Haïti : le possible au coeur d’un immense défi social

Le Parc de Martissant à Port-au-Prince

Zone de Martissant (Photo: Patrick Amazan)

Zone de Martissant (Photo: Patrick Amazan)


11 septembre 2017 à 16h07

Juin 2017, nous traversons en voiture le quartier Martissant situé à 15 minutes du centre-ville au nord de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

Les chemins sont essentiellement piétonniers. La population locale déambule parmi une multitude de petits commerces en plein air installés au hasard sous un soleil écrasant. Un quartier surpeuplé où l’accès à l’eau, l’électricité, à la santé et l’éducation sont limités, tandis que le ramassage des déchets est réduit au minimum.

Puis, le Parc de Martissant, logé en plein coeur du quartier Martissant, surgit tel un mirage d’oasis: un vaste espace naturel urbain (17 ha) ouvert au public depuis 2012, dont le remarquable aménagement permet d’accueillir de nombreux groupes scolaires, visiteurs et chercheurs.

Nous parcourons le parc en compagnie de Michèle Duvivier Pierre-Louis, ancienne première ministre d’Haïti (2008-2009) et directrice de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), porteuse du projet.

Le Parc de Martissant sert à «démontrer le possible», selon Mme Pierre-Louis, au sein d’un contexte socio-économique particulièrement difficile.

Michèle-Pierre-Louis (Photo: Fabienne Douce)
Michèle-Pierre-Louis (Photo: Fabienne Douce)

On apprend qu’une grande part des interventions de la FOKAL est née de cette carence en accès aux services de base dans la zone de Martissant.

La FOKAL aspire à contribuer au mieux-être de la population locale par la mise en oeuvre de projets de sensibilisation et d’éducation, de revitalisation de la vie urbaine (citons l’installation de 142 systèmes d’éclairage installés dans six sous-quartiers de Martissant depuis 2013); à partager les ressources du parc avec les Haïtiens et les visiteurs, inciter aux apprentissages et aux recherches.

Dans cet esprit, les initiatives menées dans le Parc de Martissant se concentrent sur les thèmes de l’eau et l’assainissement, la réduction des problèmes de sécurité, le développement économique, l’innovation et l’excellence dans le domaine éducatif, précise Mme Pierre-Louis.

Groupe scolaire au parc de Martissant (Photo: Josué Azor)
Groupe scolaire au parc de Martissant (Photo: Josué Azor)

Lieux de mémoire

Les activités du parc évoluent autour de trois principaux axes: le mémorial du 12 janvier 2010, le jardin de plantes médicinales, le centre culturel Katherine Dunham.

Le jour de notre visite, plusieurs groupes d’élèves circulent à travers les multiples sentiers de l’immense domaine vert, à destination de la pépinière et du jardin communautaire.

Jardin communautaire (Photo: Édine Célestin)
Jardin communautaire (Photo: Édine Célestin)

Une excursion en pleine nature, à la fois ludique et éducative, dédiée à des centaines d’enfants provenant de familles défavorisées.

«Une opportunité pour ces jeunes de découvrir la beauté de cet environnement naturel au cœur de leur milieu de vie; de développer leur sens du civisme tout en tissant des liens avec les valeurs culturelles haïtiennes», selon Mme Pierre-Louis.

Pépinière (Photo: Édine Célestin)
Pépinière (Photo: Édine Célestin)

Poursuivant notre randonnée, nous découvrons le mémorial du 12 janvier 2010 inauguré en janvier 2012 pour rendre hommage aux victimes du séisme de 2010: «Un lieu de mémoire au sein du parc pour des milliers de morts, de disparitions, des handicaps innombrables, des maisons détruites dans le pays pour permettre aux habitants de continuer à vivre dans la dignité.»

Commémoration du mémorial (Photo: Rayginald Louissaint)
Commémoration du mémorial (Photo: Rayginald Louissaint)

Lors de la commémoration du tremblement de terre en 2014, les habitants de Martissant ont planté des ylangs-ylangs (arbres) sur le site du mémorial qui correspondent à des sous-quartiers de Martissant.

Le parfum de l’arbre se répand au crépuscule, décrit-on. Or le séisme de 2010 s’est produit peu de temps avant la fin de la journée.

Plantation d'arbres sur le site du memorial (Photo: Josué Azor)
Plantation d’arbres sur le site du mémorial (Photo: Josué Azor)

Plantes médicinales et vaudoues

Le jardin de plantes médicinales, lieu d’apprentissage et de prédilection pour ceux qui s’intéressent à la guérison par les plantes, est situé sur l’ancienne propriété de la danseuse, anthropologue et chorégraphe américaine Katherine Dunham.

Jardin médicinal (Photo: Rayginald Louissaint)
Jardin médicinal (Photo: Rayginald Louissaint)

Le jardin compte plus de 400 plantes d’Haïti et d’ailleurs issues de 150 espèces différentes nanties de propriétés particulières procurant divers soins.

On se balade en toute quiétude le long de ce magnifique boisé nous menant vers 21 colonnes en bois symbolisant les 21 nations associées à la culture vodou.

Le Centre culturel Katherine Dunham (Photo: Fabienne Douce)
Le Centre culturel Katherine Dunham (Photo: Fabienne Douce)

La superbe bibliothèque du centre culturel Katherine Dunham étonne par son architecture originale; un bâtiment concu sous la forme de cinq modules dont les toitures tendent à imiter des mouvements de danse. Curieusement

ces toitures me rappellent les tipis de nos Premières Nations. La bibliothèque accueille des activités de promotion de la lecture, conférences et projections. Le site dispose également d’un espace réservé aux enfants et d’une salle informatique.

Le centre Katherine Dunham m’apparaît tel un laboratoire d’études et de recherches privilégié pour déterminer l’impact réel des projets novateurs du Parc de Martissant – le mémorial, le jardin médicinal, le centre culturel – sur les conditions de vie de la population urbaine de Martissant estimée à près d’un million d’habitants en 2015, dont 50 000 habitants vivant dans la zone du parc.

Conférence dans la bibliothèque du Centre Katherine Dunham (Photo: Édine Célestin)
Conférence dans la bibliothèque du Centre Katherine Dunham (Photo: Édine Célestin)

Droits humains et action citoyenne

Parmi les nouveautés du parc figure une fresque murale sur les droits de l’homme inaugurée en février 2017. La fresque est située dans l’enceinte de l’Habitation Leclerc, ancienne résidence que le général français Charles Leclerc, avait offerte à son épouse Pauline Bonaparte Leclerc, la sœur de Napoléon.

Par la suite la célèbre demeure fut reprise par Katherine Dunham qui l’a transformée en un luxueux hôtel; pendant plusieurs années l’habitation abrita une galerie d’art de réputation internationale.

Aujourd’hui la gigantesque murale en céramique illustre le labeur de 160 écoliers de Martissant ayant réalisé l’oeuvre sous la direction de l’architecte Françoise Schein d’origine belge, fondatrice de l’Association Inscrire.

Les activités artistiques-éducatives de l’Association visent à inciter l’action citoyenne en milieu urbain défavorisé en vue de faire connaître, valoriser et protéger les droits humains. Une murale profondément touchante qui se veut le vibrant témoignage de nombreux enfants haïtiens survivant au jour le jour à Martissant.

La surprenante murale consiste en un long mur blanc de 25 mètres de long et de 1,5 mètre sur lequel on remarque des bulles accrochées les unes aux autres tel un chaînon; chaque bulle contient le dessin d’un jeune participant qui représente un des 30 articles de la déclaration universelle des droits humains de 1948; le résultat d’un long travail d’apprentissage et de formation sur les droits humains avec la jeunesse de Martissant.

L’œuvre symbolise la sensibilisation aux droits humains pour une société plus juste. Rappelant la situation difficile que connaît le quartier Martissant, la directrice de la FOKAL a réitéré l’importance de la solidarité pour un Martissant sain et paisible.


Une visite virtuelle du Parc de Martissant.

Fresque de droits humains (Photo: Jeho Nephtey Abraham)
Fresque de droits humains (Photo: Jeho Nephtey Abraham)

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