Les Belges et leur «septante»

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J’aime voyager. Comme beaucoup d’entre vous, sans doute. J’aime découvrir des lieux extraordinaires, marcher dans des rues que je ne connais pas, rencontrer des gens qui ont des cultures différentes de la mienne. Mais ce que j’aime le plus, quand je voyage dans des pays francophones, c’est porter attention à l’accent, aux régionalismes, à tout ce qui nous différencie ou qui nous unit sur le plan linguistique.

J’arrive de Belgique. De la Wallonie plus exactement. Et de la Wallonie picarde pour être encore plus précis. On y parle une langue riche, aux accents et aux rythmes fascinants.

Une langue proche de celle de la nôtre, certes, mais avec ses particularités. Les belgicismes sont de riches éléments de la langue française.

Mais ce qu’il y a de plus remarquable, quand on côtoie des Belges francophones, c’est leur système de numérotation des dizaines, qui favorise l’emploi de «septante» et de «nonante» pour remplacer «soixante-dix» et «quatre-vingt-dix».

Un emploi non seulement logique, mais aussi simple, concis et efficace.

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Curieusement, on emploie encore «quatre-vingts», alors que dans certaines régions de Suisse, on lui préfère «huitante». Le mot «octante» n’est presque plus utilisé tellement «quatre-vingts» est répandu.

Non seulement les expressions «soixante-dix» et «quatre-vingt-dix» sont-elles plus élaborées lorsque vient le temps des prononcer, mais elles deviennent encore plus compliquées lorsqu’il s’agit de les écrire correctement.

L’écriture de nombres en lettres devient une périlleuse aventure lorsqu’on arrive dans les quatre-vingt-dix-sept, les soixante et onze ou les quatre-vingts.

En Belgique, donc, on a décidé d’aller au plus simple et de privilégier l’emploi de «septante» et de «nonante».

Les ouvrages de référence mentionnent que ces mots ont aussi eu leurs heures de gloire en France. «Septante», par exemple, a commencé à céder la place à «soixante-dix» dès le quinzième siècle. On le dit aujourd’hui «absolument courant» en Suisse romande, dans le Val d’Aoste, en Belgique, au Zaïre et au Rwanda. À l’oral, on le retrouve encore dans certaines régions de l’est et du nord de la France.

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Les Belges et les Suisses utilisent encore «nonante» pour remplacer «quatre-vingt-dix», malgré qu’on note un certain recul dans l’usage. On le retrouverait aussi dans le vocabulaire régional de certaines régions françaises et, curieusement, en Acadie. Si certains estiment qu’il y a quelque chose de folklorique dans l’usage de «septante», «huitante», «octante» et «nonante», on peut plutôt affirmer qu’il y a très certainement quelque chose de logique. Les mots ont déjà été bien ancrés dans la langue française.

Dans des langues contemporaines, on ne retrouve pas de références à de tels adjectifs numéraux composés. Les anglophones disent «fifty, sixty, seventy, eighty, ninety». En espagnol, on dit «cincuenta, sesenta, setenta, ochenta, noventa». Les germanophones, enfin, emploient «fünfzig, sechzig, siebzig, achtzig, neunzig».

En français, cette mise à l’écart des formes simples au profit de formes composées vient en partie du système vicésimal, qui est un système en base 20. L’usage de «quatre-vingts» s’est répandu à partir du douzième siècle. Le système vicésimal a été très répandu en France à une certaine époque. On en trouve des traces dans des pièces de Molière, notamment, où il est question de six-vingts (au lieu de cent vingt). On employait aussi quinze-vingts pour dire trois cents.

Un hôpital de Paris fondé par Louis IX vers 1260 portait d’ailleurs le nom de «Hôpital des Quinze-vingts». Il était destiné aux aveugles et comptait, vous l’aurez deviné, trois cents places.

Dans le cas de «soixante-dix», on ne peut toutefois pas parler de l’influence du système vicésimal, mais plutôt de l’usage courant, tout simplement.
En grammaire, les règles entourant l’écriture des adjectifs numéraux et leur accord sont assez complexes. Retenons principalement que le «vingt» de «quatre-vingts» prend toujours un «s», sauf lorsqu’il ne termine pas l’écriture du nombre.

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On écrira «quatre-vingt-trois», comme «quatre-vingt-dix-sept». Les nombres dans les 60, 70, 80 et 90 prennent tous des traits d’union sauf lorsqu’on retrouve la conjonction «et», comme dans «soixante et onze».

Notons enfin que «quatre-vingts» perd son «s» uniquement lorsqu’on parle, par exemple, de la quatre-vingtième partie de quelque chose. On doit donc écrire qu’on est rendu à la page «quatre-vingt» d’un livre. Parce qu’il s’agit de la «quatre-vingtième» page.

À moins qu’on veuille être original et qu’on dise qu’on est rendu à la page «octante» ou «huitante»… Dans ce cas, il n’y a aucun problème avec un «s» quelconque…

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