Le fer forgé du Bénin : un art vaudou

Musée Barbier-Mueller

Asen, XXe siècle, p. 38-39.


10 février 2019 à 11h00

C’est une exposition très originale que présente jusqu’au 20 mai prochain le musée Barbier-Mueller de Genève, en Suisse, puisqu’elle est consacrée à des œuvres d’art en fer forgé de la côte ouest africaine, ce qui n’est pas un sujet artistique très commun.

Heureusement, cette exposition s’accompagne d’un livre de 125 pages, très illustré, qui nous permet de prendre connaissance des objets en fer forgé de cette exposition sans avoir besoin de se déplacer.

Et cet ouvrage est d’autant plus le bienvenu que les objets exposés sont des asen, ce qui ne dit probablement rien à la plupart d’entre nous.

Musée Barbier-Mueller
Asen, milieu-fin du XIXe siècle, p. 73.

Les asen vaudous

Pour comprendre les asen et leur raison d’être, il faut remonter aux origines des pratiques vaudou, en Afrique, dans le sud de ce qui est maintenant une région de la République du Bénin. C’est de cette zone que proviennent les objets de l’exposition d’œuvres d’art en fer forgé, qui sont principalement des asen.

Les asen sont des structures métalliques que l’on peut planter en terre et qui portent un petit plateau représentant une scène de la vie quotidienne en fer forgé, ce qui en fait une œuvre d’art vaudou.

Consacrée aux asen provenant de l’ancien royaume du Dahomey, l’exposition du musée Barbier-Mueller aborde diverses thématiques importantes pour mieux cerner ces saisissantes sculptures, ce que fait aussi l’ouvrage d’accompagnement.

Musée Barbier-Mueller
Asen, début du XXe siècle, p. 107.

Les vivants rencontrent les morts

L’usage de ces objets d’art nous ouvre des portes pour comprendre l’histoire plus générale de leur région d’implantation, à savoir le sud de la République du Bénin et du Togo.

Dans sa forme la plus simple, l’asen est planté dans le sol de l’asenxo (la case aux asen), où sont commémorés et évoqués les défunts de la famille lors de cérémonies annuelles.

C’est à cette occasion que devant l’asen mis alors en valeur, les vivants rencontrent les morts, leur parlent, les interrogent et leur offrent des sacrifices de propitiation.

Musée Barbier-Mueller
Asen, fer et alliage cuivreux, postérieur à 1910, p. 111.

Guérison, protection, divination

Beaucoup d’asen comportent une sorte de récipient dans lequel on déposait les offrandes aux ancêtres au moment où l’asen était planté en terre.

Dans la tradition régionale, les asen étaient également étroitement associés aux rites de guérison, de protection et de divination, à la transmission du savoir entre le monde des esprits et le monde des vivants,

Cette fonction a été progressivement délaissée au profit d’un usage plus commémoratif réservé d’abord à la famille royale dont les asen bénéficiaient d’un traitement privilégié et commémoratif.

Musée Barbier-Mueller
Asen, après 1910, p. 121.

Importance socio-historique

Le musée Barbier-Mueller donne une présentation du livre publié pour accompagner son exposition d’asen, dans lequel s’exprime l’historienne d’art Suzanne Preston Blier de l’université Harvard.

L’introduction retrace l’histoire des asen et montre combien cette tradition artistique a joué un rôle essentiel dans l’histoire même de la région, une histoire qui remonte au XVIIe siècle, voire probablement plus tôt.

L’importance socio-historique des asen et le rôle capital joué par les artistes eux-mêmes sont mis en valeur par l’historienne.

Musée Barbier-Mueller
Livre, Asen : Mémoires de fer forgé, broché, 27×21 cm, Genève, 2019, très nombreuses illustrations, 122 p, 29 euros. La couverture reproduit un détail du plateau d’un asen du XXe siècle, au complet p. 116.

Ouidah et Abomey

Ces asen, dont cet article donne quelques représentations, ont été façonnés par des mains habiles qui peuvent être classées en cinq groupes artistiques: quatre situés à Ouidah, une ville du Bénin, dominés par le travail du fer, et le cinquième à Abomey, ville au sud du Bénin, où coexistait également le travail du laiton et, plus rarement, de l’argent.

«Les œuvres de Ouidah remontent à la deuxième partie du XIXe siècle ou au début du XXe siècle; les asen d’Abomey datent du XXe siècle.

La soixantaine d’asen du corpus fait l’objet d’une notice explicative détaillée qui ouvre une fenêtre sur le langage iconographique symbolique très riche caractérisant ces pièces et contribuant à rappeler le souvenir d’importants ancêtres.»

Des artistes qui s’ignorent

Il est donc très intéressant de parcourir ce petit livre qui nous donne une très bonne idée de ce que nous ne connaissons pas. Il y a des illustrations à chaque page et quelque 25 asen sont présentés en gros plan et en pleine page.

Après avoir pris connaissance de cet ouvrage, on ne peut plus ignorer ce que sont les asen, et on aura vu comment le fer forgé peut devenir une œuvre d’art sous la main d’artistes qui, bien souvent, ignorent qu’ils le sont.

Musée Barbier-Mueller
Le Togo et le Bénin sont situé sur la côte ouest de l’Afrique.

Un conte

Le livre comprend un conte de Florent Couagga Lotti, La femme-loge gouf, qui commence ainsi:

On dit qu’il a des ailes de papillon

Que, quand son corps s’est égaré dans la mort,

Ce sont ces ailes, les deux ovales qui hérissaient son dos,

Qui l’ont porté dans le souffle du vent

Dans les nues du silence

Jusqu’aux dentelures des nuages.

Il a erré à travers col.

Il a migré de place en place

Puis il et redescendu sur terre.

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