L’art de l’énigme et l’énigme de l’art

Lévy Delphine, Walter Sickert, relié, 19 x 26,5 cm, 152 p. La jaquette reproduit L'Hôtel Royal, Dieppe, 1894, huile sur toile, 50,2x61 cm, Museum Sheffield, Angleterre.
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La romancière Patricia Cornwell était convaincue que derrière le peintre Walter Sickert se cachait Jack l’Éventreur. Sickert est décrit comme «provocateur, scandaleux, mystérieux» dans un nouvel ouvrage de Delphine Lévy aux éditions Somogy.

C’est la réputation que ce peintre britannique s’est fait en sortant du domaine classique en vogue pour s’attacher à des sujets et à des scènes populaires, ce qui fait qu’il demeure en Angleterre «l’indiscutable précurseur de la peinture figurative moderne».

Voilà pourquoi il mérite de retenir l’attention dans l’histoire de l’art, puisqu’il a influencé des célébrités comme Francis Bacon (1909-1992) ou Lucian Freud (1922-2011).

Whistler et Degas

Walter Sickert est né le 31 mai 1860 en Allemagne, à Munich. Son père, Oswald Adalbert Sickert, est un dessinateur et graveur allemand né au Danemark qui s’établit en Angleterre en 1868. Sa mère, Eleanor était la fille illégitime de l’astronome britannique Richard Sheepshanks (1794-1855).

Ses parents l’énvoient très jeune à la King’s College School de Wimbledon, où il étudie jusqu’à 18 ans.

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Puis il devient acteur avant de s’initier à l’art pictural comme assistant de James McNeill Whistler, un peintre symboliste et impressionniste né aux États-Unis (Massachusetts), arrivé à Londres en 1859.En 1889, Sticker part pour Paris où il rencontre le peintre impressionniste Edgar Degas.

Ces deux artistes influenceront grandement son œuvre. Degas l’impressionne par son «habileté à créer une situation à travers les attitudes simples de ses figures».

En 1888, ses premières toiles sont exposées au New English Art Club de Londres. Les visiteurs découvrent avec étonnement la réalité de la vie souvent triviale d’un music-hall londonien, dont il n’avait pas idée. Ce sera d’ailleurs un sujet favori du peintre.

Intimiste

Après être devenu portraitiste, pour survivre dans les années 1890, Sickert devient paysagiste, vivant à Dieppe, puis à Venise, de 1898 à 1905, année de son retour à Londres.

Ses œuvres, aux sujets dérangeants — nus dans des meublés misérables, faits divers… — et aux couleurs et cadrages atypiques, suscitèrent de l’admiration mais aussi du rejet chez ses contemporains, malgré la sophistication de l’harmonie de leurs tons et la complexité de leur composition.

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Cette peinture intimiste, aussi énigmatique que l’artiste lui-même, personnage brillant et excentrique, inspire aujourd’hui encore de nombreux fantasmes et publications dans le monde anglo-saxon.

Avant-gardiste Walter Sickert est considéré comme une figure centrale de la peinture moderne britannique du tournant des XIXe et XXe siècles.

Quant à voir Jack l’Éventreur derrière les pinceaux de l’artiste, c’est bien entendu une fausse impression de la romancière Cornwell, car «le seul grand mystère chez Sickert réside dans sa peinture, extraordinairement moderne et novatrice».

Walter Sickert est décédé le 22 janvier 1942 à 81 ans à Bath, dans le Somerset, en Angleterre. Le Musée des beaux-arts du Canada possède trois œuvres de Sickert: Maison Wellington, Noctes Ambrosianae, Les chevaux de la basilique Saint-Marc.

Un livre surprenant

L’ouvrage des éditions Somogy révèle la richesse et la diversité de l’œuvre de Sickert, et constitue la première étude en langue française jamais consacrée à cet artiste majeur du XXe siècle.

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Après une introduction, le livre comporte six sections courtes et d’une lecture aisée, séparées par une page couleur: Fascination, Le scandale des tableaux de music-halls. Observation, Les paysages urbains, de Dieppe à Venise. Effraction, Réinventer le nu à Londres. Mystification, L’ambiguïté des scènes intimes. Transmission, Un passeur de la modernité en Angleterre. Transposition, L’usage précurseur et controversé d’images préexistantes. Des notes, Repères biographiques, Bibliographie terminent l’ouvrage.

Ce qui est le plus surprenant, ce sont les 100 illustrerions qui accompagnent les textes, en différents formats: portraits, paysages, scènes de rue, nus, des œuvres ambiguës et morbides sur des fonds sombres et misérables.

Si vous souhaitez enrichir vos connaissances en faisant une lecture agréable, ce livre est pour vous. Si vous voulez découvrir l’humour artistique anglais, c’est le livre qu’il vous faut. Si vous voulez sortir des sentiers battus, cet ouvrage vous ouvre la voie.

Dieppe

Dieppe n’évoque pas de bons souvenirs au Canada à la suite du raid allié désastreux en France le 19 août 1942, entrepris avec une majorité de soldats canadiens.

Le cimetière canadien de Dieppe témoigne toujours de l’hécatombe subie par les troupes canadiennes,

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Mais Dieppe plaisait beaucoup à Walter Sickert. «Sickert et Dieppe, c’est d’abord l’histoire d’une passion durable», lit-on dans le livre de Delphine Lévy. «Cette histoire d’amour, c’est d’abord la passion du peintre pour la ville, ses couleurs, ses rues, cette foule des petites gens et petits métiers, ses pêcheurs, ses monuments et bâtisses emblématiques: le Café suisse et les arcades, le front de mer, Saint-Jacques, le Pollet…»

«Sickert et Dieppe, c’est une passion artistique. À l’évidence, Dieppe est un décor de choix et d’exception pour Sickert. La ville l’inspire. Le porte. Le pousse à innover et à faire évoluer sa technique…»

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