Ça brasse dans nos académies

Pas d'exclusivité pour la nouvelle université franco-ontarienne

Ancienne gravure représentant la bibliothèque de l'une des plus vieilles universités au monde, celle de Bologne en Italie. (Photo: Wikipedia Commons)


22 novembre 2017 à 15h41

Academia… C’est un mot qui évoque un monde quasi mythique: celui de nos universités, hauts lieux de savoir peuplés de nos jeunes les plus allumés et de leurs éminents professeurs, phares de raison et catalyseurs de progrès dans nos sociétés qui nous semblent souvent dysfonctionnelles ou aliénantes.

En réalité, en ce début de 21e siècle, on a parfois/souvent l’impression que ce sont dans nos universités où la raison fait le plus cruellement défaut et où triomphe l’obscurantisme.

Dernière affaire en date, après les histoires récurrentes de conférences annulées suite aux protestations d’âmes sensibles offensées d’avance: celle de la jeune assistante-prof de Wilfrid Laurier traînée devant un tribunal digne de l’Inquisition pour avoir montré à sa classe un débat sur les «pronoms transgenres» à l’émission The Agenda de TVO (aka Breitbart-sur-le-lac).

Disciplines bidon

C’est que cette discussion, imaginez-vous, animée par l’extrémiste enragé Steve Paikin, donnait la parole à des intervenants exprimant plus d’une opinion, dont celle de l’infréquentable prof de psychologie Jordan Peterson de l’Université de Toronto, l’équivalent moderne d’Hitler selon le prof titulaire de la classe, le chef du département d’études en «Communication» et la directrice de la «Prévention de la violence contre les genres» sur ce campus de Kitchener-Waterloo.

Basta! Ces comités terroristes et les programmes d’études inutiles qui les supportent doivent disparaître, afin de revaloriser la liberté d’opinion et d’expression auprès de nos jeunes qui sont nos futurs leaders.

Ne cherchez pas plus loin pourquoi la population se méfie de plus en plus de telles «élites», et réagit parfois à leur incompétence et leurs folies en votant pour des Rob Ford et des Donald Trump.

Jordan Peterson est un provocateur, mais il n’est pas seul à réclamer une réévaluation des disciplines universitaires en faveur de celles qui mènent à de vrais emplois et de réelles avancées économiques, scientifiques et culturelles. Au lieu de cela, on trouve de plus en plus de programmes d’études fondés sur des pseudo-sciences ou des modes douteuses, dont les seules fonctions semblent être de perpétuer leur clique de gourous et de disciples.

L’université franco à Toronto

Ces ratés n’empêchent pas qu’un projet comme celui de l’université de langue française à Toronto puisse être exaltant. D’abord, c’est quand la dernière fois qu’on a créé une université à partir de rien? Ryerson en 1993 et OCAD en 2002 ont acquis ce statut, mais ces grandes écoles fonctionnaient déjà depuis longtemps.

Le projet de loi, caché ce mois-ci dans un bill omnibus, créerait une institution modeste: quelque centaines d’étudiants au début (2020?), deux ou trois mille une quinzaine d’années plus tard, dans un «campus/carrefour» au bord du lac où déménageraient aussi le Collège Boréal, TFO et d’autres organismes culturels ou communautaires.

Ce n’est pas l’Université de tout l’Ontario français réclamée par les AFO, RÉFO et FESFO, à qui on s’empresserait de transférer tous les programmes universitaires en français développés au fil des années par les universités d’Ottawa, de Sudbury et York (Glendon) à Toronto… Programmes qui font maintenant partie de l’ADN de ces institutions plus ou moins bilingues.

Exclusivité?

La malheureuse déclaration des présidents du mouvement associatif, cette semaine, à l’effet que Glendon devrait se vider de ses programmes francos dès que l’UOF verrait le jour, afin de lui garantir «l’exclusivité» sur le territoire, a eu le mérite de clarifier les positions de tous.

Jusqu’à tout récemment, quand on demandait aux leaders du mouvement si l’université provinciale «par et pour» les Franco-Ontariens serait fondée en cannibalisant les programmes français des universités bilingues, ils répondaient que ça faisait partie des scénarios proposés au gouvernement: à lui de décider!

Un autre scénario était de placer la nouvelle institution à la tête d’un «réseau» des programmes postsecondaires en français offerts par les 24 collèges et 20 universités semi-publiques de la province… ou, plus simplement encore, que l’université franco-ontarienne soit ce réseau: une coordination ou une concertation «par et pour».

Le gouvernement veut bâtir sur ce qui existe déjà, ajouter des programmes, pas dépenser des dizaines de millions de dollars par année pour le plaisir de transférer les mêmes profs de Glendon à l’UOF. «Nous voulons plus d’options, pas moins», a tranché la ministre Marie-France Lalonde.

Quel gouvernement appuiera une université franco-ontarienne imaginaire, aussi innovante soit-elle, au détriment des universités bilingues existantes, enracinées, respectées? Aucun.

Articulation

Et contrairement à ce qu’on a entendu aux divers congrès, séances de consultation et autres États généraux, ce n’est pas la même chose que de retirer aux conseils scolaires majoritairement anglophones la gestion des écoles primaires et secondaires de langue française pour la confier à de nouveaux conseils francophones, comme on l’a fait il y a 20 ans.

Le ministère de l’Éducation est roi et maître du système primaire et secondaire; pas du système collégial et universitaire, même si le gouvernement en reste un partenaire incontournable. Aussi, plusieurs de nos écoles françaises sont plus anciennes que les écoles anglaises de leurs patelins ou de leurs quartiers: on les a «libérées» du joug anglo; c’est une autre histoire à l’université.

Les collèges communautaires, chez les anglos comme chez les francos, sont des créations plus récentes: Humber et George Brown en 1967, La Cité en 1990, Boréal en 1995. Nos deux collèges francos vantent d’ailleurs continuellement leurs «ententes d’articulation» avec d’autres collèges anglophones et avec des universités anglophones ou bilingues.

On peut même concevoir que l’Université de Toronto (qui a déjà un département de français), Queen’s, McMaster et d’autres puissent vouloir un jour offrir un ou quelques programmes en français. L’UOF pourrait alors être mise à contribution, ou non, au choix.

Assimilation

Le bilinguisme ne représente donc pas une si grande menace (d’assimilation) au-delà de secondaire… Peut-être serait-il même un atout, qui profiterait autant à nos enfants (déjà meilleurs en anglais qu’en français: on n’inversera pas ça à l’UOF) qu’à la francophonie qui rayonnerait plus loin et produirait de nouveaux francophiles?

Protéger n’importe quelle institution de la compétition est une mauvaise idée de toute façon, et la petite université franco-ontarienne sera en compétition non seulement avec le petit campus bilingue de York, mais aussi avec son gros campus anglophone et ceux de U of T, Ryerson, OCAD et finalement de toutes les autres institutions d’enseignement supérieur de l’Ontario, du Québec, des États-Unis et d’ailleurs.

On ne pourra pas tout enseigner à l’UOF: même les plus grosses universités n’enseignent pas tout.

Coordination

Déjà, quand Glendon décide d’offrir un nouveau programme, il s’assure (du moins on l’espère) qu’il y a une demande de la part des jeunes et du marché du travail, que le financement public suivra parce qu’il n’y aura pas de dédoublements, que des entreprises privées et d’autres institutions seront intéressées à des partenariats, etc.

L’Université de l’Ontario français effectuerait les mêmes démarches, et elle aura probablement le premier choix, en plus d’autres avantages que lui conféreront sa situation au centre-ville, son milieu franco, ses ambitions provinciales, etc.

Nos jeunes iront là où les portent leurs passions et, excusez-moi de le dire, la langue n’est pas une passion: c’est un outil comme les autres. Nos littérature, musique, théâtre francos sont admirables, la culture anglo aussi. S’en priver quand on peut en profiter est absurde: c’est pour ça qu’on plaint les Canadiens-Anglais unilingues qui ne peuvent pas participer pleinement à la vie culturelle et intellectuelle du pays.

On a raison de multiplier les programmes d’enseignement supérieur en français en Ontario et d’en assurer une meilleure coordination. L’UOF a un rôle de premier plan à jouer là-dedans, dès ses débuts à Toronto, a fortiori avec de futurs campus dans le Nord et l’Est de la province dans quelques décennies.

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