Lecture contrariée de l’histoire de l’Amérique française

Gilles Havard, L’Amérique fantôme : les aventuriers francophones du Nouveau Monde, essai, Montréal, Éditions Flammarion Québec, 2019, 656 pages, 45,95 $.
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Gilles Havard estime qu’il est possible de relire ou de réécrire certaines pages de l’histoire de l’Amérique qu’on croit trop bien connaître, celles des coureurs de bois, voyageurs, traiteurs, chasseurs, trappeurs interprètes ou encore «hommes libres» au parler français.

Il le fait avec sagacité dans L’Amérique fantôme : les aventuriers francophones du Nouveau Monde.

L’auteur a passé dix ans à exhumer des artefacts, à interroger des descendants et à décortiquer des archives pour reconstituer le récit biographique de dix de ces «hommes libres».

Dix hommes libres

Les plus connus sont Pierre-Esprit Radisson, les frères La Vérendrye, Nicolas Perrot et Étienne Brûlé.

Les autres sont:

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Pierre Gambie, un Français qui vécut en relative harmonie avec les Premiers Peuples en Floride (assassiné en 1565);

Jean-Baptiste Truteau (1748-1827), négociant de fourrures dans le Haut Missouri;

Toussaint Charbonneau (1767-1843), trappeur, traiteur et interprète lors de l’expédition de Lewis et Clark;

Étienne Provost (1785-1850), traiteur de fourrures canadien-français qui a donné son nom à la ville de Provo au Utah;

Pierre Beauchamp (1809-vers 1878) qui «se définit comme un coureur de prairie, séduit par la vie au grand air parmi les Indiens».

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Aux Européens de s’adapter

«Dans les villages et campements indiens», écrit Havard, «c’était aux Européens de s’adapter aux usages de l’autre, et non l’inverse.»

Étienne Brûlé en est un bel exemple. À son sujet, l’auteur signale le roman de Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé, Étienne Brûlé. Le fils de Champlain (David, 2010) et note que trois écoles, un parc et un belvédère portent le nom de Brûlé.

Les portraits assez détaillés de ces coureurs de bois éloignés des zones coloniales illustrent fort bien comment ils ont pu vivre une sorte de «seconde vie», portés par un sentiment de liberté. À travers «les rituels propres aux confraternités des pistes et des rivières, ils ont trouvé une manière alternative de vivre leur masculinité».

Confraternité masculine

Je me suis demandé si, souvent privés de présence féminine, cette confraternité et cette masculinité n’avait pas des tonalités homosexuelles… Pour reprendre l’expression de Gilles Havard, il y a une hiérarchie dans «les degrés de masculinité». La présence du Berdache (Amérindien bi-spirituel ou homosexuel) a certainement intéressé des hommes libres Blancs.

Avec cet ouvrage très fouillé, Gilles Havard s’est adonné à une «écriture contrariée de l’histoire de l’Amérique française». Sur la couverture de son ouvrage, on voit le fils de Pierre Beauchamp, qui se tient aux côtés du chef Son of the Star de la tribu des Arikaras.

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