Le père Germain Lemieux: autobiographie à retardement

Des heures d'entrevue avec le pionnier du patrimoine franco-ontarien

L’ancien professeur de l’Université de Sudbury, Jean-Pierre Pichette. Photo: Francopresse
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Réservé et entêté: deux des mots utilisés par le chercheur Jean-Pierre Pichette pour décrire dans un récent ouvrage, le père Germain Lemieux, pionnier du patrimoine franco-ontarien.

Le livre de l’ancien professeur de l’Université de Sudbury, Germain Lemieux sur le billochet – Confessions d’un passeur de mémoire, est en quelque sorte une autobiographie. Il a été rédigé à partir de quinze heures d’enregistrement.

Parmi elles, douze heures d’entretien réalisé à la fin de 1995 dans les studios de Radio-Canada à Sudbury et qui ont servi à créer des capsules et des émissions de radio.

Dans le livre, c’est le père Lemieux qui parle, puisque ce sont ses longs monologues — préparés en réponse à des questions — qui peuplent les pages et les chapitres.

Autodidacte

Le père Lemieux y raconte sa jeunesse — ce qu’il faisait pour la première fois au moment de l’enregistrement —, ses études, ses recherches et ses convictions.

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«Le père Lemieux, c’était un bonhomme qui était à l’écart des autres. C’est un bonhomme d’une grande simplicité, d’une grande naïveté, qui était, malgré ses études, un autodidacte», décrit le professeur Pichette.

Un talent qui a permis au jésuite de développer son propre système de recherche et la capacité de retranscrire la musique des chansons qu’il entendait.

Le livre «Germain Lemieux sur le billochet» de Jean-Pierre Pichette. Un «billochet», billot de bois, est le siège officiel du conteur dans un camp de bûcherons.

Têtu, entêté, persistant…

«Il était têtu aussi. Et ça, il faut le dire, car s’il n’avait pas été têtu, entêté, persistant, il n’aurait pas fait son œuvre.» D’ailleurs, ce n’était pas tous les jésuites qui approuvaient ses travaux. Malgré cela, l’ordre religieux l’a aussi encouragé à poursuivre.

Jean-Pierre Pichette se souvient de la première fois qu’il a vu père Germain Lemieux. Il était étudiant à l’Université Laval en 1969. Le père Lemieux vient présenter le magnétoscope portable qu’il venait d’acheter pour ses recherches.

Un évènement plus important que ce que M. Pichette avait réalisé à ce moment.

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Armé de son magnétoscope

«Quand je suis allé en Belgique, Roger Pinon m’a dit : “Vous savez, le père Lemieux a été le premier au monde à utiliser le magnétoscope pour l’enquête folklorique, pour le patrimoine”.»

Et son équipement lui a permis de créer une collection impressionnante: 688 récits. «Les frères Grimm là, c’est 211», compare M. Pichette.

«Pour le contenu, c’est l’équivalent dans le fond du travail des Grimm pour l’Ontario et l’Amérique française. Quand on va en Europe, chez les chercheurs, c’est la collection de référence pour le Canada français. Vous voyez, c’est important ce qu’il a fait.»

La photo de finissant du père Germain Lemieux au Séminaire de Gaspé en 1935. Photo: «Germain Lemieux sur le billochet», de Jean-Pierre Pichette

«Le bon sens du peuple»

Jean-Pierre Pichette décrit le père Lemieux comme «un bonhomme qui a été convaincu toute sa vie du bon sens du peuple, des gens ordinaires». Il n’a jamais renié ses origines paysannes, desquelles il tirait fierté et inspiration.

Ses études au Séminaire de Gaspé, où les prêtres enseignants semblaient rejeter les histoires du peuple et des paysans, n’ont rien fait pour atténuer cette passion.

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«Il a été le premier à donner la parole publique aux gens ordinaires, au peuple, avec Les vieux m’ont conté», avance M. Pichette.

Impact majeur

Le premier à les écouter, enregistrer et diffuser leurs histoires et leurs chansons. Le chercheur fait ainsi le lien avec les Éditions Prise de parole, qui peut être vu comme l’une des conséquences des travaux du père Lemieux.

L’ovation «monstre», un peu inattendue par les organisateurs, qu’a reçue le père Lemieux lorsqu’il a reçu le Prix du Nouvel-Ontario, à la Nuit sur l’étang 1983, témoigne de son impact sur la culture franco-ontarienne selon M. Pichette.

«Tous ces jeunes-là avaient étudié à l’école les contes du père Lemieux. Le père Lemieux n’en revenait pas qu’il y ait autant de monde qui l’applaudissait.»

Sculpture de Maurice Gaudreault représentant le père Lemieux devant son four à pain. Photo: «Germain Lemieux sur le billochet», de Jean-Pierre Pichette

Intérêt international

La motivation derrière la production de ce nouveau livre est une longue escalade parsemée de colloques et d’écrits qui ont fait réaliser à M. Pichette la place importante qu’occupait le père Lemieux dans la recherche sur le folklore franco-ontarien, mais aussi dans le monde.

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Il y a d’abord eu la révision des articles et des publications du père Lemieux pour se préparer pour un colloque à Ottawa en 1981 — Jean-Pierre Pichette est arrivé à Sudbury à l’été 1981 et le colloque a eu lieu à l’automne.

Ensuite, un colloque international au sujet de l’œuvre du père Lemieux en 1991, qui est le vrai point de départ de cette aventure pour M. Pichette. C’est l’évènement qui l’a convaincu que l’on devait préserver un maximum d’information sur le prêtre collecteur.

Longue entrevue

Ce colloque aurait été l’un des premiers de niveau international organisé sur le travail d’un chercheur qui a travaillé sur l’Ontario français. Le livre sur le colloque a été publié en 1993.

A suivi une première entrevue d’une heure trente enregistrée pour la revue Continuité et qui a fait naitre l’idée de la longue entrevue avec l’aide de Radio-Canada. Jean-Pierre Pichette a commencé à publier les mots du père Lemieux dans les Cahiers Charlevoix en 2012.

Il y a finalement eu un colloque international double — en Nouvelle-Écosse et à Brest, en France — sur les prêtres, religieux et religieuses collecteurs en 2011 qui a cimenté l’importance du père Lemieux aux yeux de Jean-Pierre Pichette.

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