Le Professionnel au TfT: une triste comédie à découvrir


14 novembre 2006 à 17h09

Du 15 au 19 novembre prochain, le Théâtre français de Toronto accueillera Le Professionnel, une production du Groupe de la Veillée de Montréal mettant en vedette les comédiens Gabriel Arcand et Onil Melançon.

Le Professionnel se déroule aux lendemains de l’effondrement de la Yougoslavie du Maréchal Tito. Il s’agit d’un face à face entre deux ennemis d’autrefois aujourd’hui unis par un sentiment commun de déroute.

La pièce de Dusan Kovacevic a connu un succès retentissant à Belgrade où elle a tenu l’affiche pendant près de 12 ans. La production québécoise, également acclamée lors de sa création en 2005, fait présentement la tournée des grandes villes canadiennes.

«C’est une triste comédie», explique Gabriel Arcand depuis Winnipeg où la pièce fait présentement escale. «C’est la rencontre entre deux types qui ont vécu l’effondrement d’un système politique et qui ont été reclassés dans la société.»

Gabriel Arcand joue le rôle d’un écrivain, ancien dissident aujourd’hui éditeur, qui reçoit un jour à son bureau un visiteur des plus inattendus. L’homme se présente comme un ancien membre de la police secrète, un professionnel qui, pendant 15 ans, a épié les faits et gestes de l’écrivain.

Victime du changement de régime, l’ancien professionnel est aujourd’hui rétrogradé, forcé à devenir chauffeur de taxi. Il a cependant consigné les fruits de ses années de filature dans des livres, mémoires d’une époque en quelque sorte, et vient rendre compte de son travail avant de se retirer.

«On assiste à une mise en abîme du passé qui donne lieu à des situations cocasses, selon Gabriel Arcand, puisque l’écrivain est forcé de revisiter sa vie comme on le ferait au moment de sa mort, et d’avouer des choses qu’il aurait voulu oublier. C’est une rencontre existentielle où le comique côtoie le tragique.»

L’auteur du Professionnel, Dusan Kovacevic, est une figure de proue de la littérature serbe. Kovacevic a signé, en plus de nombreux textes dramatiques, le scénario d’Underground, le film d’Emir Kusturica qui avait reçu la Palme d’or à Cannes en 1995. Dusan Kovacevic décrit Le Professionnel comme «un match nul entre deux victimes de l’enfermement».

«Le régime dictait la vie quotidienne de tous, de rajouter Gabriel Arcand, des dissidents autant que des membres de la police secrète, et il condamnait les gens à leur fonction. Quand le régime est tombé, les gens se sont retrouvés sans références, dans une sorte de no man’s land. Les deux personnages de la pièce ont été également abîmés par le système. Ils ont des destins tragiques; leurs familles les ont abandonnés, l’un des deux est malade…».

Il n’y a donc pas de gagnant dans cet affrontement. «Il n’y a que la rencontre, parfois comique, des deux courants les plus forts des régimes totalitaires: la dissidence et les forces du pouvoir», conclut le comédien.

Gabriel Arcand, l’un des membres fondateurs du Groupe de la Veillée, explique qu’il ne s’agit pas pour autant d’un texte politique. «Le texte n’a pas d’opinion sinon d’être en faveur de la vie humaine au-delà des idéologies.»

Le Groupe de la Veillée et son directeur artistique Téo Spychalski, qui signe également la mise en scène du Professionnel, choisissent d’abord les textes «pour leur qualité dramatique. Le texte de Kovacevic est brillant et dépasse le cadre politique de l’ex-Yougoslavie. La preuve en est que l’on joue en ce moment à St-Boniface devant un auditoire qui n’a pas connu de système totalitaire, mais qui est malgré tout captivé. Le texte a été joué pendant des années à Belgrade. Les représentations ont été arrêtées parce que l’un des comédiens est mort. Je ne sais pas lequel c’était, mais j’aime à penser que c’est l’autre personnage!»

Le Professionnel sera présenté au Théâtre Français de Toronto au Berkeley Street Theatre, salle «upstairs», du 15 au 19 novembre prochain. Billetterie: 416-534-6604.

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