Jocelyne Samson, une «grande dame» et une amie

Témoignage

Jocelyne Samson

Jocelyne Samson


13 avril 2018 à 14h00

«Départ à la retraite d’une grande dame de la Francophonie.» C’est le titre du blogue du 6 avril du Commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, à propos de Jocelyne Samson, une grande dame, en effet, qui n’est pas connue du public. Son travail acharné et minutieux pour la reconnaissance des droits des francophones, elle l’a fait en coulisses, loin des feux de la rampe. Et c’est ce qu’elle voulait.

J’ai rencontré Jocelyne par le biais du travail, évidemment. Enfin, me suis-je dit, une fonctionnaire qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, qui ne pratique pas la langue de bois.

Résultats

Nous nous sommes tout de suite bien entendues. Elle était directe, allait immédiatement au cœur d’un problème, voyait immédiatement la liste d’options disponibles. Et quand cette liste dépassait le mandat de son employeur, elle ne ménageait pas son imagination et ses contacts pour trouver une solution.

D’ailleurs, elle le dit elle-même: «Atteindre un résultat positif, aussi minime soit-il, a toujours été important pour moi. C’était une petite ouverture d’une fenêtre ou d’une porte qui pouvait devenir un plus grand avantage pour la communauté plus tard.»

De ses années dans la fonction publique de l’Ontario, elle retient: «Ce sont les rencontres, les clients et les collègues, qui m’ont le plus comblée, ceux et celles qui m’ont accordé leur soutien ou leur confiance. C’est plus précieux que des victoires administratives, bien que je ne renie pas ces dernières parce que j’ai toujours été au service de la communauté.»

Je n’ai pas besoin d’ajouter aux compliments sur la contribution professionnelle de Jocelyne, Me Boileau l’a très bien fait.

Généreuse, curieuse, battante

Mais je veux ajouter des mots sur la Jocelyne privée, qui est devenue une amie au fil des ans.

Connaître Jocelyne socialement, c’est découvrir une femme à l’humour corsé, avec une humilité stupéfiante comparée à l’autorité naturelle qu’elle dégageait dans ses fonctions. Une femme d’une extraordinaire générosité, d’une curiosité passionnée.

La petite fille de la Haute-ville de Québec, arrivée en Ontario en 1972 sans un mot d’anglais, ne l’a pas eu facile. Son parcours, comme le dit le cliché, a été semé d’embûches qui en auraient découragé d’autres. Mais Jocelyne s’est accrochée, a travaillé férocement (incluant comme serveuse à l’ancien restaurant torontois l’Omelette – difficile à mettre en image, n’est-ce pas ?).

Elle a partiellement élevé seule son fils, a étudié le soir, obtenu des diplômes post-secondaires et une licence d’agent immobilier, et trouvait le temps de faire du bénévolat.

Toujours, elle s’est battue pour la langue française. «Parmi mes beaux souvenirs», révèle-t-elle, «je pense au club de lecture que j’ai organisé pour des détenues de l’ancienne prison de Kingston, et à mes élèves du cours de français à Boréal, qui sont si intéressants et avides d’apprendre, alors qu’ils sont souvent de nouveaux arrivants avec plein de défis.»

Gravement malade

Aujourd’hui, mon amie Jocelyne est gravement malade, à l’hôpital depuis des mois. Elle qui a tant travaillé pour les services de santé en français, se retrouve dans un milieu où elle n’en reçoit pas, n’en attend même pas.

C’est la qualité des soins spécialisés dont elle a besoin qui inquiète le plus sa famille et ses amis, pas la langue dans laquelle ils sont prodigués.

Mais Jocelyne s’accroche encore. L’énergie qu’elle met à améliorer sa santé et à garder le moral m’époustoufle à chaque visite, à chaque appel. Elle parcourt les corridors avec son bolide déambulateur et s’occupe en cachette des plantes pendant la nuit.

Récemment, on l’a invité à se joindre à un conseil consultatif de patients. Elle a dit oui, bien sûr. Ils ne savent pas ce qui les attend!

Résilience

Ceci n’est pas une eulogie. Oui, mon amie Jocelyne est malade. Mais elle a deux petites filles au soleil. Madeleine et Olivia méritent de connaître et apprécier une grand-mère qui est une battante, un symbole de résilience exceptionnelle, et qui a beaucoup de valeurs à leur transmettre et d’amour à leur donner.

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