La musique a résonné en français aux quatre coins du pays

La tournée pancanadienne Coup de cœur francophone

La soirée du 2 novembre avec le groupe QW4RTZ à Hearst, en Ontario. (Photo : France Lapointe)


10 novembre 2018 à 15h00

Du 1er au 11 novembre, une centaine d’artistes ont parcouru le territoire de l’Atlantique au Pacifique dans le cadre du festival-tournée Coup de cœur francophone.

Malheureusement, pour la première fois depuis des années, la tournée n’est pas passée par Toronto, le Centre francophone de Toronto laissant désormais à d’autres (l’Alliance française, Franco-Fête, Francophonie en Fête, le Théâtre français) le soin de programmer ce genre d’activités culturelles.

Des 200 spectacles qui ont animé le Canada au rythme de la musique, plus de 80 ont été offerts à l’extérieur des scènes montréalaises et québécoises. Une belle façon de mettre à l’honneur les artistes et de se côtoyer.

Les Rats d’Swompe, qu’on a pu entendre à la Franco-Fête de Toronto en juin, était du Coup de coeur à Hearst le 24 novembre.

Sous le signe de la diversité

De Vancouver à Fredericton, en passant par Edmonton, Winnipeg, Regina, Yellowknife, Whitehorse, Hearst et Montréal, la 32e édition de Coup de cœur francophone s’est une nouvelle fois placée sous le signe de la diversité. Et la francophonie canadienne n’était pas en reste.

Une vingtaine d’artistes issus de communautés minoritaires étaient au programme, dont Yao, artiste franco-ontarien d’origine togolaise né en Côte d’Ivoire, Gabrielle Goulet également de l’Ontario, les Fransaskois Étienne Fletcher et Shawn Jobin, ou encore Renelle Ray, originaire de Falher en Alberta.

«Ça fait une très belle programmation», se réjouit Valérie Picard, directrice générale du Conseil des arts de Hearst, la seule ville ontarienne dans la tournée.

Valérie Picard, directrice du Conseil des arts de Hearst.

Circulation des artistes

«Le festival fonctionne super bien», témoigne Valérie Picard. «Ce projet est vraiment essentiel à la circulation des artistes franco-canadiens au pays.»

Ginette Lavack, directrice générale du Centre culturel franco-manitobain, est témoin de l’engouement que l’écoute de la musique francophone provoque chez les jeunes: «C’est pas souvent qu’on entend du rap francophone», s’exclame-t-elle, évoquant ici Shawn Jobin.

Pour Lisa Berthier, directrice générale par intérim de l’Association franco-culturelle de Yellowknife, le festival permet de faire tomber la barrière de la distance. «C’est tellement cher de faire venir les artistes dans le Nord», déplore-t-elle.

Ginette Lavack, directrice geenérale du Centre culturel franco-manitobain.

Une belle vitrine

Et grâce à Coup de cœur, les artistes issus de communautés plus éloignées peuvent espérer percer. Car l’un des premiers objectifs du festival est de faire émerger des artistes issus de communautés francophones en situation minoritaire et les faire circuler.

«C’est une manière de provoquer l’éclosion de talents», relève Alain Chartrand, le fondateur de Coup de cœur. «J’ai vu le nombre d’artistes qui circulent bourgeonner depuis les années 1980. Le défi n’a jamais été un problème de création, mais de diffusion», analyse-t-il.

Le fondateur du Coup de cœur, Alain Chartrand.

Une période difficile

Si le festival survole aujourd’hui six fuseaux horaires avec quelque 200 spectacles d’un océan à l’autre, ses débuts en 1987 se limitaient à Montréal. «C’était une époque peu reluisante pour la chanson francophone qui connaissait un passage à vide», se souvient celui qui occupe aujourd’hui le poste de directeur général et artistique.

Il avait vu alors une belle occasion de braquer les projecteurs sur des artistes peu médiatisés.

Progressivement, le festival a dépassé les frontières québécoises avec la formation en 1995 du Réseau pancanadien, composé aujourd’hui de 10 partenaires au pays.

Étienne Fletcher

Une porte ouverte sur l’industrie

En s’appuyant sur le centre névralgique montréalais, une quarantaine de villes canadiennes se joignent désormais au mouvement et programment chaque mois de novembre des artistes venus des quatre coins de la francophonie: France, Belgique, Suisse, Québec et Canada.

«L’industrie musicale francophone, c’est au Québec que ça se passe, et particulièrement à Montréal», note Alain Chartrand. Et grâce à Coup de cœur, les artistes issus d’autres communautés peuvent espérer percer.

La présence de diffuseurs étrangers est ici une vraie valeur ajoutée, selon le fondateur. Au fil des décennies, le festival a aussi accompagné le renforcement des organismes provinciaux de soutien aux artistes, comme Musicaction. En outre, d’autres événements se sont greffés, comme la FrancoFête en Acadie qui se déroule aux mêmes dates afin de profiter de la circulation des artistes.

Yao

Rapprocher Québécois et francos du reste du Canada

«On n’est pas peu fiers en tant qu’organisme québécois, car au départ on ne connaissait pas la réalité des communautés francophones. Ils nous ont fait confiance malgré l’hésitation des débuts», confie Alain Chartrand.

Si une grosse proportion des artistes reste québécoise – dont des gros noms comme Vincent Vallières, Luc de Larochellière, Marjo, Klô Pelgag – la place est faite aux artistes internationaux et franco-canadiens. «Nous voulons couvrir le plus grand spectre d’expression artistique possible», précise le fondateur.

«Au début, même les bailleurs de fonds n’étaient pas convaincus. Mais maintenant le festival est installé et a fait ses preuves», observe Alain Chartrand qui se dit privilégié d’avoir côtoyé les différentes communautés, et déçu par les récents propos d’une certaine Denise Bombardier.

Shawn Jobin

Renforcer l’identité

Enfin, pour Valérie Picard, le festival permet aussi de renforcer l’identité. «On est au courant de ce qui se passe ailleurs. On s’identifie, ça crée une culture rapprochée. À Hearst, on est très loin des grands centres, c’est encore plus important. On sent qu’on appartient un peu plus à la francophonie canadienne dans sa diversité.»

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