’atténuer l’inflammation en mitigeant l’expression des cytokines inflammatoires causant de graves détériorations des organes.
  • Les Citrus (jus, pelure), antibactériens, prévenant la formation de caillots sanguins et contenant des substances comme la naringine et la diosmine qui pourraient ralentir l’action du virus ou atténuer la tempête cytokinique.
Marilise Neptune Rouzier
Citrons.
  • La Grenade renfermant de la punicalagine (jus, pelure) ralentissant l’entrée et la diffusion des virus dans l’organisme.
Marilise Neptune Rouzier
Grenade.
  • Le Pourpier, riche en fer et en oméga 3, s’étant montré capable de réduire l’œdème  lié aux maladies inflammatoires des poumons et de prévenir les complications vasculaires, tout en luttant contre le manque d’oxygène au niveau des tissus.
  • Le Girofle, antimicrobien, fébrifuge, anti fatigue, analgésique et anti coagulant.
Girofle. Photo: Henri David Eustache.
  • La Cannelle, antibactérienne et anticoagulante.
Marilise Neptune Rouzier
Cannelle. Henri David Eustache.
  • Le Gingembre, anticoagulant, pouvant bloquer l’entrée de certains virus au niveau respiratoire, réduire l’inflammation au niveau des bronches et moduler l’immunité.
Marilise Neptune Rouzier
Gingembre. Photo: Henri David Eustache.
  • L’oignon, agissant contre les symptômes (grippe, rhume) et capable de moduler les réactions inflammatoires de l’organisme.
  • Les Lamiacées (thym et basilic), à action antivirale, agissant sur des enzymes clefs du cycle de vie des virus et sur plusieurs symptômes.
  • La vitamine D: il a été démontré que les gens ayant une bonne teneur sanguine en vitamine D résistent mieux à la covid.
Marilise Neptune Rouzier, Aloe vera Photo: TRAMIL
Aloe vera Photo: TRAMIL

Recettes haïtiennes de plantes médicinales

Le jury constitué par l’Université d’État a donné son avis sur les recettes utilisées par la population, basé sur une recherche bibliographique concernant les produits contenus dans les recettes et la compilation des données.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

67 produits ont été recensés: une soixantaine d’espèces de plantes, cinq produits d’origine animale et deux d’origine minérale.

Les huit produits les plus fréquemment retrouvés incluent le miel, le gingembre, le citron, l’aloès, le girofle, l’ail, l’oignon, la cannelle. Cinq de ces produits figurent dans la liste de ceux déjà recommandés par Mme Rouzier.

covid, Haïti, plantes médicinales
Jardin collectif à Vallue en Haïti. Photo: Centre Banyen

Le Momordique et l’Eucalyptus sont aussi très présents. Le premier augmente la résistance aux infections virales. Le deuxième renferme de l’eucalyptol qui aurait le potentiel de s’opposer au virus.

«Les recettes de plantes médicinales sont rarement formées d’un seul élément. Ce sont des associations de plusieurs produits combinant leurs effets. Par exemple l’utilisation combinée du gingembre, de l’oignon et du miel.»

Connaissances phytothérapiques 

«Malgré le désarroi dans lequel cette pandémie l’a plongée, la population haïtienne a réagi en faisant un choix plutôt approprié de produits et d’associations», selon Mme Rouzier.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

«Les recettes identifiées ont le potentiel d’agir à différents niveaux pour prévenir la maladie, soulager les symptômes et empêcher la survenue de plusieurs complications de la covid ou de les atténuer.»

Haïti, Jardin communautaire. Parc de Martissant. Photo Edine Celestin
Jardin communautaire. Parc de Martissant. Photo Édine Célestin

«Ceci témoigne des bonnes connaissances qu’a la population des plantes médicinales et de son adresse à les manier.»

«Le peuple haïtien n’a jamais renié cet aspect de sa culture en dépit du fait que la plupart des médecins conventionnels sont encore réticents et y font rarement appel», déclare Mme Rouzier.

 À propos de Marilise Neptune Rouzier 

Marilise Neptune Rouzier, de nationalité haïtienne, détient une maîtrise en Sciences biologiques et botanique obtenue à l’Université Laval de Québec.

Professeure de botanique à l’Université d’État d’Haïti depuis plus de 25, elle coordonne un programme de recherche sur les pratiques médicinales populaires et est membre du réseau TRAMIL œuvrant à la valorisation des plantes médicinales de la Caraïbe.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.
Plantes médicinales d'Haïti, ouvrage de Marilise Neptune Rouzier
Un ouvrage de Marilise Neptune Rouzier.

La botaniste est l’auteure de plusieurs ouvrages. Citons Plantes médicinales d’Haïti décrivant 225 espèces médicinales du pays, leurs propriétés et usages.

Mme Rouzier a participé à la mise en place du jardin éducatif de plantes médicinales dans le Parc de Martissant en banlieue de Port-au-Prince, à l’initiative de la FOKAL.

Haïti, plantes médicinales
Vie aérienne de Martissant. Photo: Patrick Amazan

Médecine populaire émergente

Dans un pays comme Haïti où les médicaments sont hors de prix pour la population et où la médecine traditionnelle est très pratiquée, Mme Rouzier met ses connaissances académiques au service des savoirs locaux pour favoriser l’émergence d’une médecine populaire à assise scientifique.

Ceci peut contribuer à renforcer les usages en cours et habiliter les médecins conventionnels à proposer des plantes médicinales fiables à leurs patients.

covid, Haïti, plantes médicinales
Jardin médicinal au parc de Martissant. Photo: Rayginald Louissaint

«En attendant un traitement spécifique contre la covid, la population doit continuer à appliquer les gestes-barrières possibles et à renforcer son immunité à l’aide des produits locaux disponibles pouvant aussi l’aider à mieux gérer l’affection», précise professeure Rouzier.

«En cas de complications, il est impératif de consulter un médecin.»

Partagez
Tweetez
Envoyez
l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur