Œnotourisme grand format à la Cité du vin de Bordeaux


31 mai 2016 à 10h54

Des vignobles vus du ciel défilent plus grands que nature sur trois immenses écrans: au fond d’une vallée, en Champagne; au flanc d’une colline aride, en Italie; sous la neige en Suisse; entourés d’un muret pour chaque pied dans les Canaries; sur fond de palmiers en Polynésie; au bord d’un lac de l’Okanagan, en C.-B.; aux pieds d’un petit château classique à Saint-Émilion.

Le premier module de l’exposition permanente de La Cité du vin de Bordeaux, qui ouvre le 1er juin, donne le ton d’entrée de jeu. Au menu: une célébration de ce nectar fermenté digne des Dieux, aux quatre coins de la planète.

Œnotourisme numérique

La qualité des images de ce «Tour du monde des vignobles» de 17 pays en huit minutes annonce une débauche de technologie numérique de ce parcours permanent sur 3000 m2 en 19 modules.

200 écrans, 50 vidéoprojecteurs, 20 caméras à détection de mouvement, 40 diffuseurs d’odeurs, 300 détecteurs infrarouges assurant l’interactivité avec l’audioguide («le compagnon de voyage»), plus proche d’un téléphone intelligent d’ailleurs, et spécialement conçu en Allemagne.

Tout comme le casque audio, de conception «ouverte», créé pour La Cité du vin, pour entendre le commentaire (en huit langues) et les sons ambiants.

Pour «ce voyage dans l’espace et dans le temps», Bordeaux a vu grand. Pour retrouver son rang de capitale mondiale du vin, malmenée notamment par le Nouveau Monde, Californie en tête?

Et continuer sur sa lancée touristique, après d’importants travaux d’urbanisme depuis 20 ans et une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007, pour 6 millions de visiteurs en 2015.

Tout en rondeurs

La Cité du vin, c’est aussi un nouvel édifice qui va ancrer un nouveau quartier en ébullition: Bacalan, la zone portuaire et ouvrière, jadis malfamée, à la frange nord de la ville.

La Cité du vin a poussé en trois ans sur les berges du fleuve, à l’entrée de la ville, en aval, pour un budget total de 120 M$, dont 30 M$ de dons privés.

L’édifice moderne détonne volontairement avec son cadre. Tout en rondeurs, pour la volupté du vin, il rappelle une grosse bouée drapée d’aluminium cuivré (ou un beigne: le «tore», un tube courbé refermé sur lui-même), coiffée sur un bord d’une petite tour de huit étages à la façade de verre torsadée.

Le doré évoque, selon ses architectes du cabinet parisien XTU, les eaux boueuses de la Garonne. La tour torsadée imite le vin qui virevolte dans un verre pendant la dégustation.

Un verre au belvédère

Au sommet de la tour de 35 mètres, un belvédère et sa promenade extérieure à 180 degrés permettent d’embrasser la courbe du fleuve.

Mais, la verrière torsadée réduit le champ de vision. La meilleure vue sur Bordeaux demeure depuis le clocher de la basilique Saint-Michel, dans la vieille ville.

Dans le belvédère, un bar proposera un verre de vin (inclus dans le billet) sous un plafond scintillant de 3000 bouteilles de verre blanc.

Le reste de la tour abrite un restaurant gastronomique, les bureaux de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin qui gère La Cité du vin, une salle d’exposition temporaire, la billetterie et l’accueil.

Le tore doré accueille les activités culturelles: un espace polysensoriel pour les ateliers de dégustation, un auditorium de 250 places relié à une salle à louer, un salon de lecture, une boutique de la Cité, un kiosque touristique, une cave à vin (800 références dont 600 étrangères), un bar à vin, un snack gourmand et le parcours permanent.

L’exposition permanente occupe la totalité du deuxième niveau, sous de hauts plafonds vertigineux soutenus par plus de 500 arches de bois clair, l’armature intérieure du tore.

Autre signe que la ville continue de se réconcilier avec son fleuve, à l’extérieur, un ponton de 90 mètres de long verra appareiller trois nouvelles excursions fluviales vers les vignobles. Et la navette fluviale, le BatCub, est sans doute le meilleur choix pour aborder sa visite.

Le monde du vin en 19 modules

L’exposition permanente de La Cité du vin de Bordeaux se décline en six grands thèmes: Vignobles du monde, De la vigne au verre, Au cœur des civilisations, Le vin et vous, Les imaginaires du vin, Bordeaux.

Certains de ses 19 modules sont très didactiques, d’autres plus divertissants, notamment pour les enfants, version parc d’attractions dans une facture qui reste très élégante, pour un résultat final plus proche du parc à thème grand public que du musée.

La Cité du vin espère attirer ainsi 450 000 visiteurs par année (pour une exploitation qui dépendra à 80% des diverses sources de recettes propres).

Ce «parcours permanent» (conçu par l’agence britannique Casson Mann) est de format très modulaire plutôt que linéaire et pourra submerger le visiteur, lui tourner la tête, comme le vin. Une pause en cours de visite sera bienvenue, mais la billetterie horodatée pourrait manquer de souplesse…

Quelques modules plus légers permettront aussi de laisser souffler ses neurones (et ses jambes). En fin de visite, Bordeaux survole brièvement l’histoire de la ville et l’influence du vin: à tout seigneur tout honneur, sans risquer d’être d’être taxé de «Bordeaux-centrique».

Vignobles du monde s’avère excellent, en trois parties: un survol de 22 vignobles dans le monde sur grand écran.

La table des terroirs: plein feu sur dix régions (de l’Argentine à la Nouvelle-Zélande en passant par la Californie, la France, l’Allemagne, l’Italie) qui distille des entrevues avec des producteurs locaux (en V.O. et traductions au casque).

Planètes vin: quatre mappemondes surdimensionnées à manipuler, couplées à un écran vidéo distillant de l’information (Climat, Histoire, Cépages, Économie) sur la partie du globe sélectionnée à la main.

Le visiteur peut y visualiser la zone de culture de la vigne, une bande au centre de chaque hémisphère, que l’évolution du climat déplace: en 50 ans, elle a migré de 80 à 240 km vers les pôles avec des dates de floraisons plus précoces.

Dans la section suivante De la vigne au verre, cinq ceps de vignes stylisés («e-vigne») portent de petits écrans en guise de feuilles. Des spécialistes y expliquent la notion de terroir (l’interaction entre la palette des sols et le climat); la culture de la vigne raisonnée ou biodynamique; l’histoire de la vigne, une longue liane grimpante avec peu de baies à l’origine; les particularités d’une soixantaine de cépages.

Un second module Portraits de vins s’avère séduisant, mais déroutant, car peu intuitif au final: six immenses bouteilles stylisées en bois clair (vins rouges, blancs rosés, effervescents, liquoreux, mutés) abritent une grande table ronde interactive, sur les cépages, l’historique, mais la navigation avec détecteurs de mouvement s’avérera compliquée.

Plus loin, La galerie des civilisations, la plus muséale de tous les modules, explique, par exemple, l’origine des Châteaux comme image de marque dans le Médoc, à renfort de maquettes.

À ne pas manquer, dans la dernière partie sur Bordeaux, deux tables interactives avec modélisations en 3D illustrant l’évolution de la ville depuis le petit village Burdigala à nos jours en six périodes (un mini Musée de la Pointe-à-Callières virtuel local).

Le Buffet des 5 sens, le plus ludique de tous les modules, permet d’exercer son odorat et son acuité visuelle.

Côté intermèdes détente, Bachus et Vénus invite à s’affaler sur un grand divan arrondi au dossier à 45 degrés et se laisser emporter par des projections au plafond illustrant des écrits poétiques sur le vin mis en voix.

Le Banquet des hommes illustres permet de se poser devant un film sur un écran incurvé d’une dizaine de mètres de large, où l’acteur Pierre Arditi (l’un des mécènes) se perd dans un songe comique où il croise Pline, Rabelais, Mozart, Louis XIV, Churchill, Maria Calas, en chair et en os, en costume d’époque les uns à côté des autres évoquant le vin à leur manière.

Tout un art de vivre aborde partage et convivialité dans une scénographie très originale: trois longues tables dans une atmosphère feutrée, des chaises à longs dossiers où sont projetées une discussion avec successivement un historien, Franck Ferrand, une journaliste, Ariane Massenet, et une chef, Hélène Daroze, tous trois originaires du Grand Sud-Ouest.

À bord! est une animation pour petits et grands projetée sur un écran à 270 degrés sur le rôle du transport maritime (le roulis et la chaleur pouvaient améliorer la qualité du vin en barriques) en quatre escales depuis Bordeaux, Amsterdam, Madeire vers Boston, Philadelphie, le Japon et à travers la méditerranée.

Renseignements

www.laciteduvin.com
Entrée adulte: 20 €; atelier dégustation: 15 €; visite/atelier: 32 €.
Croisiere-bordeaux.com
BordeauxWineTrip.com (excursions vignobles)

Parcours permanent: les 19 modules en détail.

Bordeaux accueillera cinq parties de l’Euro 2016 de soccer (du 11 juin au 2 juillet), avec soirées «Hors Jeu» à La Cité du vin (dégustation de vins des pays en lice et parties retransmises dans l’auditorium.

Bordeaux fête le vin, du 23 au 26 juin 2016: un festival au cœur de la ville pour découvrir 80 appellations.

Charles-Antoine Rouyer était l’invité d’Air France, qui célèbre le 40e anniversaire du vol Toronto-Paris. KLM propose aussi une correspondance pour Bordeaux via Amsterdam avec en été un deuxième vol au départ de Toronto en soirée. La salon Air France à l’aéroport Pearson vient d’être réaménagé, une réalisation du designer Torontois Johnson Chou.

* * *

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