Pédagogie quantique, leadership vibratoire… et autres fumisteries universitaires

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L'Université Paul-Valéry Montpellier 3.
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Publié 30/04/2024 par Pascal Lapointe

Un cours de «pédagogie quantique» qui permettra de développer son «leadership vibratoire». Il aurait pu s’agir d’un atelier parmi des milliers d’autres donnés par des gourous de l’ésotérisme. Mais il s’agit plutôt d’un programme universitaire en sciences de l’éducation donné à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, en France.

Repérée sur les réseaux sociaux à la mi-avril par un youtubeur qui dénonce régulièrement ce type de dérives, l’information a provoqué des protestations indignées ou amusées, autant de la part des amateurs de science que des défenseurs des sciences sociales.

Pseudosciences

C’est que le «quantique» réfère aux particules plus petites que l’atome et relève de la physique, et non de l’éducation ou de la psychologie.

Une «approche pédagogique quantique» est donc une expression qui ne veut rien dire. Appliquer la physique quantique au «leadership», «vibratoire» ou non, relève de la croyance ou des pseudosciences. Plusieurs auteurs ont d’ailleurs observé depuis des décennies que le jargon de la physique quantique était régulièrement mal compris ou mal utilisé.

Le programme de l’Université Paul-Valéry, créé en 2011, promet de la «bienvivance» (un mot que ni Le Larousse, ni le Petit Robert ne reconnaissent) et «une approche du Care et quantique du Leadership capacitant et vibratoire».

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Niveau Master deuxième année

Depuis la mi-avril, moment où des captures d’écran sont apparues sur les réseaux sociaux, le mot «quantique» est disparu de la fiche d’information. Dans un autre descriptif daté du 22 avril 2024, le terme «vibratoire» est également disparu.

fumisteries universitaires
La prof Bénédicte Gendron. Photo: LinkedIn

Il s’agit d’un programme de niveau «Master deuxième année» (M2) en sciences de l’éducation, qui se donne à distance et qui serait destiné, selon la fiche, aux responsables des ressources humaines et aux futurs directeurs d’entreprise, dans le but de les initier au «travail collaboratif et à la créativité et résilience en développant leur capital émotionnel».

Il a été créé par Bénédicte Gendron, professeure à l’Université Paul-Valéry en science de l’éducation et de la formation. Interrogée par Le Poing, média régional de Montpellier, elle déclare, à propos du terme «quantique», que «le master s’appuie sur les résultats des travaux des sciences dures sur le quantique; précisément ou particulièrement, les effets quantiques dans les processus neuronaux sur la conscience».

Or, cette affirmation est en contradiction avec les connaissances en physique quantique. Seules des théories relient «conscience» et «quantique», et elles n’ont pas été validées par du factuel.

Dégustation de vin «en pleine conscience»

Le Poing relate également que Mme Gendron a dirigé une thèse de doctorat sur l’apprentissage de la dégustation du vin «en pleine conscience» qui évoque la biodynamie, autre théorie pseudoscientifique, et dont la conclusion cite la physique quantique et l’homéopathie.

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Physique quantique
La physique quantique s’intéresse à l’infiniment petit… et l’nfiniment grand. Photo: iStock.com/SergeyBitos

Le programme, dont le nom officiel est «Responsable de l’évaluation, de la formation, de l’encadrement» aurait peut-être fait réagir moins vivement sur les réseaux sociaux s’il n’était que le fruit des réflexions d’une seule personne. Mais puisqu’il s’agit d’un programme de «Master» (le mot «Maîtrise» est inconnu en France?), celui-ci a inévitablement dû être approuvé à différents niveaux.

Selon Patrick Rateau, professeur de psychologie sociale dans cette université depuis 2023, «les demandes de création de Master (ou de simple M2) sont d’abord validées au sein du département» (ici, celui des sciences de l’éducation) puis de «l’unité de formation et de recherche».

Bureaucrates impressionnés

Par ailleurs, le master – dont cette deuxième année est une des quatre options – a fait l’objet d’au moins une évaluation positive en 2019 du Haut Conseil français de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, sans que cette évaluation ne signale des anomalies autour de cette deuxième année.

Le programme prévoyait aussi, pendant la session d’hiver 2023, une semaine de retraite «socratique» au «Centre Lerab Ling», un temple bouddhiste situé près de Montpellier. Celui-ci a été frappé en 2017 par un scandale d’abus sexuels et financiers, rapportaient alors les médias français. Il a également fait l’objet d’un livre critique de ces pratiques en 2022.

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Le temple bouddhiste Lerab Ling en Occitanie. Photo: lerabling.org

Silence de l’Université

Interrogé une première fois sur X (anciennement Twitter) le 17 avril quant à la justification de ce programme, le directeur des communications de l’université, Fabrice Chomarat, a répondu qu’il ne parlerait pas à un compte anonyme.

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Ce qui lui a valu dans les jours suivants une longue série de demandes d’explications, à visage découvert, de la part de scientifiques et d’autres citoyens tout aussi dubitatifs.

Le 23 avril, l’Université publiait un bref communiqué signalant que «le texte de présentation de cette formation sera repris pour mieux correspondre à son contenu et ses objectifs».

Auteurs

  • Pascal Lapointe

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

  • Agence Science-Presse

    Média à but non lucratif basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada.

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