Michel Brault, le «Moyen Âge» du cinéma direct


19 mars 2008 à 10h01

Le cinéma direct a encore ses adeptes. Même s’il montre aux spectateurs un Québec en noir et blanc des années 1950 ou 1960. Michel Brault, le fameux réalisateur québécois, auteur des Raquetteurs, de La Lutte ou encore de Pour la suite du monde, était à l’Office national du film (l’ONF) vendredi dernier pour présenter à un public conquis d’avance quelques secrets de fabrication de ses œuvres.

D’anecdote en anecdote, Michel Brault a plongé son auditoire dans l’atmosphère des années 1950, qui n’étaient pas encore très tendres pour un cinéaste désireux de coller, dans ses films, au plus près de la réalité.

«À l’époque, explique Michel Brault, il manquait un élément très important: le son. Bien sûr, on pouvait utiliser un équipement extrêmement lourd, installé dans un camion, mais ce n’était pas efficace. Claude Jutra, Claude Fournier et moi-même voulions donner la parole aux gens mais nous n’avions pas l’équipement technique.»

Ce qui ne l’empêchera pas, pour son premier film Les Raquetteurs, de tourner une scène avec son. Mais cela reste un tour de force.

Car à l’époque, et c’est ce que le réalisateur fait dans toutes les autres scènes de ce film, les sons sont ajoutés: la musique couvre le silence, des voix enregistrées en studio essaient de coller aux lèvres des personnages et divers trucages sonores contribuent à créer une atmosphère plus vivante.

Mais Michel Brault et quelques autres – Jean Rouche en France par exemple – sont bien décidés à arriver à leurs fins: «Pour moi, c’est cela les pionniers, des gens déterminés à avoir de la synchronisation image-son avant même que la technologie ne suive, quitte à travailler des heures et des heures pour compenser.»

Replongeant son public dans l’atmosphère du cinéma de l’après-guerre, le réalisateur québécois conte volontiers quelques anecdotes, comme cette scène de tournage durant laquelle sa caméra et lui sont ensevelis sous des couvertures pour atténuer le bruit de la caméra, trop proche du magnétophone. «J’ai l’impression de parler du Moyen Âge avec tout ce qui se fait aujourd’hui!» s’exclame le cinéaste.

Au-delà des difficultés techniques, Michel Brault se souvient aussi des virées aux États- Unis que lui et ses amis faisaient pour voir les nouveaux films du moment. De nombreux films n’étaient en effet pas diffusés au Québec, loi du cadenas de Duplessis oblige…

Puis vint la télévision, ses adeptes et ses détracteurs. Fallait-il considérer cette dernière invention comme un nouveau moyen de toucher le public? Les cinéastes hésitent: «Aller au cinéma, c’était tout un rituel, tout un moment de poésie devant cet écran-fenêtre qui s’ouvrait sur le monde. La télévision apparaissait par contraste comme un élément négatif désacralisant le cinéma.»

Mais de quel cinéma parle-t-on? Michel Brault est vu comme un des pionniers du cinéma direct, un cinéma qu’à ses débuts on songea à qualifier de cinéma-vérité: «Ce terme de cinéma-vérité était tout de même très engageant car après tout, il n’y a pas que de la vérité dans ces films. Dans quelle mesure les personnages jouent-ils devant la caméra? Et le montage est là également qui peut déformer cette vérité première. On a donc choisi de parler plutôt de cinéma direct. C’est le terme qui est resté.»

Pourtant, comme le rappelle le réalisateur québécois, ces précurseurs du film documentaire en prise directe sur la réalité ont encore des questions à se poser sur la nature même de leur art: «J’avais souvent à l’esprit ces mots d’Edgar Morin qui disait que le cinéma de fiction est dans son principe moins illusoire et menteur que le documentaire car l’auteur et le spectateur savent qu’il est fiction; le cinéma documentaire camoufle sa fiction et son imaginaire derrière l’image reflet du réel.»

Mais ses doutes n’auront pas empêché Michel Brault de produire une œuvre documentaire que de nombreux cinéphiles apprécient encore…

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