Islamophobie et paranoïa: plutôt II (Deux) fois qu’une

La dernière pièce de Mansel Robinson traduite par Jean Marc Dalpé

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L’amour rend aveugle dit le proverbe. Il rend aveugle à la vérité, à la confiance qu’on avait envers quelqu’un. Quand le poids du monde et des mots s’abat sur un couple, qui sait ce qui peut arriver?

Avec justesse et précision, Mansel Robinson s’attaque à un sujet casse-gueule, le racisme latent de nos sociétés et la poussée de l’islamophobie, nouvelle version de l’autrophobie, qui existe depuis la nuit de temps.

Le Théâtre français de Toronto (TfT) a vu juste en voulant présenter cette œuvre, qui a ravi les critiques de l’Outaouais et du Québec.

Après avoir présenté Slague, de Mansel Robinson, en 2010, le TfT récidive avec II (Deux), la dernière pièce du célèbre auteur anglophone, encore une fois traduite par Jean-Marc Dalpé.

Vérité

C’est Geneviève Pineault, directrice artistique au Théâtre du Nouvel-Ontario (photo médaillon), qui a eu l’idée de traduire et mettre en scène II, après avoir été renversée par la vérité de la pièce.

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«On venait de travailler sur la pièce Slague. Mansel développait son texte et en avait déjà fait quelques lectures. Il m’a envoyé un courriel avec un très court résumé “An inexpensive two-hander… white cop who kills his Muslim wife… not a musical”. J’ai lu la pièce d’un seul trait chez moi un soir. Il y a quelque chose qui vient me chercher dans la vérité de Mansel Robinson. C’est poétique dans le rythme, dans les images.»

Au moment de choisir le traducteur de la pièce, Geneviève Pineault n’hésite pas et confie cette tâche à Jean Marc Dalpé, une évidence selon elle: «Mansel et Jean Marc sont des frères de plume et même au niveau de la rythmique ils sont similaires. On avait déjà eu une belle collaboration avec Slague. Leurs univers sont fusionnés.»

La peur de l’Autre

La pièce nous plonge dans la vie d’un couple, dont la belle histoire s’est mal terminée.

Le monde a changé depuis le 11 septembre 2001 et Mansel Robinson a eu un flash quand, au Canada, on lui a demandé d’enlever ses souliers, et de quasiment se déshabiller dans un aéroport, dans son propre pays. De cette expérience, il a tiré II, un texte percutant qui questionne notre peur de l’Autre et qui décortique les mécanismes de la paranoïa collective, exacerbée par les attentats du 11 septembre 2001.

La première victime de la guerre contre le terrorisme c’est la confiance. La haine de notre monde moderne nous pousse à voir le mal chez l’autre.

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«Il y a de plus en plus une arabophobie, une islamophobie. C’est la peur de l’Autre et à travers le temps il y a toujours eu des Autres. On a toujours eu besoin de trouver le Mal. C’est plus facile de justifier les décisions quand c’est contre un ennemi commun. Il y a eu les Russes, maintenant ce sont les Arabes, bientôt avec la montée de l’Asie ce seront les Asiatiques. Mansel met le doigt sur un problème. On surveille nos voisins, nos valises, on est en train de tous s’espionner», explique la metteure en scène Geneviève Pineault.

Un crime

Dans le spectacle, on cherche à comprendre ce qui s’est passé dans un couple où le mari tue sa femme (on ne révèle rien ici puisqu’on l’apprend dans la première phrase de la pièce!). Un policier, Mercier (joué par Jean Marc Dalpé) a pour épouse Maha (Elkahna Talbi), et ces deux-là filent le parfait amour. Maha est médecin et voyage beaucoup. Mercier entend de plus en plus de gens lui glisser à l’oreille que sa femme pourrait être une terroriste, et cette idée s’immisce dans son inconscient jusqu’à devenir une vérité. Il se met lui même à mener son enquête.

«Les deux personnages sont dans deux espaces-temps. Lui est dans la salle d’interrogatoire et nous raconte la logique qu’il a suivie. Comment ses collègues policiers ont semé des petites pistes qu’il s’est mis à suivre», raconte Geneviève Pineault.

«De con côté, Maha parle à des gens, mais on ne sait pas vraiment à qui. Elle raconte leur couple et le secret qui la ronge. Les deux se font des aveux», poursuit la metteure en scène.

Deux solitudes

En résultent deux monologues, entrecoupés de scènes à deux. «La société a contaminé leur couple», lâche Geneviève Pineault.

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Dans un décor qui met en lumière la séparation des deux personnages, Mercier et Maha se livrent et montrent la réalité de la pression sociale et de la perte de confiance.

«On s’attache au personnage de Mercier. On se laisse emporter dans le jeu. Des fois il dit des choses, on s’aperçoit qu’on est d’accord et ce n’est que plus tard qu’on réalise que c’était vraiment raciste. C’est gênant», indique Geneviève Pineault.

Si certains seront choqués par la pièce, ou ce diront que ce n’est pas la réalité, «c’est important que le propos de la pièce soit discuté», pense la metteure en scène, qui sait très bien que ce propos passera difficilement dans certaines communautés. «Le malaise vient souvent du fait qu’on assume ou pas son racisme.»

La pièce II ne laissera certainement pas le public torontois indifférent, lui qui vit dans une des villes les plus multiculturelles du monde.

Renseignements

www.theatrefrancais.com

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