Le chancre qui dévorait Haïti de l’intérieur

Fabienne Josaphat, À l’ombre du Baron, roman traduit de l’anglais par Marie-France de Paloméra, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2017, 288 pages, 32,95 $.
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Papa Doc et ses tontons macoutes sont au cœur du roman À l’ombre du Baron, de Fabienne Josaphat. L’auteure décrit Haïti à la fois comme un étalage de beauté, de décrépitude et de chaos. Duvalier et ses hommes de main sont «le chancre qui dévorait Haïti de l’intérieur».

Le Baron dans le titre du roman renvoie au Baron Samedi qui incarne la mort dans le vaudouisme. L’intrigue se passe en 1965 et met en scène deux frères qui ne frayent pas dans les mêmes eaux: Raymond L’Éveillé est chauffeur de taxi, Nicolas L’Éveillé est prof de droit.

Les deux hommes se sont toujours traités de minus, bornés ou obstinés. Mais voilà que Nicolas est arrêté et envoyé à Fort Dimanche, la prison la plus infernale du régime Duvalier. Raymond va-t-il risquer sa vie pour sortir son frère de ce couloir de la mort?

Fabienne Josaphat
Fabienne Josaphat

Nicolas a documenté les tortures et la disparition d’hommes avec une rare minutie. Ce juriste se préparait à publier un manuscrit incendiaire lorsque les matraques des tontons macoutes se sont abattues sur lui comme une machette qui taille les tiges de canne à sucre.

«Les coups tombaient sur ses os comme pour les fracasser l’un après l’autre, comme s’il était pris entre les roues d’une broyeuse. La douleur atroce se propageait par vagues dans sa nuque et dans sa tête. Il ne lui resta plus qu’à espérer mourir.»

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L’auteure décrit d’ailleurs le gouvernement comme «une broyeuse sanglante». Elle donne aux hurlements aigus des prisonniers de Fort Dimanche le nom de «musique de la coopération».

Le style de Fabienne Josaphat est net et direct. Certaines descriptions de douleurs sont d’un sombre réalisme. Elle note que les détenus nettoient leurs plaies avec de l’urine et ajoute: «Ce qui ressemble le plus à un docteur, ici, c’est celui qui vous torture. […] Il n’y a pas de guérison pour ceux qui sont déjà morts. Pas de salut.»

Le roman décrit aussi le sort des épouses et enfants des deux protagonistes. Dans le cas de Raymond, sa femme le quitte avec les deux enfants et réussit à traverser vers Miami. L’épouse et la fille de Nicolas se réfugient en République dominicaine.

On y trouve parfois des réflexions philosophiques comme «l’art des enfants consiste à panser les blessures que les parents passent leur vie à lécher.»

L’intrigue d’À l’ombre du Baron est menée avec brio. On sent la tension qui règne non seulement à Fort Dimanche, «cette pourriture de trou oublié de Dieu», mais également dans Cité Simone, bidonville de Port-au-Prince, où «nous barattons tous de l’eau en espérant faire du beurre».

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Fabienne Josaphat est diplômée de la Florida International University et vit aujourd’hui à Miami. Son roman a été écrit en anglais et le Miami Herald le qualifie de «lettre d’amour à Haïti et son peuple». La critique met ce premier roman sur le même pied qu’Au temps des papillons de Julia Alvarez.

Qui sait, il figurera peut-être sur ma liste des coups de cœur en fin d’année…

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