Les champignons hallucinogènes au musée et à l’hôpital

Les thérapies psychédéliques dans une exposition au ROM

Psychédélisme, ROM
Traitement et guérison de nos jours: une recherche mondiale en psychothérapie psychédélique. Photos: Charles-Antoine Rouyer, l-express.ca
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Publié 13/10/2026 par Charles-Antoine Rouyer

Rassurez-vous ou ne vous réjouissez pas trop vite. En visitant l’exposition Psychédélisme au Musée royal de l’Ontario (ROM), vous ne pourrez pas goûter aux champignons «magiques».

Et encore moins au LSD, DMT ou mescaline, les autres principaux psychotropes dits «psychédéliques classiques» qui ont des effets similaires sur le cerveau.

L’exposition survole notamment des recherches récentes sur les applications médicales de certaines substances psychédéliques, tout en revenant sur l’histoire de leur utilisation par de nombreuses cultures autochtones dans le monde, la période hippie des années 60, leur emploi en psychiatrie au Saskatchewan avant leur interdiction fin 1960 et début 1970.

«En mettant en avant diverses pratiques culturelles et les recherches les plus récentes, l’exposition Psychédélisme: Art. Culture. Science. permet aux visiteurs de s’y retrouver dans ce sujet d’actualité», résume Jennifer Wild, codirectrice générale intérimaire du ROM.

«Nous présentons une exposition à la fois pertinente et immersive, riche en œuvres d’art et en spécimens d’histoire naturelle.»

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Psychédélisme
L’exposition juxtapose contexte culturel des pratiques autochtones ancestrales et recherches scientifiques récentes.
Psychédélisme
Plantes, champignons, animaux (salamandre ou crapaud), sont des sources de psychédéliques.

Psychédélisme et santé mentale

L’exposition inédite à l’affiche jusqu’au 6 décembre 2026 présente notamment les recherches d’un essai clinique mondial pour explorer les effets positifs d’une molécule dans les champignons hallucinogènes sur les dépressions récalcitrantes aux traitements.

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto est l’un des dix sites mondiaux de cette recherche menée dans 22 pays.

«Les psychédéliques se situent au carrefour fascinant de la science, la médecine, la culture et l’expérience humaine», observe Dr Ishrat Husain, scientifique principal et psychiatre au CAMH, et membre du groupe d’experts-conseils de l’exposition.

«Ce moment est important en ce que la recherche moderne nous permet de repenser ces substances à la lumière de la rigueur scientifique, de l’humilité et d’un engagement formel en ce qui a trait à l’éthique et à la sécurité des patients, tout en approfondissant notre compréhension du cerveau et des problèmes liés à la santé mentale comme la dépression.»

Le psychiatre torontois précise dans l’exposition que «loin d’être une panacée, les thérapies psychédéliques sont néanmoins très prometteuses en ce qu’elles agissent simultanément sur les racines biologiques, psychologiques et même spirituelles des problèmes de santé mentale.»

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Ainsi, Psychédélisme présente les résultats de la phase 2 de la recherche publiés en 2022, où 40 % des 233 participants avaient ressenti une baisse des symptômes de dépression après une dose de psilocybine, l’ingrédient actif des champignons dits magiques. Mais les effets avaient diminué après six semaines.

Dr Ishrat Husain coordonne à présent le volet torontois de la troisième phase de la recherche internationale menée auprès de 581 personnes, qui devrait se terminer fin 2026 et la dernière étape avant une demande d’autorisation gouvernementale.

L’entreprise privée britannique de biotechnologie Compass Pathways plc pilote cette recherche dans le but de commercialiser un produit.

Psychédélisme, ROM
Un autel installé par Céu Do, une église Santo Daime de Montréal, religion brésilienne qui fusionne christianisme et traditions amazonniennes, dont la boisson psychédélique traditionnelle, l’ayahusca. Photo: ROM
Psychédélisme, ROM
L’entrée de l’exposition Psychédélisme. Photo: ROM

Traditions autochtones

Le volet des thérapies psychédéliques contemporaines est venu se greffer sur le thème au cœur de l’exposition: les traditions ancestrales autochtones.

«Je suis archéologue des Andes», explique Justin Jennings, le conservateur principal, «et je travaille sur des traditions anciennes où la consommation de psychédéliques (principalement du DMT) était largement célébrée comme un moyen d’atteindre le divin.»

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«Mon intérêt initial en montant l’exposition était donc de comprendre les divers contextes culturels entourant l’usage des psychédéliques, puis de les mettre en dialogue avec la façon dont ils ont été perçus dans le discours occidental au cours du dernier siècle.»

Son collègue Colin Fleming, rédacteur en chef et stratège créatif en communications au ROM, est venu ajouter le volet clinique.

«Il s’intéressait, et s’intéresse toujours, vivement au potentiel thérapeutique des psychédéliques, et certaines des discussions sur leur utilisation en contexte clinique se sont retrouvées dans l’exposition.»

L’exposition réunit 90 objets des collections du ROM ainsi que des prêts d’institutions et de communautés culturelles à travers le monde, peintures, textiles, œuvres d’art, biens culturels, spécimens et affiches de concerts rock.

La boisson traditionnelle ayahuasca (DMT) consommée au Pérou et au Brésil, le cactus peyote (mescaline) au Mexique ou l’Iboga au Gabon sont aussi abordés.

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Psychédélisme, ROM
Affiches psychédéliques des années 60.

Pour entamer la discussion

Mais comment aborder le sujet de substances illégales au Canada aux connotations négatives de drogues?

«Nous avons conçu l’exposition comme une conversation qu’il nous faut avoir. Même si les psychédéliques demeurent illégaux, ils sont à la fois largement accessibles et de plus en plus étudiés», résume Justin Jennings.

«Nous devrions discuter collectivement de ce que ces drogues peuvent faire pour nous, et de ce qu’elles ne devraient pas faire, et entamer les discussions difficiles, notamment sur la commercialisation et les droits des peuples autochtones.»

Et si bien sûr aucune substance psychotrope illégale n’est comprise dans le billet d’entrée, l’exposition comporte toutefois un espace multimédia immersif qui tente de reproduire une expérience psychédélique, avec des éléments visuels et sonores qui suggèrent la succession des étapes d’un «voyage» psychédélique.

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