Le Festival Bamiléké veut séduire un plus large public

Festival Bamiléké Ontario, 2026.
Des membres de l'Association FèéFèé Ontario, qui porte le nom d'une langue bamiléké parlée dans l'Ouest du Cameroun, au Festival Bamiléké du Grand Toronto. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 20/07/2026 par Hamza Ziad

Après plusieurs jours marqués par les feux de forêt, la pluie a finalement permis d’assainir l’air dans la région de Toronto. Si plusieurs alertes météorologiques, dont une alerte de tornade visant une partie du Grand Toronto, ont marqué la journée du samedi 18 juillet, elles n’ont pas empêché la tenue de la 21e édition du Festival Bamiléké du Grand Toronto, au parc Centennial à Etobicoke.

Familles, membres de la diaspora, nouveaux arrivants et visiteurs se sont réunis pour célébrer le patrimoine d’un peuple originaire des hauts plateaux de l’Ouest du Cameroun. Au programme: défilés culturels, concours gastronomiques, activités consacrées à l’histoire du peuple bamiléké et présence de plusieurs organismes communautaires francophones.

Plus qu’un rendez-vous festif, l’événement se voulait un espace de transmission culturelle, d’intégration et de rapprochement entre les communautés.

Festival Bamiléké Ontario, 2026.
Philbert Tiwa.

«Le festival s’inscrit dans le vivre-ensemble, l’un des principes fondamentaux du peuple bamiléké», affirme Philbert Tiwa, président de l’Association Bamiléké Ontario, dans une entrevue accordée à l-express.ca.

Publicité

«Nous lançons de nombreuses invitations, mais nous n’obtenons pas encore la participation souhaitée. Nous espérons accueillir davantage de Torontois lors des prochaines éditions.»

Cette volonté de faire rayonner la culture bamiléké est également portée par les différentes associations de la communauté. «Les associations bamiléké sont très actives et travaillent ensemble pour promouvoir notre patrimoine culturel», souligne Duvalier Monkam, président de l’Association FèéFèé Ontario.

«Nous aurons d’ailleurs l’occasion de représenter fièrement notre culture lors de la All Bamiléké Convention, qui se tiendra à Chicago au mois de septembre.»

chefs
La chefferie traditionnelle bamiléké repose sur une hiérarchie ancestrale, où les chefs, les notables et les conseils de sages jouent un rôle central dans la préservation des traditions.

«Tuer la panthère»: un symbole de réussite

Au-delà des sonorités du tam-tam, des étoffes de ndop et des saveurs du nkui, le peuple bamiléké perpétue un héritage façonné par des valeurs de travail, de solidarité et de persévérance.

Festival Bamiléké Ontario, 2026.
Richard Dackam-Ngatchou.

«L’ardeur au travail et l’esprit d’épargne font partie de nos principes fondamentaux», explique Richard Dackam-Ngatchou, membre de l’Association Medu-Ndanda Canada (AMAC).

Publicité

Cette culture de l’entraide se traduit notamment par un système d’épargne collective qui permet aux membres de financer des projets entrepreneuriaux, immobiliers ou familiaux. Selon lui, ce mécanisme renforce la solidarité au sein de la communauté tout en favorisant son développement économique.

Autre symbole fort, l’expression «tuer la panthère» est associée à la réussite. «C’est un véritable titre de noblesse, car la panthère est un animal très difficile à chasser», souligne Richard Dackam-Ngatchou. Une personne qui revient au village après avoir réussi sa vie est ainsi reconnue comme ayant «tué la panthère», une distinction qui demeure une source d’inspiration pour les générations suivantes.

Festival Bamiléké Ontario, 2026.
Rosine Ngansop, entrepreneuse camerounaise et l’une des traiteuses du Festival Bamiléké, proposait aux visiteurs du poulet braisé, du poisson braisé et plusieurs autres spécialités de la cuisine bamiléké.

Le nkui, un plat au cœur de l’identité bamiléké

La gastronomie occupe une place importante dans la culture bamiléké. Parmi les mets les plus représentatifs figure le nkui, une préparation traditionnelle à base d’écorces, d’herbes et d’épices, généralement servie avec du couscous de maïs. Ce plat est reconnu pour sa valeur culturelle et ses propriétés nutritionnelles.

«Le nkui est l’un des plats les plus importants de notre culture. Il est notamment servi aux femmes après l’accouchement en raison de ses nombreux bienfaits digestifs et nutritionnels. C’est un plat qui fait partie de notre identité», explique Rosine Ngansop, ancienne vice-présidente de l’Association Bamiléké Ontario et entrepreneuse camerounaise de la région du Grand Toronto.

Pour elle, le festival constitue également une vitrine de la cuisine camerounaise. «Je vais le dire comme ça: la gastronomie camerounaise est la meilleure de l’Afrique!»

Publicité
Viamonde
Plusieurs organismes communautaires et établissements francophones, dont le Conseil scolaire Viamonde, ont profité du Festival Bamiléké pour présenter leurs services et échanger avec les familles présentes.

Une culture qui se transmet

Au-delà de son caractère festif, le Festival Bamiléké du Grand Toronto se veut un lieu d’accueil, d’intégration et de transmission culturelle.

Selon Philbert Tiwa, l’événement permet aux nouveaux arrivants de rencontrer les membres de la diaspora, de même que plusieurs organismes et établissements francophones, notamment le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), les collèges, les universités et d’autres partenaires communautaires, facilitant ainsi leur intégration.

Festival Bamiléké Ontario, 2026.
Feumba Tchouya Clothilde.

Pour Feumba Tchouya Clothilde, vice-présidente de l’AMAC, le festival contribue aussi à faire vivre les traditions au Canada. Les naissances, par exemple, continuent d’être célébrées selon les coutumes camerounaises, avec des visites à domicile, des présents et des rassemblements familiaux.

Richard Dackam-Ngatchou estime que ces rencontres permettent également aux jeunes générations de mieux connaître leurs origines et d’assurer la transmission d’un patrimoine culturel riche.

Publicité

Retour au pays natal

Créée en 2013, Retour au pays natal (RPN) est une initiative communautaire qui soutient les familles camerounaises lorsqu’un proche décède au Canada. Le programme couvre les frais de rapatriement de la dépouille ainsi que les funérailles au Cameroun. Initialement fixée à 15 000 $, l’aide maximale a été portée à 20 000 $ afin de tenir compte de l’augmentation des coûts.

Festival Bamiléké Ontario, 2026.
Armstrong Sache. Photo: courtoisie

Le modèle repose sur la solidarité collective. RPN regroupe aujourd’hui 450 associations, représentant près de 84 000 membres à travers le pays. Lorsqu’un décès survient, une contribution exceptionnelle d’environ 23 cents par membre permet de financer l’aide.

«Nous misons sur la solidarité de notre communauté et sur la force du nombre», explique Armstrong Sache, ancien président de RPN.

L’organisme intervient également à l’international, notamment en France, en Suisse et aux États-Unis, ainsi que dans d’autres pays, pour soutenir les familles confrontées à un décès. Il se dit par ailleurs prêt à accompagner toute association ethnoculturelle souhaitant mettre en place un modèle semblable.

UOF
Devant le kiosque de l’Université de l’Ontario français lors du Festival Bamiléké.

Le financement, principal défi du festival

Interrogé sur les principaux défis de l’événement, Philbert Tiwa laisse échapper un long soupir avant d’aborder la question du financement.

Publicité

«Nous envoyons des demandes de financement partout, mais nous ne recevons pratiquement rien», confie le président de l’Association Bamiléké Ontario. L’organisation s’était fixé un objectif de 15 000 $, sans toutefois parvenir à atteindre 6 000 $.

Selon lui, le festival mérite un soutien accru de la Ville de Toronto et des différents ordres de gouvernement. Il appelle également à une répartition plus équitable des fonds destinés aux événements communautaires.

«Je ne sais pas où se situe le blocage, mais je lance un appel. Certains organismes obtiennent des financements importants sans organiser un festival de cette envergure. Celui-ci mérite d’être soutenu afin d’assurer sa pérennité», souligne-t-il.

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur