Manipulation du climat: c’est plus compliqué qu’au cinéma

Une scène du film Geostorm.


27 octobre 2017 à 15h55

À des centaines de kilomètres de la surface de la Terre, des satellites géants ont été mis en place pour contrôler le climat de notre planète et réduire les impacts du réchauffement. C’est le scénario derrière le film Geostorm, au cinéma depuis le 20 octobre.

De la pure science-fiction? Le projet anime les ingénieurs depuis de nombreuses années, surfant sur les débats scientifiques et politiques sur les changements climatiques.

Miroirs en orbite

La géoingénierie se targue d’avoir des solutions de grande envergure pour manipuler le climat: mettre en orbite des miroirs géants qui refléteraient une partie des rayons du Soleil, ou pomper des tonnes d’eau de mer dans les nuages pour, là aussi, réfléchir le rayonnement solaire…

Selon les tenants de ces idées, on pourrait ainsi influer, au besoin, sur la température globale. Dans le film, on crée un réseau de satellites qui régit de façon indépendante le climat de chaque pays — ce qui semble tiré par les cheveux.

Système global

«C’est pratiquement impossible de cibler une seule région en pensant que toutes les autres seront épargnées. L’atmosphère ne fonctionne pas ainsi: elle est interconnectée», a commenté au magazine Smithsonian Ken Caldeira, du Département d’écologie de l’Institut scientifique de Carnegie.

La solution la plus crédible envisagée par les géoingénieurs reste celle de créer un écran de particules autour de la Terre, dans le but de bloquer les rayons du soleil et ainsi, ralentir le réchauffement de notre planète.

Ce réchauffement, notable au 20e siècle coïncidant avec l’industrialisation, mais résultant peut-être de cycles naturels plus longs, est pratiquement nul depuis le début du 21e. D’aucuns disent qu’il va reprendre de plus belle, nos émissions de gaz à effet de serre ne diminuant pas, d’autres que notre ère interglaciaire tire à sa fin et que le CO2 reste un gaz rare dans l’atmosphère.

Imiter les volcans

L’idée est de reproduire des éruptions volcaniques. En relâchant des tonnes d’aérosols dans la stratosphère, les volcans reflètent une grande partie du rayonnement solaire et abaissent temporairement la température à la surface du globe.

«Cette idée est réalisable», estime Bruno Tremblay, du Département des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill. «Lors d’une éruption volcanique, il y a une baisse de 1 ou 2 °C qui peut s’étendre sur une dizaine d’années.»

Selon lui, le projet n’est pas pour autant souhaitable. «L’effet serait plus prononcé au début. Il faudrait donc répéter l’ensemencement presque chaque année.»

Un premier test

Personne n’a encore tenté l’expérience. Frank Keutsch, de l’Université Harvard, considéré comme un pionnier dans le domaine, pilotera le premier test de géoingénierie, SCoPEX, dans la prochaine année.

L’expérience se déroulera d’abord à très petite échelle: un ballon relâchera de 100 grammes à 1 kilo de glace et de carbonate de calcium afin de créer une perturbation de l’air d’environ un kilomètre de long. Rien à voir avec la technologie utilisée dans Geostorm qui couvre toute la planète!

Quelle quantité d’aérosols devrions-nous déployer pour couvrir le monde entier? Pour certains chercheurs, comme le météorologue Paul Crutzen, cela pourrait atteindre un million de tonnes de particules déployées par des centaines de petites fusées. Le coût d’un tel projet: jusqu’à 10 milliards de dollars par an.

Cycle hydrologique

Le climat ne fonctionne toutefois pas comme un interrupteur et les processus climatiques sont complexes. «On ne comprend pas assez le système climatique pour prévoir tous les effets», avance M. Tremblay. «Mais ce que nos modèles climatiques prédisent, c’est que ça aura un effet sur le cycle hydrologique».

Résultat: les Tropiques feraient face à des périodes de sécheresse alors que les régions plus près des pôles auraient des précipitations plus abondantes.

Qui déciderait?

Le film semble suggérer une collaboration internationale, avec un contrôle américain. Dans la réalité, qui prendrait cette lourde décision, sachant que certains pays sont à risque?

Car si une telle expérience avait lieu, c’est en effet la planète entière qui en deviendrait le cobaye. Impossible de circonscrire les conséquences à un seul pays. Le «thermostat de la planète» se retrouverait entre les mains de celui ou ceux qui l’auraient mis en place.

«Il n’y a pas d’instance internationale qui a le pouvoir de réglementer tout ça de façon efficace», explique Bruno Tremblay.

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