Un leader bilingue qui respecte le bilinguisme svp

Justin Trudeau


19 janvier 2017 à 14h45

Pour redorer son image de gars proche du peuple, égratignée par le bruit autour de ses vacances des Fêtes chez l’Aga Khan aux Bahamas, Justin Trudeau a entrepris une tournée d’une demi-douzaine de petites villes canadiennes, comme Peterborough (le 13 janvier) et Sherbrooke (le 17).

À Peterborough, quelqu’un lui a posé une question en français. Le premier ministre a répondu en anglais, soi-disant pour le bénéfice du plus grand nombre dans l’assemblée.

À Sherbrooke, quelqu’un lui a adressé une question en anglais. Le premier ministre a répondu dans la langue officielle de la province: le français. Toujours la même rengaine: pour que tout le monde comprenne (sauf la dame, unilingue anglophone, qui lui avait posé la question).

Plus tard, face au tollé de protestations suscité par son comportement contredisant près de 50 ans de bilinguisme officiel au Canada (entre autres, quelques plaintes ont été logées au Commissariat aux langues officielles et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a lancé une campagne de lettres), le premier ministre a affirmé qu’il croyait toujours au bilinguisme officiel, à la promotion du français au Québec, au respect des droits des minorités d’un océan à l’autre, etc.

Il a même prétendu que c’est ce que démontraient ses réponses dans une langue à des questions dans l’autre langue! Finalement, jeudi, il a admis qu’il aurait «peut-être» dû répondre en anglais et en français à la question de la dame de Sherbrooke, pour satisfaire tout le monde.

Trudeau fils devrait relire Trudeau père.

La Loi sur les langues officielles du Canada (1969) impose le bilinguisme à l’État fédéral – notamment à ses représentants et à ses fonctionnaires – pas aux citoyens. D’où le mot «officiel». On ne légifère pas le bilinguisme «personnel» ou «individuel».

C’est le gouvernement qui doit être bilingue, justement pour servir les citoyens dans la langue de leur choix. Car, dans une démocratie libérale comme la nôtre, c’est le gouvernement qui est censé être au service de la population, pas l’inverse. On peut même dire que le bilinguisme officiel, c’est surtout au bénéfice des unilingues!

Évidemment, ça prend un certain nombre de gens bilingues, aux postes importants mais aussi aux humbles comptoirs gouvernementaux, pour que le bilinguisme officiel fonctionne correctement. Seuls les unilingues qui pensent que travailler pour l’État est un «droit» y voient une injustice.

Mais, d’une façon générale, les Canadiens ne sont pas obligés d’être bilingues: le gouvernement doit leur répondre dans leur langue. C’est ce principe que Justin Trudeau a bafoué dans ses assemblées populaires.

La majorité des Canadiens ne sont pas bilingues. On peut certainement le déplorer, blâmer l’école publique ou une certaine paresse intellectuelle, travailler à améliorer ça.

Les cultures anglos et francos sont, chacune, assez riches pour occuper les esprits à temps plein: ce n’est donc souvent qu’au hasard de voyages et de rencontres qu’on apprécie ce que peut nous apporter le contact avec l’autre culture. Ou parce qu’on n’a pas le choix: parce qu’on est minoritaire, franco à Toronto ou anglo à Québec.

Ceux que l’actualité nationale et la politique fédérale intéressent – ou, plus généralement, qui manifestent une plus grande curiosité et fierté pour leur pays – s’assureront de maîtriser nos deux langues officielles. Les autres pourront continuer d’oeuvrer au niveau local; il n’y a rien de honteux là-dedans…

Cela nous amène tout naturellement à la course à la direction du Parti conservateur du Canada: près de la moitié des 14 candidats auraient dû rester dans leur patelin, car ils affichent une connaissance tout simplement insuffisante des deux cultures et des deux langues canadiennes.

Un bilinguisme fonctionnel – pas parfait – est une compétence essentielle chez un chef de parti fédéral, candidat au poste de premier ministre du Canada, qui doit pouvoir se montrer éloquent et intelligent en anglais et en français.

Malgré ses récents faux pas, Justin Trudeau répond au moins à ce critère (comme Stephen Harper et Thomas Mulcair), et il faut saluer sa réforme de la Cour suprême qui impose le bilinguisme aux juges. Les prochains chefs des Conservateurs (27 mai) et des Néo-Démocrates (fin 2017?) devront aussi cocher cette case.

Débat des candidats conservateurs à Québec le 17 janvier.
Débat des candidats conservateurs à Québec le 17 janvier.

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