Université franco-ontarienne: unanimité à Queen’s Park… mais pas à l’université

Glendon en plein essor pour son 50e anniversaire

Le principal du campus bilingue Glendon de l’Université York, Donald Ipperciel.

24 novembre 2015 à 8h47

Le campus bilingue Glendon de l’Université York célébrera son 50e anniversaire en 2016(*) par une série d’événements, dont un colloque les 3 et 4 décembre prochains sur les relations Ontario-Québec, alors qu’il se retrouve au centre des débats sur la création d’une université franco-ontarienne.

L’Express rencontrait jeudi dernier le principal de Glendon, Donald Ipperciel, en poste depuis un peu plus d’un an, le jour même où les membres de l’Assemblée législative de l’Ontario adoptaient en 2e lecture un projet de loi privé de la députée néo-démocrate France Gélinas visant à créer la charte et le comité de gouvernance d’une future université franco-ontarienne.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et les deux associations de jeunes Franco-Ontariens, le regroupement des étudiants (RÉFO) et celui de la jeunesse (FESFO), réclament un premier campus de cette université à Toronto en 2018.

Cet échéancier est jugé irréaliste par le gouvernement libéral, qui appuie néanmoins le principe de l’université franco-ontarienne, comme d’ailleurs l’opposition conservatrice à Queen’s Park.

Le milieu universitaire

L’idée ne fait cependant pas l’unanimité chez les premiers intéressés: les professeurs et les gestionnaires d’universités bilingues offrant déjà plusieurs programmes en français… des gens comme Donald Ipperciel à Glendon.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, l’ancien ministre fédéral Alan Rock, avait déclaré sans ambages l’an dernier que «l’université franco-ontarienne existe déjà: c’est l’université d’Ottawa»! À Sudbury, où se côtoient l’Université de Sudbury et l’Université Laurentienne, toutes deux bilingues, on se considère comme un pôle de l’Ontario français aussi important qu’Ottawa et Toronto.

Le comité de gouvernance qui sera créé si le projet de loi de France Gélinas était adopté en 3e lecture (après un important examen en comité parlementaire, où l’on décidera notamment quels budgets consacrer à cette initiative) cherchera-t-il à rapatrier les programmes en français des universités bilingues sous l’autorité d’une toute nouvelle institution?

Ou préférera-il coordonner le maintien et le développement de ces programmes à travers la province?

«Cela coûterait beaucoup moins cher de bâtir sur ce qui existe déjà (les programmes français dans les universités bilingues) que de repartir à zéro», estime Donald Ipperciel. «Et je ne vois pas comment on peut penser créer une université franco-ontarienne sans l’appui enthousiaste du milieu universitaire franco-ontarien actuel.»

«On a dit la même chose avant la création de nos conseils scolaires, qui rapatriaient des écoles françaises autrefois gérées par des conseils anglophones, et avant la création des deux collèges communautaires Boréal et La Cité», répond le président de l’AFO, Denis Vaillancourt, en entrevue à L’Express.

CUFO et OUCQA

Il se trouve que le nouveau principal de Glendon préside cette année le CUFO (Consortium des universités de la francophonie ontarienne, représentants six universités) qui a déjà pris position contre le projet de l’AFO, du RÉFO et de la FESFO.

Selon Denis Vaillancourt, «on ne s’attendait pas à un appui enthousiaste des universités bilingues… mais ils auraient pu offrir des idées ou des suggestions plus constructives lors des consultations régionales et des États généraux (en 2014) où la communauté a réclamé une université franco-ontarienne».

M. Ipperciel ne ferme cependant pas la porte au projet d’université ou de réseau postsecondaire franco-ontarien (qui pourrait aussi inclure les deux collèges communautaires, Boréal et La Cité).

Selon lui, le meilleur modèle de comité de gouvernance est celui de l’OUCQA (Ontario Universities Council on Quality Assurance). «C’est là», dit-il, «que se prennent les décisions les plus importantes pour assurer la pertinence et la qualité des programmes universitaires.»

M. Vaillancourt est pourtant formel: «On n’a rien contre les campus bilingues, mais ce qu’on veut c’est un milieu de vie francophone pour nos jeunes francophones».

Un tel milieu n’existe qu’à la petite Université 100% francophone de Hearst (quelques centaines d’étudiants), dans le nord de la province, dont les représentants aux États généraux se seraient dits intéressés à collaborer au nouveau projet.

Nouveaux programmes

Arrivé à l’été 2014 du campus francophone St-Jean de l’Université de l’Alberta, Donald Ipperciel s’est donné pour objectif d’augmenter le nombre d’étudiants de langue maternelle française à Glendon (actuellement environ 20% des effectifs) en augmentant l’offre de programmes en français (en fait tous bilingues).

Déjà plus la moitié des professeurs de Glendon enseignent en français et tous les étudiants doivent prendre des cours dans les deux langues.

En plus de Biologie et Psychologie, enseignés depuis peu à Glendon, deux nouveaux programmes, Communications (en articulation avec La Cité et l’Université de Sudbury) et Administration des affaires (avec l’Université de Lyon, où les étudiants iront passer deux ans) seront offerts dès septembre 2016.

«Sept des dix programmes les plus populaires chez les jeunes Franco-Ontariens sont offerts à Glendon», précise M. Ipperciel.

Le nouveau principal a également embauché une vice-principale à la recherche, Christina Clark-Kazak, qui organisera des événements de «mobilisation du savoir» et soutiendra la candidature de profs de Glendon pour des prix importants. «Une université est surtout reconnue pour la qualité de la recherche qui s’y fait», assure M. Ipperciel.

Glendon profite également du travail de sa nouvelle directrice des relations gouvernementales et internationales, Solange Belluz. «Nous voulons notamment recruter en France, en Belgique et en Afrique francophone», indique M. Ipperciel. À l’heure actuelle, 5% des étudiants de Glendon viennent de l’étranger.

Jeunes bilingues et biculturels

Un poste d’adjoint au principal pour les services académiques aux étudiants sera ouvert prochainement. C’est cette personne qui sera notamment chargée de «vendre» Glendon auprès des jeunes Franco-Ontariens.

Or, à Toronto et dans le Centre-Sud de la province, «nos jeunes ne s’identifient pas uniquement à la francophonie, ils ne veulent pas avoir à choisir entre le français et l’anglais, ce sont vraiment des bilingues et des biculturels», croit M. Ipperciel, pour faire valoir encore une fois l’attrait et la valeur de son institution bilingue.

Le principal, qu’on croise régulièrement aux événements de la francophonie torontoise, veut aussi multiplier les occasions pour la communauté de venir faire un tour à Glendon, notamment au Théâtre ou à la Galerie Glendon.

Le poste de coordination culturelle sur le campus est toutefois passé à la trappe lors de la dernière ronde budgétaire, le principal voulant éliminer son déficit de 2 millions $ d’ici trois ans.

Le Théâtre Glendon peut encore accueillir des événements ouverts au grand public, comme la présentation d’AmericanDream.ca de La Tangente en septembre. La Galerie ne sert pour le moment qu’à des activités du campus, mais elle pourrait bientôt s’ouvrir à des événements organisés de l’extérieur, indique le principal.

Nouveaux édifices

Cela n’empêche pas Glendon de plancher sur un ambitieux plan d’immobilisation pour loger ses futurs programmes. C’est peut-être déjà l’année de son 50e anniversaire que Glendon passera de 2700 à 3000 étudiants.

Le grand domaine boisé du campus permet de nouvelles constructions, notamment dans la vallée où se trouve le centre sportif.

Le principal veut aussi mieux afficher les couleurs de Glendon sur l’avenue Bayview. «Des milliers de personnes passent par là tous les jours», dit-il, «sans réaliser la présence de notre campus.»

(*) Créé en 1959 et situé près de Queen’s Park quand l’Université York était affiliée à Université de Toronto, Glendon College a décidé de rester sur le premier campus du 2275 Bayview (un domaine légué à la province par la famille Wood) quand York, devenue une institution indépendante, s’est installée sur ce qu’on appelle aujourd’hui le campus Keele en 1962. C’est en 1966 – il y a donc 50 ans – que le premier ministre Lester B. Pearson a inauguré le Collège Glendon et officialisé sa vocation bilingue.

* * *

À lire dans le Forum de L’Express:
50 ans de bilinguisme de façade au Collège Glendon

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