L’Acadie dans tous ses états sous la loupe de 100 spécialistes

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Une centaine de spécialistes posent un regard inquisiteur sur l’Acadie d’hier et d’aujourd’hui dans L’état de l’Acadie, ouvrage paru à la fin aout sous la direction des chercheurs Michelle Landry, Dominique Pépin-Filion et Julien Massicotte. Photo: Pxfuel
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Une centaine de spécialistes posent un regard inquisiteur sur l’Acadie d’hier et d’aujourd’hui dans L’état de l’Acadie, ouvrage paru à la fin août sous la direction des chercheurs Michelle Landry, Dominique Pépin-Filion et Julien Massicotte. En quelque 500 pages, les auteurs espèrent rendre l’Acadie plus accessible d’un bout à l’autre du pays et même outre-mer.

Le but de la démarche, entamée en 2015, est de présenter un portrait actuel des connaissances acadiennes sur une multitude de thèmes. Un exercice inspiré des ouvrages L’état du Québec.

«L’Acadie, c’est un détail.» C’est en ces termes que débute la présentation du livre, faisant référence à la fin du long métrage documentaire mythique de Michel Brault et Pierre Perrault, L’Acadie L’Acadie?!?, sorti en 1971.

Les paroles sont d’Irène Doiron, l’une des deux porte-paroles de la contestation étudiante de 1968 à laquelle s’intéresse le documentaire. Elle les prononce de façon désabusée à la toute fin du film, qui relate les manifestations étudiantes à l’Université de Moncton.

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Le but de la démarche, entamée en 2015, est de présenter un portrait actuel des connaissances acadiennes sur une multitude de thèmes.

Une Acadie multifacettes

L’équipe de direction qui a coordonné la rédaction de l’ouvrage se demande d’emblée si ce sentiment de n’être qu’un «détail» habite encore l’Acadie d’aujourd’hui.

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«C’est encore souvent un défi d’exister en tant que francophones dans une mer anglophone et de se faire (re)connaitre à côté d’une société québécoise beaucoup plus tangible», souligne l’équipe de direction dans le préface.

L’un des trois codirecteurs de l’ouvrage, Julien Massicotte, professeur agrégé de sociologie au campus d’Edmundston de l’Université de Moncton, se souvient que lorsque l’aventure a débuté en 2015, personne ne se doutait de l’ampleur qu’allait prendre le projet.

«L’idée, c’était de rendre le tout accessible à une population, un lectorat un peu plus large que les universitaires au sens strict.»

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Julien Massicotte a codirigé l’ouvrage avec Michelle Landry et Dominique Pépin-Filion.

10 thèmes

L’ouvrage compte une centaine de textes d’environ une à six pages, sauf quelques exceptions, regroupés autour de 10 thèmes.

En plus des sujets plus «classiques» comme les droits linguistiques, la politique, les services gouvernementaux en français, l’identité et l’éducation, on retrouve des matières plus inusitées telles que l’environnement, les prêtres pédophiles et les revendications métisses.

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De quelle Acadie parle-t-on? Les définitions de cette entité peuvent varier si, par exemple, on inclut la diaspora.

Dans L’état de l’Acadie, on s’attarde presque exclusivement à l’Acadie des provinces Maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Île-du-Prince-Édouard), et parfois à celle de Terre-Neuve-et-Labrador.

«Je dirais qu’un défi qu’on n’a peut-être pas relevé comme on l’aurait aimé, c’est d’avoir un portrait de la situation qui soit représentatif de l’ensemble de l’Atlantique, explique Julien Massicotte. Parfois, il y avait juste pas de spécialistes pour certaines questions.»

Identité et démographie de l’Acadie

Alors que l’Acadie, comme toutes les communautés francophones du pays, mise sur l’immigration pour éviter de trop perdre son poids démographique, «peut-on devenir Acadien?». C’est l’une des questions abordées dans l’ouvrage.

Même si le discours sur l’appartenance à l’Acadie a évolué au fil des ans, les «notions à connotation ethnique de “peuple”, de “sang” et de “racine” sont très fréquemment évoquées» par les militants, peut-on lire.

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Autre constat: l’Acadie du 21e siècle est de moins en moins rurale.

Au Nouveau-Brunswick, la moitié des francophones vit en milieu urbain et 17% à proximité d’un centre urbain. La population acadienne des Maritimes vieillit plus vite que le Canada en son ensemble, et que les anglophones de la région.

Ainsi, plus de 22% des Acadiens et Acadiennes ont plus de 65 ans, comparé à 19% des anglophones et 16% à l’échelle nationale.

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Le drapeau acadien. Photo: Remi Jouan, Wikimedia Commons

L’immigration ne suffit pas

L’apport des immigrants francophones aux communautés francophones est encore loin de pouvoir pallier la diminution de la population de langue française. Depuis 1991, l’Acadie de l’Atlantique a perdu 16 000 individus, alors que le reste de la population a augmenté de 22 000.

C’est en Nouvelle-Écosse que la perte est la plus prononcée : l’effectif francophone a reculé de 18 % entre 1991 et 2016.

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Ces pertes se répercutent évidemment dans le milieu scolaire. Au Nouveau-Brunswick, les écoles francophones ont perdu le quart de leurs élèves entre les années 2000 et 2019, déplore-t-on dans l’ouvrage.

Règle générale, les textes se veulent descriptifs et non analytiques. «Moi, je vois plutôt ça comme une occasion d’introduire des sujets», mentionne Julien Massicotte.

«L’idée n’était pas d’offrir un compte-rendu de l’actualité, mais de proposer un portrait global qui puisse servir de référence à un public large, notamment aux enseignantes et enseignants de tous les niveaux, aux étudiantes et étudiants, aux décideurs publics et aux professionnels des milieux associatifs», ajoute le codirecteur.

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Les Acadiens sont fiers et s’affichent lors des fêtes. Photo: Étienne Valois, Flickr

Francophones et Métis?

D’autres sujets sont abordés un peu plus en profondeur, comme le phénomène de revendication en tant que «Métis-Acadien».

Ces revendications ont fortement augmenté après la reconnaissance, en 1999, par la Cour suprême du Canada, des droits des Autochtones des Maritimes et de l’est du Québec à la pêche commerciale, et la confirmation, également par la Cour suprême, des droits ancestraux des Métis en 2003.

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Entre 1996 et 2016, le nombre d’habitants de l’Acadie se déclarant Métis dans les recensements a été multiplié par 10 ou 30, selon les provinces.

Alors que l’argument de ces gens se fonde sur une descendance généalogique et sur un héritage «qui aurait été jusqu’à tout récemment refoulé en raison de la stigmatisation associée à l’identité métisse», certains critiques y voient «un cas flagrant d’appropriation culturelle».

Après la lecture des quelque 500 pages que compte l’ouvrage, on a un excellent aperçu de ce qu’est l’état de l’Acadie, plus structurée et plus diverse que jamais.

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