Le passé est ineffaçable mais remodelable

transidentité, Laurence Caron-C., Portraits de Laurent
Laurence Caron-C., Portraits de Laurent, roman, Montréal, Éditions Hamac, 2025, 156 pages, 24,95 $.
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Publié 18/02/2026 par Paul-François Sylvestre

En 2020, la Franco-Ontarienne Hélène Koscielniak abordait la transidentité comme sous-thème dans son roman intitulé Génération sandwich. Aujourd’hui, Laurence Caron-C. place ce phénomène au cœur de Portraits de Laurent, un plaidoyer pour un affranchissement de toutes formes de carcans.

Avant même le titre du roman, le livre s’ouvre sur une note biographique. On précise que la transidentité de Laurence Caron-C. influence sa pratique artistique. «Iel s’intéresse à tous les sujets qui, de quelque façon, se rapportent à l’identité, à la perte ou à l’invalidation de celle-ci, de même qu’aux phénomènes d’invisibilisation sociale.»

Laurent est le personnage principal. Dès l’introduction, on apprend que, un morceau à la fois, il se sera reformaté·e, remodelé·e, remastérisé·e, affiné·e, poli·e, raffermi·e, repeint·e, déformé·e, altéré·e, désaffecté·e, reformé·e, réimaginé·e, dégrossi·e, déconstruit·e et analysé·e.

Nouvelle identité

À l’école, Laurent a le casier 523 dans la rangée des secondaires 5. Un jour, sur son casier, il est écrit «crisse de fif» à l’encre noire. En écoutant la chanson Ma langue dans ton oreille, d’Amélie Prévost, il retient les mots suivants: «si tu n’es pas content change ou farme ta yeeeeule».

Laurent a une épiphanie. Quelle égérie! Ce sera son nom, son nouveau nom, sa nouvelle identité, sa prochaine persona. Laurent s’appelle maintenant Égérie. Son père ne veut rien savoir, évidemment, de «c’te lubie-là».

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Je n’ai jamais rencontré une personne trans, une personne qui reconstruit son moi profond entre les chaînes du passé et la promesse d’un avenir à inventer. J’avoue avoir lu Portraits de Laurent en observateur, en spectateur, peut-être même en voyeur.

Cadre autoritaire

Je sais cependant comment je réagirais si un bully, au détour d’une allée chez No Frills ou Winners, dans le métro ou sur la rue Sherbourne lançait «Ben voyons donc, tabarnak, un de ceux-là, câlisse! Moé, pas capab’, hostie, un gars dans une robe!» Je lui ferais savoir que la transphobie n’a pas sa place ici, point à la ligne!

Tout au long de ce roman déconcertant, Laurent-Égérie navigue entre ses souvenirs et ses projections. Iel déconstruit l’image figée qu’on a voulu lui imposer, puisque son enfance s’est déroulée dans un cadre rigide, marqué par un père autoritaire et une société qui impose des normes de genre.

Laurence Caron-C. illustre comment le passé ne peut pas être effacé, comment il peut cependant être revisité et remodelé. En embrassant pleinement son identité et en assumant son devenir, Égérie cesse d’être Laurent, l’ombre d’un héritage familial, et devient une figure libre et affirmée.

Transformation personnelle

Outre la transidentité, le roman met en lumière des thèmes comme la construction de l’identité, l’image de soi et la transformation personnelle, la résilience et la possibilité de se réinventer malgré les blessures du passé.

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On aborde aussi sans censure les violences scolaires et sociales subies par les personnes queer.

À titre de renseignement, selon le recensement de 2021, on comptait 14 814 230 hommes cisgenres (48,83%), 15 421 085 femmes cisgenres (50,83%) et 100 815 personnes transgenres ou non binaires (0,33%) au sein de la population canadienne âgée de 15 ans et plus.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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