Le «bon moment» pour accélérer la reconnaissance des compétences des francophones au Canada

immigration, reconnaissance des compétences
La conférence ePIC Canada 2026 a réuni des acteurs des milieux de l’apprentissage, de l’emploi, des technologies, des politiques publiques, du développement communautaire et de l’innovation sociale pour faire évoluer les pratiques de reconnaissance vers des approches plus inclusives. Photo: Inès Lombardo, Francopresse
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Publié 01/10/2026 par Inès Lombardo

À l’heure où le pays a besoin d’immigrants et où l’IA joue un rôle prépondérant, le Canada devrait accélérer la reconnaissance des compétences, notamment informelles. C’est le message porté par trois experts gouvernementaux présents lors de l’évènement ePIC Canada, organisé par le RESDAC, à Ottawa.

«Le Canada n’est pas très innovant en matière de reconnaissance de compétence, voire très en retard», a déclaré d’emblée Sylvie Painchaud, la directrice générale du Conseil des ministres sur la francophonie canadienne, lors d’un panel présenté par le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), à l’occasion de l’évènement ePIC Canada 2026, qui se tenait les 28 et 29 septembre, à Ottawa.

ePIC Canada 2026 a réuni au Canada des acteurs qui s’intéressent à la manière de mieux reconnaître les apprentissages et les compétences, notamment en dehors des parcours traditionnels.

Dans la continuité du mouvement international ePIC et de l’édition tenue à Paris en 2024, l’évènement a bordé ces enjeux sous l’angle des réalités canadiennes et francophones.

Un retard à rattraper

Sylvie Painchaud s’est voulue rassurante: selon elle, le Canada pourrait rattraper son retard si les employeurs et les syndicats étaient associés aux conversations pour reconnaître les compétences informelles, un objectif poursuivi par le RESDAC.

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Identifier les compétences manquantes est une autre étape à étudier, a-t-elle martelé. «On travaille à reconnaître celles qui ne sont pas reconnues. Mais il faut trouver celles qui manquent et comment y pallier.»

D’après elle, une approche sectorielle reste de mise, notamment pour reconnaître rapidement des diplômes «nécessaires à la vitalité des communautés francophones».

L’immigration liée à l’économie

Un argument repris par une autre panéliste, Carol McQueen, directrice générale du programme d’établissement au ministère fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC).

«Pour le Canada, l’immigration est vraiment liée à l’économie. Il y a cette nécessité des compétences francophones. On veut favoriser aussi les compétences de vie, comme une forte résilience de la part des immigrants, l’adaptation, etc. Ce sont des caractéristiques qui ne sont pas faciles à mesurer.»

Elle admet que pour les immigrants francophones, la plus grande difficulté est de trouver un emploi qui correspond à leurs qualifications. Un médecin d’un autre pays francophone peut se retrouver à faire un métier moins qualifié pendant des années avant que ses compétences soient reconnues au Canada.

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«Mais au fur et à mesure, ils atteignent ou dépassent les salaires des immigrants unilingues. À long terme, c’est important pour le Canada et pour ses communautés», remarque la responsable.

Barrières interprovinciales

Carol McQueen indique aussi que la reconnaissance des compétences demeure «difficile à résoudre, car il y a plusieurs niveaux de gouvernements». En somme, les provinces et territoires ont des règlements et des besoins différents.

Selon elle, un groupe de travail entre les ministres fédéraux et provinciaux de l’immigration, mais aussi de l’emploi, est à l’œuvre pour identifier les obstacles à la mobilité des corps de métiers dans les domaines où le Canada a des besoins.

«Pour une première fois depuis une dizaine d’années, il y a un momentum entre les niveaux de gouvernements de faire venir des gens surtout dans les secteurs où on manque de personnel.»

Des apprentissages sont nécessaires

Sylvie Painchaud reconnaît toutefois que certains apprentissages sont nécessaires, notamment pour les professionnels de santé, car «il y a l’aide médicale à mourir au Canada par exemple, ce qui n’est pas forcément le cas pour les pays d’origine des personnes qui immigrent».

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Carol McQueen nuance néanmoins ce constat en rappelant qu’IRCC peut agir rapidement «quand on doit attirer des talents».

La Stratégie en matière de compétences mondiales (SCM) en est un exemple: elle permet notamment d’accélérer le traitement des demandes de permis de travail de certains professionnels de la haute technologie, avec un délai cible de deux semaines.

«Ces gens vont aider à créer des emplois pour le futur», a-t-elle soutenu.

Cette économie du futur ne peut se faire sans reconnaissance des compétences et identification de celles qu’on ne connaît pas encore et qui créeront des métiers encore inexistants, affirme Sylvie Painchaud.

L’IA redéfinira les compétences

L’autre panéliste, Mark Shaan, sous-ministre délégué au ministère fédéral de l’Innovation, des Sciences et du développement économique, soutient que les compétences ne «sont plus linéaires», mais en évolution constante du fait notamment du rôle de l’IA, qui redéfinit des carrières entières et des métiers.

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Selon lui, l’IA «change le jeu et exige que chaque Canadien se forme aux technologies».

Avec l’IA «c’est un bon moment pour faire un survol de nos compétences», argue Mark Shaan. Comme Sylvie Painchaud, le sous-ministre voit qu’il y a «un petit manque de compétences dans le domaine des technologies. Comment intégrer un humain dans le processus est une autre question à se poser pour s’adapter à l’IA».

Pour Sylvie Painchaud, le sujet de l’IA se pose également dans les écoles: «La société va plus vite que les gouvernements, alors comment adapter nos compétences plutôt que simplement accumuler des compétences qui ne seront plus efficaces dans 4 ans?»

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