La guerre vue par deux ados

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Les romans sur la guerre abondent tellement qu’on peut se demander s’il existe encore une façon originale de raconter la Seconde Guerre mondiale. Le romancier Paul-Christian Deroo nous prouve que cela est possible. Il relève le défi avec brio dans Des bleus aux jambes.

Mai 1940 est le point de départ. Nous sommes dans le Nord de la France.

Les personnages sont assez nombreux, mais l’auteur s’intéresse surtout à deux enfants de douze ans, Françoise et Fernand, qui ne se connaissent pas encore. C’est à travers leurs yeux, leurs émotions, leur raisonnement que nous vivrons l’Occupation et la Libération.

L’action se déroule surtout à Tourcoing et dans les environs. Dans ce coin de pays, le patois est le ch’ti. Quand un enfant demande du foie gras, son père lui répond: «Te peux nin manger de l’pâté fo min garchon, te vas faire d’lurticaire…»

Le rationnement, le couvre-feu, les affrontements avec les boches, tout met la population sur le qui-vive. Les gens sont à bout de nerfs, mais cela ne les empêche pas de vivre parfois des moments empreints de tendresse.

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C’est le cas lorsque l’auteur décrit un mari plutôt bourru, pas romantique pour cinq cennes, qui, dans une passe difficile, s’approche de sa femme, replace une mèche de cheveux rebelle et lui pose un baiser sur le front. «Pour une fois. La guerre fait parfois bien les choses.»

Les parents ont beau vouloir protéger leurs enfants, ces derniers finissent inévitablement par découvrir «la sauvagerie de la guerre, dans la suprême imbécilité des hommes».

Sans qu’ils s’en rendent compte, la guerre fait vieillir trop rapidement Françoise et Fernand. Ils se sentent partagés «entre la candeur de l’enfance et la rudesse des jeux de guerre que se livrent les adultes». Au point de se demander si vieillir consiste à se faire rattraper par la bêtise humaine, par le besoin de vengeance et de haine.

Françoise a une amie qui s’appelle Rebecca, mais ignore qu’elle est juive.

Du jour au lendemain, Rebecca doit porter l’étoile jaune. Françoise découvre que des commerçants n’ont plus le droit d’ouvrir boutique, que des habitués de cafés et restaurants ne peuvent plus y mettre les pieds, qu’«une race proscrite est mise à l’index par ordre de l’État».

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Le roman décrit l’Occupation sous toutes ses facettes, y compris coucher avec l’ennemi. Une veuve française reçoit clandestinement un soldat allemand, lui ouvre ses bras, ses jambes.

Impossible de ne pas remarquer que le cœur d’un soldat n’est pas nécessairement fait de métal destructeur comme celui des obus, qu’il ne s’agit pas d’«un organe oppressé dans une cage thoracique blindée par la discipline guerrière».

Dès les premiers chapitres, nous savons que le courant pourrait passer entre Françoise et Fernand, mais l’intrigue est conçue de façon à ce qu’ils ne se croisent pas ou presque pas… Ne comptez pas sur moi pour vous dire si la guerre va bien faire les choses. Lisez plutôt Des bleus aux jambes.

Le roman abonde des jeux de mots finement ciselés: «ils devront fourbir leurs âmes», «ils doivent porter leur croix, leur croix gammée», «bouc hémisphère». Parfois, les mots d’une phrase épousent une rime poétique: «On vit, on meurt, on ne vaut pas plus qu’une fleur.»

Paul-Christian Deroo est né à Sainte-Anne-de-Bellevue (Québec). Fils d’immigrants, il possède les nationalités française et canadienne. Il travaille dans la comptabilité, mais consacre son temps libre à l’écriture. C’est heureux pour nous.

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