Le style punché et raffiné de François Gravel

Partagez
Tweetez
Envoyez

Quand je reçois un communiqué annonçant un nouveau roman de François Gravel, il y a neuf chances sur dix que je contacte le service de presse. Il est un des mes romanciers préférés. J’adore son style tour à tour punché, direct, subtil ou raffiné. François Gravel vient de publier Nowhere Man, la seconde enquête de Chloé Perreault, qui prend des allures de véritable chassé-croisé explorant la frontière ténue entre le bien et le mal.

Tout commence lorsqu’un organisateur politique est retrouvé mort dans une voiture, tout près du village gai de Montréal.

Des années plus tard, un cadavre non identifiable est découvert dans la petite localité de Milton, près d’un parc réputé pour ses rendez-vous clandestins. Est-ce un crime homophobe? Surtout, y a-t-il un rapport entre les deux morts? C’est ce que tenteront de découvrir Chloé Perreault et ses collègues.

Phrases assassines

Le roman est direct. C’est le milieu de la prostitution et l’auteur réussit à décrire une situation – somme toute assez courante – dans la réplique que donne un homme.

La voici: «Écoutez, j’ai eu des échanges avec plusieurs hommes, mais ça ne m’a jamais excité. J’étais déjà excité avant de savoir à qui j’avais affaire, vous comprenez? Je n’ai jamais passé une nuit avec un homme, je n’en ai jamais embrassé un sur la bouche. C’était du sexe brut, primaire. J’avais besoin de me soulager, et c’était la méthode la plus facile, un point c’est tout.»

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Quand je vous dis que le roman est direct, je ne vous cache rien. Mais je vous ai aussi dit que le style de François Gravel me plaît beaucoup.

Il sait truffer son récit de phrases assassines comme «Un jeune, c’est un rôdeur; deux, un attroupement.» Il sait aussi faire preuve d’humour, à preuve cette savoureuse parenthèse qu’il nous glisse subtilement: «S’il avait fallu que Montcalm remporte la bataille des Plaines d’Abraham et que Louis XIV ait vraiment voulu coloniser ce continent, il y aurait partout d’horribles jardins à la française, avec des haies coupées au carré et des arbres taillés comme des caniches. On l’a échappé belle.»

Toujours du côté style, je ne peux m’empêcher de vous citer deux petites phrases finement ciselées. Première phrase: «Une maison si propre que son mari ne trouverait nulle place pour accrocher sa colère». Seconde phrase: «ce petit caporal autoritaire qu’ils ont entre les jambes et qui les incite à faire tant de niaiseries».

Criminels, victimes et enquêteurs

Vous vous demandez peut-être d’où vient le titre du roman Nowhere Man. François Gravel ne nous donne la réponse qu’à la page 218. C’est le titre d’une chanson de John Lennon dans laquelle le chanteur dit «living in a nowhere land, making all his nowhere plans for nobody».

François Gravel s’est certainement bien documenté pour écrire ce roman. Sur la prostitution, sur le milieu gai, sur la psychologie policière, entre autres. Au début du roman, un jeune homme explique à son coloc comment il peut faire de l’argent. Voici ce que ça donne: «La sollicitation est interdite, mais personne ne peut t’accuser d’offrir ton amitié. Si ton “ami” veut te donner de l’argent, c’est son affaire. Ce n’est pas un “commerce”, c’est un échange, tu comprends? Apprends les subtilités du vocabulaire…»

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Je ne crois pas que je vais gâcher votre plaisir de lecture en vous lisant la dernière phrase du roman. Au contraire, je crois que cela vous donnera le goût de vous procurer ce savoureux thriller. Voici ce qu’on lit à la page 251: «Ce qui est mystérieux, dans les romans policiers, ce ne sont pas les criminels ni les victimes, mais les enquêteurs.»

Nowhere Man, c’est: deux cadavres + une mallette remplie d’argent + un prostitué en cavale. C’est aussi le talent d’un homme qui s’adresse avec le même plaisir à tous les publics. Pour le reste, François Gravel n’a jamais escaladé l’Everest, n’a pas joué pour les Canadiens et n’a jamais essayé de provoquer une polémique pour faire parler de lui. Il se contente d’écrire des romans, il le fait bien et il s’en porte très bien.

Partagez
Tweetez
Envoyez
l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur