Les élèves bilingues avantagés dès le départ

Un cerveau bilingue favoriserait la concentration, l'organisation, la mémoire

élèves

Un cerveau bilingue favoriserait la concentration, l'organisation, la mémoire.


4 septembre 2018 à 10h00

Plusieurs enseignants constatent une grande différence entre les élèves qui sont dans les écoles de langue française ou dans un programme d’immersion, et ceux qui ne le sont pas.

Un grand nombre d’élèves bilingues ou en immersion manifestent la plupart des avantages que procure un cerveau bilingue: meilleures concentration, organisation, mémoire…

Avantages d’une deuxième langue

C’est un fait que l’apprentissage d’une deuxième langue comporte de nombreux avantages, surtout s’il se fait à un très jeune âge. À une plus grande attention et une excellente mémoire visuospatiale s’ajoutent les bienfaits suivants dont la liste n’est pas exhaustive:

– un meilleur contrôle des fonctions exécutives, situées dans le cortex préfrontal du cerveau; ces fonctions comprennent, entre autres, la mémoire de travail, l’initiation de tâches, l’organisation et la planification, l’autorégulation et la flexibilité mentale, le contrôle des émotions et des impulsions;

– une meilleure capacité de raisonnement;

– un traitement plus rapide de l’information;

– une plus grande capacité à s’adapter aux changements;

– une meilleure exécution des tâches exigeant des changements, le suivi et la gestion de conflit;

– une réserve cognitive qui protège le cerveau contre les maladies neurodégénératives.

Plus de matière grise

Grâce à l’imagerie par résonnance magnétique, des spécialistes ont pu observer et comparer le fonctionnement du cerveau chez des sujets unilingues et des bilingues. Ces chercheurs ont trouvé que le bilinguisme modifie la façon dont les structures neurologiques du cerveau traitent les informations.

Chez les jeunes enfants qui apprennent deux langues en même temps, la matière grise du cortex pariétal inférieur gauche est plus importante que chez un enfant unilingue.

La matière grise du cerveau est celle qui contient les neurones dont le travail consiste à traiter l’information reçue des organes sensoriels ou d’autres régions de matière grise du cerveau. Le cortex pariétal inférieur permet le passage facile d’une langue à une autre.

Meilleure connectivité dans le cerveau

Par ailleurs, toute personne bilingue a aussi plus de matière grise dans le cortex préfrontal, responsable, entre autres, de l’analyse de problèmes et de prise de décision.

Pour faire des choix, la personne bilingue utilise moins les régions du lobe frontal, là où les plaques amyloïdes, si caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, se forment le plus rapidement.

Au contraire, un individu bilingue favorise les régions postérieures du cerveau, soit les aires visuospatiales, qui traitent des stimuli visuels et des déplacements dans l’espace.

Le résultat est une meilleure connectivité dans ces aires du cerveau. Pour exécuter la même tâche, la personne unilingue fera appel à pas moins de cinq régions différentes de son cerveau.

Plus de matière blanche

La matière blanche, constituée d’axones et de tissu de cellules nerveuses, transmet les informations entre les différentes zones de matière grise du cerveau. Il n’est pas surprenant que les personnes bilingues aient plus de matière blanche dans leur cerveau, particulièrement dans le corps calleux et les différentes régions responsables de l’apprentissage des langues.

Chose curieuse, le cerveau d’une personne bilingue est toujours actif dans les deux langues, même au moment où elle ne s’exprime que dans une seule. C’est la sélection d’une langue dans une situation donnée et l’inhibition de l’autre qui fortifie les fonctions exécutives chez l’individu bilingue.

C’est cette gymnastique du cerveau et l’usage ciblé d’un nombre restreint de régions du cerveau pour la réalisation de différentes tâches qui retardent d’au moins cinq ans l’apparition des maladies neurodégénératives.

En somme, une personne bilingue n’est pas forcément plus intelligente qu’un individu unilingue, mais elle utilise son cerveau de façon beaucoup plus efficace.

35% des Canadiens parlent deux langues

Avec tous les avantages du bilinguisme, on pourrait se demander pourquoi seulement 35% des Canadiens parlent deux langues (18% pour le français et l’anglais) alors que ce pourcentage est de 60% dans le reste du monde.

Selon Karsten Steinhauer, professeur et chef du département des sciences neurocognitives à l’université McGill à Montréal, les causes seraient un manque de motivation chez l’apprenant, le refus de la culture de l’autre et l’effort requis pour apprendre une nouvelle langue.

Trop peu d’heures d’instruction

Le ministère de l’Éducation de l’Ontario fixe le nombre d’heures de l’étude d’une 2e langue (le français dans les écoles de langue anglaise et l’anglais dans les écoles de langue française) comme suit :

Programme École élémentaire École secondaire
Français cadre ou

English

600 heures

Entre la 4e et la 8e année

Un cours de français ou d’anglais obligatoire de 110 heures (9e année)

(les cours de la 10e à la 12e année sont offerts, mais les cours de français dans les écoles de langue anglaise sont souvent annulés par manque d’intérêt)

Français intensif 1260 heures

Entre la 4e ou la 7e année et la 8e année

7 cours en français dont 4 dans l’étude de la langue française
Immersion française 3800 heures

Entre la 1re et la 8e année

10 cours en français dont 4 dans l’étude de la langue française

Est-ce assez d’heures pour devenir bilingue? Pour les anglophones, il s’en faut de beaucoup. Quant aux élèves francophones, ils s’en tirent mieux parce qu’ils vivent dans un milieu majoritairement anglophone.

Français obligatoire de la maternelle à la 12e

Pour favoriser un début de bilinguisme chez les anglophones de la province, une solution serait de rendre obligatoire un cours de français par an, à raison d’au moins une heure par jour, dans les écoles de langue anglaise et ce, de la maternelle à la 12e année.

Les jeunes enfants apprennent les langues rapidement et plus facilement qu’un enfant plus âgé, un adolescent ou un adulte. Une telle approche aurait l’avantage de faciliter l’apprentissage de la langue, ce qui peut être très motivant pour les élèves.

L’enfant qui n’a connu que des échecs dans ses cours de français se désenchante très vite et peut développer une attitude très négative vis-à-vis la langue et la culture et saboter ainsi son propre apprentissage.

Ironie du sort, le curriculum du ministère de l’Éducation fait mention des nombreux avantages du bilinguisme tout en limitant le nombre d’heures d’instruction.

Il est vrai que de telles réformes demanderaient des fonds importants de la part de la province. Mais lorsqu’on se rend compte que les qualités développées par le bilinguisme sont très utiles à l’école et fort prisées sur le marché du travail, une telle solution semble aller de soi.

Certains conseils scolaires de la province, dont le Halton District School Board, commencent déjà leur programme de français cadre à partir de la 1re année.

Investissement

Faire du français une matière obligatoire de la 1re à la 12e année dans les écoles de langue anglaise de la province aurait d’autres retombées positives.

Lorsque nous prenons conscience que le bilinguisme offre une protection supplémentaire contre les maladies neurodégénératives, un fléau en croissance qui représente plus de 10 milliards $ de dépenses par an rien qu’au Canada, est-ce que ce n’est pas un investissement à long terme qui vaut le coût?


Sources :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/770385/cerveau-bilingue-etat-connaissances

https://www.science-et-vie.com/cerveau-et-intelligence/les-bilingues-ont-un-cerveau-plus-efficace-7529

https://www.franceinter.fr/emissions/parlez-vous-cerveau/parlez-vous-cerveau-24-aout-2017

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1047759/recensement-2016-canada-langues-francais-anglais

http://fr.assimil.com/blog/etre-bilingue-quels-impacts-sur-le-cerveau/

http://cervenad.blogspot.com/2017/11/le-cerveau-bilingue.html

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