La recherche: «une économie de prestige biaisée à l’anglais»

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Le gouvernement fédéral subventionne notamment la recherche en santé, en sciences naturelles et en génie, ainsi qu'en sciences humaines.
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Publié 14/10/2026 par Inès Lombardo

En quatre séances, 32 personnes représentant 23 organismes ont comparu récemment devant un comité parlementaire pour demander au gouvernement fédéral de repenser en profondeur le système d’accès à la recherche, pour que les chercheurs francophones aient la même place que leurs pairs anglophones.

Ils publient en anglais, car ils pensent avoir plus de chances de décrocher des bourses pour leurs recherches.

Ils sont moins accompagnés, ont moins de places et doivent parfois même déménager en dehors de leur province d’origine pour le Québec ou le Nouveau-Brunswick – voire un autre pays – afin de voir leurs recherches publiées dans leur langue.

Telle est la réalité des chercheurs et chercheuses francophones du Canada. Une réalité qu’ont dénoncée des dirigeants d’universités et de collèges francophones, de presses universitaires; des fédérations de professeurs d’université et des chercheurs eux-mêmes, devant le Comité permanent de la science et de la recherche de la Chambre des communes.

Le Comité les entendait sur le rapport du groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français, du 24 septembre au 8 octobre.

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La science touche tous les aspects de nos vies.

Écarts chiffrés

Entre 2020 et 2024, le taux de succès des demandes en français aux subventions à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) était de 47%, contre 56% pour celles en anglais.

Hors Québec, seuls 4 projets sur 73 présentés en français aux Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont été financés sur dix ans, soit un taux de réussite de 5,5%.

Au Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), le taux de succès des demandes francophones hors Québec atteignait 31,7%, contre environ 42,5% en moyenne.

Ces écarts mettent en évidence les difficultés particulières auxquelles se heurtent les chercheurs et chercheuses francophones dans les milieux minoritaires.

Pas une simple demande de fonds

Linda Cardinal est professeure émérite à l’Université d’Ottawa et membre du groupe consultatif qui a produit le rapport.

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Linda Cardinal.

Elle voudrait que le comité recommande au gouvernement majoritaire la mise en œuvre des recommandations du rapport, incluant l’investissement du fédéral de 40 millions $, afin que cela devienne «un plan de départ» pour le gouvernement fédéral.

Le but: que les recommandations de ce rapport structurent le plan d’action, avec «des responsabilités très claires pour le ministère de l’Industrie», précise l’universitaire, pour ainsi voir une feuille de route émerger.

Le Service d’aide à la recherche en français (SARF)

Lancé par l’Acfas en mai 2023, le Service d’aide à la recherche en français (SARF) est un service national qui soutient les chercheurs et chercheuses francophones en contexte minoritaire pour préparer leurs demandes de financement de recherche en français auprès des conseils subventionnaires fédéraux.

Les conseils subventionnaires fédéraux principalement visés par le rapport sont:

• Le CRSNG, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, qui finance la recherche en sciences naturelles, en génie et dans les domaines connexes.

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• Le CRSH, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, qui soutient la recherche en sciences humaines et sociales.

• L’IRSC, les Instituts de recherche en santé du Canada, qui financent la recherche en santé.

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Les humains: sujet de recherche inépuisable.

Des sujets dévalorisés?

«Des jeunes se disent que s’ils arrivent avec des sujets sur la francophonie canadienne, leur doctorat n’aura pas la même valeur que s’ils travaillaient sur l’économie canadienne», a fait valoir Linda Cardinal devant les députés.

Les trois organismes subventionnaires, soit le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH), les IRSC et la Fondation canadienne de l’innovation ont tous été consultés par le groupe consultatif.

«Chacun y va de sa mesure positive, mais on a besoin d’une stratégie pour diffuser la recherche en français. Ils reconnaissent tous qu’il faut en faire plus pour la recherche en français, mais on ne peut pas dire qu’ils ont commencé à mettre en place nos recommandations.»

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Les trois recommandations pour le gouvernement

• Renforcer la gouvernance: créer un Secrétariat de coordination de la recherche en français pour coordonner les initiatives fédérales et élaborer une stratégie nationale, en accordant une attention particulière aux communautés francophones en milieu minoritaire.

• Investir dans la recherche en français: créer un fonds dédié d’au moins 40 millions $ par an pour soutenir les chercheurs, la relève scientifique, les publications et la diffusion des savoirs en français.

• Renforcer l’exemplarité du gouvernement: améliorer la transparence des données et la responsabilisation des institutions fédérales, tout en corrigeant les biais systémiques qui désavantagent la recherche en français.

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L’initiation aux sciences commence à l’école élémentaire.

Compétition

Alors que les universités classées dans le top 15 des établissements canadiens les plus réputés attirent les fonds, il faudrait «quelques forces externes pour favoriser un meilleur environnement, les fonds attirent plus de fonds», estime Ghyslain Gagnon, cadre-conseil en développement stratégique de la recherche à l’Université du Québec.

«Je suis un chercheur moi-même. Quand on reçoit 50 demandes, mais qu’il n’y a les fonds que pour deux personnes, la différence entre la 2e et la 3e se joue sur des virgules», décrit-il, affirmant que le déséquilibre des fonds entre les établissements francophones affaiblit les opportunités de financement futur.

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Son collègue Francis LeBlanc, vice-recteur adjoint à la recherche et doyen à l’Université de Moncton, a insisté sur le fait que les fonds sont allés aux U15 automatiquement [le regroupement qui représente 15 des plus grandes universités canadiennes auprès des gouvernements, NDLR].

Selon lui, la concentration des fonds nuit aux établissements francophones.

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Lynn Casimiro.

Lynn Casimiro, du collège La Cité à Ottawa et Toronto, a plaidé que pour contrer cette tendance, il fallait «que les établissements francophones travaillent ensemble pour attirer davantage de fonds et créer un écosystème plus solide».

Une manière de permettre de «passer des savoirs vers une mise en marché de produits. On peut faire travailler les plus petits et les plus grands établissements».

Reconnaissance du côté du gouvernement

Le sous-ministre adjoint dans le secteur des sciences et de la recherche, Nipun Vats, également témoin du comité, a concédé au député du Bloc québécois Maxime Blanchette-Joncas que «l’aspect linguistique n’a pas été pris en compte» dans son ministère lorsqu’arrive la question de la répartition des fonds.

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Il a aussi reconnu qu’il «est plus difficile de mener des recherches en français».

À la question de savoir si son ministère finance suffisamment la recherche en français, le sous-ministre adjoint a tenté un pas de côté, affirmant qu’il existait «une évaluation de l’excellence» et faisant valoir qu’il fallait prendre en compte «le nombre de candidatures du programme d’établissements francophones».

«Il faut savoir si les chercheurs francophones ont un accès équitable pour être compétitifs dans les demandes de bourses.»

Nipun Vats a aussi reconnu que la majorité des fonds vont aussi aux universités «qui ont les structures nécessaires pour les appuyer», soit notamment, les U15.

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Génie, santé, humanité: sciences convergentes.

À suivre

De son côté, Leslie Weir, la bibliothécaire et archiviste du Canada, chapeauté par le ministère de Patrimoine canadien, a affirmé qu’une «analyse approfondie» des recommandations du rapport soumis par le groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français sera nécessaire pour «pour évaluer la mise en œuvre, les ressources et les possibilités de collaborations». Et ce, «bien que plusieurs objectifs concordent».

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