Le Père Noël au G20

Conte de Noël

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Claudine vit dans la métropole du Canada. Elle fréquente une école primaire de langue française en plein centre-ville. Elle sait que le défilé du Père Noël va emprunter l’artère principale et elle entend bien dénicher une place de choix pour voir passer l’auguste personnage.

Accompagnée de son grand frère, Claudine a accéléré le pas lorsqu’elle a vu une marée humaine déjà postée à l’intersection principale du défilé. Juste comme elle arrive à destination, la fillette entend des éclats de voix bruyants.

Mais que se passe-t-il? Policiers et manifestants s’affrontent avec violence. Des objets de toutes sortes virevoltent dans les airs. Une voiture flambe presque sous son nez. La vitrine d’un magasin vole en éclats.

Toronto accueille le G20, c’est-à-dire vingt chefs d’État et vingt mille manifestants. Ces derniers ont choisi de protester le jour même du défilé du Père Noël. Leurs déplacements doivent se tenir, en principe, dans une rue parallèle à l’artère principale empruntée par le Père Noël, mais les policiers et les soldats ne réussissent pas à contenir les bruyants écologistes, alter-mondialistes, anti-capitalistes et anarchistes. Tant et si bien que des manifestants de tout acabit déferlent aux abords de la rue Yonge juste au moment où le défilé du Père Noël se met en branle.

Au début, Claudine ne prête pas attention à ce tumulte. Elle sent néanmoins que plusieurs personnes s’affolent et que certains préfèrent s’éloigner de cette fureur soudaine.

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Son frère la protège d’une main et prend des photos de l’autre main. Peut-être réussira-t-il à en publier une ou deux dans L’Express… Le meilleur cliché est celui de soldats armés jusqu’aux dents, qui barrent la route au Père Noël. «Ce serait magnifique à la une du journal», se dit l’ado.

Comme le brouhaha s’envenime et que le défilé piétine, Claudine est bien obligée de rebrousser chemin. Mais elle ne veut pas trop s’éloigner. Elle convainc son frère d’attendre un peu dans une petite rue qui semble déserte. Il n’y a pas le moindre contestataire et les passants sont calmes.

Claudine entend la voix d’un commerçant ambulant. Il vend des chiens chauds et des frites:
– Réchauffez-vous! De bonnes frites chaudes!
– J’en veux, lance Claudine à son frère, mais je n’ai que cinquante cennes.
– Je suis sans le sou, déplore l’ado.
– Peut-être acceptera-t-il de me vendre une demi-portion…

Le vendeur a entendu ces mots et a remarqué le sourire angélique de Claudine. Il lui fait signe de s’approcher: 
– Bonjour, petite! Tu veux quelques frites? Je te les offre!
– Merci beaucoup, vous êtes bien gentil.
– Mais attention, reprend le vendeur, ce ne sont pas des frites ordinaires…
Et devant la mine intriguée de Claudine, il ajoute:
– On m’appelle Esprit de Noël. Je suis venu pour toi! Si tu fais un vœu, il sera exaucé.

Esprit de Noël sert un casseau de frites magiques, puis disparaît. Claudine regarde les lamelles dorées et se lèche les babines. Elle en croque une et quelques flocons commencent à voltiger dans l’air. Une autre et des notes de cantiques de Noël se font entendre. Claudine se dit qu’elle doit faire un vœu; après un bref instant de recueillement, la fillette le formule secrètement. Elle croque dans une frite dorée et en offre une à son frère.

Des lueurs vives éclairent soudainement le ciel. On dirait un arc-en-ciel. Claudine et son frère regagnent la rue Yonge où des éclats de rire retentissent gaiement. Policiers et manifestants défilent aux côtés du Père Noël. Ils marchent d’un même pas joyeux. Les regards de méfiance et de défiance ont disparu. Aucun sentiment de haine ou d’oppression.

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Soudain, Claudine sent une douleur atroce lui mordre le cou. Les jambes flageolantes, elle se laisse glisser sur le sol et se réveille… à l’hôpital. Sa mère la regarde avec tendresse et lui prend la main: «Tu nous as fait peur, ma petite chouette. Heureusement, ta blessure est superficielle. Au milieu du défilé et de la manif anti-G20, tu as reçu un éclat de verre, sans doute un morceau de vitrine. On n’aurait jamais dû vous laisser partir.»

Claudine raconte qu’un vendeur lui a offert des frites magiques et qu’elle a formulé un vœu qui sera exaucé. Son père tente de ramener sa fille sur terre: «Ce n’était qu’un rêve, ma chérie! De tels instants de paix n’existent pas! Policiers et contestataires se battront encore, crois-moi!»

Claudine sent des larmes de déception mouiller ses yeux. Ainsi sa belle histoire ne serait qu’un mensonge? Impossible! La fillette se tourne vers le mur pour cacher sa peine et tire le drap sur sa tête. Tout à coup, elle sent une lamelle chaude contre son cœur… C’est une frite dorée!

Elle réfléchit une nouvelle fois à son vœu: «Quand je serai grande, je forcerai les Hommes à s’aimer. Et s’ils n’y parviennent pas, je ferai en sorte que ces derniers se détestent un peu moins.»

Joyeux Noël à tous les gens de bonne volonté!

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