L’UOF veut récupérer les programmes francos de Glendon

L'exclusivité à Toronto, puis dans le Nord et l'Est...

Le «Centre d’excellence pour les études postsecondaires en français et bilingues» à l'entrée du campus Glendon de l'Université York.


21 novembre 2017 à 17h20

La future Université de l’Ontario français (UOF) devrait avoir l’exclusivité de l’enseignement universitaire en français à Toronto dès son ouverture en 2020. Cela signifie que le campus Glendon de l’Université York devrait cesser de recevoir du financement public (bonifié ces dernières années) pour ses programmes bilingues, et donc les abandonner.

C’est ce qu’ont officiellement demandé cette semaine au gouvernement les AFO, RÉFO et FESFO qui mènent la cabale, depuis quelques années, pour une université «par et pour» les Franco-Ontariens, appelée à couvrir toute la province et à récupérer tous les programmes universitaires en français – nouveaux ou déjà établis dans les universités bilingues.

Donald Ipperciel
Donald Ipperciel

Non!

En entrevue à #ONfr de TFO, le principal de Glendon, Donald Ipperciel, a catégoriquement rejeté une telle éventualité, et la ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, s’est dite «surprise de cette attaque contre un collège qui offre des programmes de qualité».

«Je veux être clair», a précisé la ministre à L’Express: «Nous voulons plus d’options pour les programmes bilingues, pas moins. C’est-à-dire, préserver les programmes existants et encourager la nouvelle institution dans ses collaborations avec les autres institutions bilingues au bénéfice de toute la communauté.»

La création d’un premier jalon torontois de l’UOF, explicitée dans le récent rapport commandé à l’ex-commissaire aux langues officielles et ex-principale de Glendon Dyane Adam, est prévue dans un projet de loi provincial destiné à être adopté en décembre.

Le mandat de Dyane Adam n’était toutefois limité qu’au Centre-Sud de l’Ontario, et le projet de loi provincial ne va pas plus loin. Si Mme Adam a ouvert la porte à la provincialisation, c’est toujours en évoquant des partenariats avec d’autres institutions.

Dyane Adam
Dyane Adam

Compétition avec les universités bilingues

Jusqu’à maintenant, les promoteurs communautaires d’une université franco-ontarienne avaient évité d’attaquer de front les universités bilingues, se réjouissant même, à l’occasion, des annonces de l’expansion de leurs programmes en français.

Les responsables de ces universités bilingues, eux, ne se sont jamais enthousiasmés pour le projet d’université franco-ontarienne…

L’exclusivité de l’enseignement universitaire en français – présenté autrefois comme un scénario parmi d’autres – est d’une «importance inestimable pour la lutte dans le Nord et dans l’Est», confirment désormais les présidents du mouvement associatif provincial.

«L’idée a toujours été de rapatrier les programmes en français vers la nouvelle université. Je ne crois pas que c’est une demande surprise», soutient Carol Jolin.

Une Université de l’Ontario français situé au centre-ville de Toronto et dont le campus accueillerait aussi le Collège Boréal, TFO et divers organismes communautaires, compte attirer quelques centaines d’étudiants au début et quelques milliers à moyen terme.

Glendon accueille actuellement 1700 étudiants, majoritairement anglophones, mais qui suivent tous au moins un cours en français.

L’Université d’Ottawa, qui a accepté de jouer un rôle de «mentor» pour l’UOF, offre plus de 500 programmes d’études en français et compte environ 13 000 étudiants et étudiantes francophones, sur un total de 42 000.

«La création de la nouvelle université pour l’Ontario français est une avancée importante pour la communauté francophone», souligne une porte-parole d’Ottawa. Elle fait cependant valoir que «les avantages des institutions bilingues vont au-delà de la simple acquisition d’une langue seconde. En offrant des programmes de qualité en français et en anglais, nous favorisons la formation de milliers d’étudiants gradués hautement qualifiés, capable de performer et de s’épanouir dans un environnement de plus en plus mondialisé et où les cultures se métissent, et s’enrichissent.»

Carol Jolin
Carol Jolin

Bientôt un comité de mise en oeuvre

Dans leur «lettre d’opinion» diffusée mardi matin, Carol Jolin (Assemblée de la francophonie de l’Ontario), Pablo Mhanna-Sandoval (Fédération de la jeunesse franco-ontarienne) et Yacouba Condé, Josée Joliat et Jocelyn Leblanc (Regroupement étudiant franco-ontarien) félicitent le gouvernement ontarien pour son projet de loi qui constituera l’Université de l’Ontario français.

Mais si ce campus torontois est «un pas important dans la bonne direction, il n’est pas la ligne d’arrivée», expliquent-ils, en demandant à la ministre de l’Enseignement supérieur, Deb Matthews, de nommer des représentants de la communauté, de la jeunesse et des étudiant.e.s franco-ontarien.ne.s au comité de mise en œuvre (qui sera probablement encore présidé par Dyane Adam).

«La gouvernance ‘par et pour’ ne se limite pas à un territoire ou à une université. Notre communauté demande, depuis plus de 40 ans, un projet d’envergure provinciale et vise non seulement la création de nouveaux campus, mais aussi la réappropriation de l’ensemble des programmes universitaires en français de la province.»


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