Le français prend un mauvais virage

Jean-Guy Forget? Forget it!

roman
Jean-Guy Forget, After, roman, Québec, Éditions du Septentrion, coll. Hamac, 2018, 170 pages, 19,95 $. (Photo: crédit Fatine-Violette Sabiri)
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En Amérique du Nord, la langue française baigne depuis trois siècles dans une mer anglophone. Cela ne nous a jamais empêché de parler, de chanter et d’écrire en un français de qualité. Or, voilà qu’une nouvelle mouture de notre langue vient grincher nos oreilles.

En commandant le roman After de Jean-Guy Forget, j’aurais dû me méfier et m’attendre à ce que des mots anglais parsèment le récit. Un «whatever», un «all right» ou un «nightlife» par-ci par-là ne font plus sourciller, mais quand je lis «au peak de mes déchéances» et «un Nous always too far» dans le premier paragraphe du livre, je me pose sérieusement des questions.

Le tarois

La romancière franco-ontarienne Hélène Koscielniak a déjà défendu le bien-fondé d’écrire des dialogues exactement comme les jeunes les prononcent, dans un franglais qu’elle appelle le «tarois». Je veux bien, tant que la narration demeure correctement française.

After est le premier roman de Jean-Guy Forget. Il est écrit au je qui «lis pretty much toujours sous l’effet de substance, même complètement fucking wasted».

Je n’hésite pas à dire que l’écriture de ce roman est diablement gaspillée. Forget avoue que sa «masculinité est trouée…», tout comme son français, pourrais-je ajouter.

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L’auteur souhaite se «détacher de certains conditionnements, des normes de la masculinité et de l’hétérosexualité», mais la langue utilisée bousille complètement sa démarche, aussi honnête soit-elle.

Lost in translation

Voici une phrase choisie au hasard: «Essayer sans totalement réussir que le sexisme soit la seule chose qui end up lost in translation.» Comme je ne parle pas la langue de Forget sans me «sentir à l’aise de step outside», j’attends la traduction en français de ce charabia de roman, «obviously imprécis».

Être accusé de sexisme est la dernière chose que Forget souhaite. Il écrit donc «on est sorti.es, on s’était cherché.es, on était allé.es» et ainsi de suite. Au lieu de dire ils et elles, l’auteur écrit «iels». Plus traumatisé que ça tu meurs!

Ce n’est pas la première fois que je lis un roman rédigé dans ce genre de langue. L’an passé, quand j’ai signalé mon désaccord à une amie, elle me rétorqua: «cher Paul-François, les jeunes parlent comme ça de nos jours.» Même en France, me dit-on!

After est publié dans la collection Hamac des Éditions du Septentrion. Je veux bien que cette division littéraire fasse entendre une voix originale, mais il y a des limites à sanctionner le genre d’écriture que pratique cet auteur. Jean-Guy Forget? Forget it!

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