Parce qu’ils sont imparfaits, les gens écrivent des livres intéressants

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Quand un roman s’intitule Best-seller, on imagine qu’il sera question d’écrivains, de manuscrits et de succès littéraire. C’est pour cette raison que j’ai fait venir le Best-seller de Jesse Kellerman, d’autant plus qu’il s’agit d’un thriller. L’éditeur parle même d’un thriller rocambolesque sur la puissance de l’imagination, les difficultés de l’écriture et la perversité du succès.

Le roman met en scène deux écrivains qui portent des noms que nombre de lecteurs auraient de la difficulté à prononcer. William Kowalczyk signe sous le pseudonyme de William de Nerval et Arthur Pfefferkorn devient A.S. Peppers. L’un et l’autre vont connaître le succès en trempant dans une affaire d’imposture assez abracadabrante. Ils seront «pris au piège dans un inextricable tissu de mensonges, de tromperies, de trahisons et d’intrigues».

La principale intrigue de Jesse Kellerman concerne une guerre entre la Zlabie de l’Est et la Zlabie de l’Ouest. Je n’y ai rien compris et j’aurais allègrement élagué les chapitres qui portent sur ce conflit. En passant, le roman comprend 121 chapitres de deux à quatre pages chacun. Cela donne du rythme au récit.

Ce que je retiens de cette lecture, c’est que «les livres sont faits par des gens. Les gens sont imparfaits. Ce sont leurs imperfections qui rendent leurs livres intéressants.»

Selon l’American Library Association, Best-seller est «très drôle et perspicace» parce que Kellerman a le mérite de réfléchir «sur le contraste entre la vie des romanciers et celle des espions».

Chez la Reine

Du roman thriller, passons au roman des tripes avec Chez la Reine d’Alexandre McCabe. L’auteur avait reçu le Prix du récit Radio-Canada en 2012 pour un texte qui est par la suite devenu ce roman largement autobiographique. Il campe ses personnages dans l’arrière-pays québécois, soit les villages et les rangs de son enfance.

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L’agonie et la mort du grand-père Jérémie, à qui le livre est dédié, ont poussé Mc Cabe à peindre de savoureux tableaux de la vie québécoise des années 1980 et 1990. Il est beaucoup question de politique, notamment du référendum de 1995. On peut y lire que «Trudeau voulait noyer le Québec dans le Pacifique, l’Atlantique et pis les Grands Lacs»; avec le beau risque de Mulroney, «c’est dans le lac Meech qu’on a failli noyer le Québec».

De nombreuses pages sont consacrées aux traditions québécoises, notamment à celles entourant le réveillon de Noël. Cela va certainement évoquer des souvenirs de jeunesse chez plusieurs lecteurs de ma génération. Il en va de même pour les références à la chanson canadienne-française/québécoise.

Le récit est truffé de remarques lancées en joual par divers personnages. En voici un bel exemple: «I’é p’t-être un peu bougon, mais c’t’un maudit bon comédien. I’ joue pus ben ben par exemple. I’a été malade un boutte… Astheure, i’ fait juste ses chroniques de livres le matin à tévé.»

Il y a fort à parier qu’Alexandre McCabe a glané la majorité des situations familiales qu’il décrit en écoutant les conversations animées entre son grand-père, sa grand-mère, ses oncles et ses tantes. Il a fort bien recollé tous les morceaux de ce «musée intérieur».

Alexandre McCabe est né à Sainte-Béatrix (Lanaudière) en 1981. Il a fait des études en Lettres et enseigne aujourd’hui la littérature au Campus Notre-Dame-de-Foy, près de Québec entre le fleuve Saint-Laurent et le lac Saint-Augustin. Son écriture prend racine dans la terre québécoise pour célébrer ceux qui la foulent.

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