Immigrants: combler la pénurie dans un système de santé «décourageant»

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Malgré une pénurie de main-d'oeuvre, les immigrants formés en santé peinent à trouver de l'emploi dans notre système. Photo: Hush Naidoo Jade Photography, Unsplash
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Publié 13/06/2022 par Inès Lombardo

Le ministère de l’Immigration investira 1,5 million $ dans l’espoir de mieux orienter les professionnels de la santé formés à l’étranger dans leur recherche d’emploi. Cette aide sectorielle est destinée à résorber la pénurie de main-d’œuvre dans le milieu de la santé, qui appelle à l’aide depuis plusieurs années.

Le ministère veut «faire tomber les barrières» que rencontrent les professionnels de la santé lorsqu’ils s’installent au Canada.

Aider les immigrants à naviguer dans le système

C’est ce qu’a expliqué Marie-France Lalonde, secrétaire parlementaire du ministre Sean Fraser, en annonçant lundi dernier la bonification du Réseau national de navigation pour les nouveaux arrivants (N4), créé en 2019.

Monté par le Centre hospitalier pour enfants d’Ottawa (CHEO), ce réseau œuvre «pour la diversité de fournisseurs qui aident les nouveaux arrivants à naviguer dans les systèmes complexes de soins de santé et de services sociaux canadiens».

Selon Marie-France Lalonde, l’octroi à N4 de 1,5 million $ supplémentaire contribuera à «combler la pénurie de main-d’œuvre dans le domaine de la santé et aider les nouveaux arrivants à mieux connaître les ressources disponibles».

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«On a vu l’ampleur du manque de main-d’œuvre, particulièrement en santé durant la pandémie.» Le réseau aide aussi à la reconnaissance des diplômes des immigrants, fait-elle valoir.

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Marie-France Lalonde, secrétaire parlementaire du ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Sean Fraser. Photo: Inès Lombardo, Francopresse

Appel à l’action du domaine de la santé

L’annonce fédérale a été faite le jour du lancement de la Conférence nationale sur le leadership en santé (CNLS), tenue virtuellement les 6 et 7 juin par SoinsSantéCAN et le Collège canadien des leaders en santé (CCLS). Le thème de cette année: «Exploiter le plein potentiel de notre leadership et de nos effectifs pour améliorer la santé».

À travers un appel à l’action aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, les deux organisations demandent la mise en œuvre de «cinq solutions durables pour s’attaquer aux causes profondes de la crise de la main-d’œuvre en santé».

L’une des recommandations est que les gouvernements prennent «le leadership dans l’élaboration et la coordination d’une stratégie nationale de ressources humaines en santé».

Rendre certaines disciplines plus attrayantes

SoinsSantéCAN et le CCLS demandent aussi des investissements supplémentaires «pour rendre certaines disciplines plus attrayantes, améliorer les conditions de travail et clarifier les cheminements de carrière, en particulier pour les préposés aux bénéficiaires, les aides-soignants, les médecins et les infirmières».

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Ils font également valoir un besoin de «données pancanadiennes minimales en matière de ressources humaines en santé» et un financement de stratégies «pour s’attaquer au fardeau de la charge de travail et améliorer l’équilibre travail-vie personnelle pour nos travailleurs de la santé».

Christine Kouri, gestionnaire de l’équité en santé et en diversité au CHEO, confirme qu’il faudrait «une solution pancanadienne, car actuellement, la santé relève des provinces. Et même à l’intérieur du pays, c’est très difficile pour les nouveaux arrivants de trouver du travail dans le domaine.»

Dans de nombreux cas, Christine Kouri rappelle que les nouveaux arrivants multiplient les candidatures dans plusieurs provinces pour avoir le plus de chances d’être pris. Mais le défi reste de faire valoir leur diplôme obtenu à l’étranger quand les provinces n’ont pas les mêmes exigences d’appréciation des diplômes.

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Christine Kouri, gestionnaire de l’équité en santé et en diversité au CHEO. Photo: Inès Lombardo, Francopresse

Encore plus difficile pour les immigrants francophones

Pour Roukya Abdi-Aden, gestionnaire en concertation nationale dans le secteur du revenu et du tourisme au Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), «il faut s’assurer que cette annonce ait un impact sur la reconnaissance des acquis».

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Roukya Abdi-Aden.

«On fait venir des gens compétents, mais ils ne travaillent pas. Et pour les francophones, ça rajoute la barrière linguistique, donc c’est encore plus difficile pour trouver un emploi», lance-t-elle.

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SoinsSantéCAN et le CCLS ont ainsi conclu dans leur appel à l’action publié après la conférence nationale en santé que «le temps est maintenant venu de modifier fondamentalement les structures systémiques qui ont favorisé la crise de la main-d’œuvre».

Le document précise: «Il est essentiel que nous commencions à travailler à la création d’une main-d’œuvre durable et prospère au Canada, et à offrir des milieux de travail sécuritaires et inclusifs. Ce qui se traduira par une meilleure qualité de la prestation des soins aux patients et de meilleurs résultats en santé.»

Beaucoup de demandeurs d’emploi… en pleine pénurie

À la suite de l’annonce d’IRCC, Christine Kouri affirme avoir reçu 130 demandes pour devenir membre du réseau N4. «La demande est très forte.»

«On était bouleversés des différentes histoires et de voir que les professionnels de la santé nouveaux arrivants avaient autant besoin d’aide. Ça rend triste, car ils sont tellement découragés avec le processus de recherche d’emploi.»

Elle ajoute: «Moi-même, j’ai fait l’exercice comme si je venais du Liban. Mon Dieu, c’est un système très décourageant et compliqué!»

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Élaborer une formation virtuelle

Une partie du financement annoncé servira à élaborer une formation virtuelle, accessible aux professionnels de la santé formés à l’étranger de partout au pays. Elle sera offerte par l’École Providence de leadership transformatif et de spiritualité de l’Université Saint-Paul.

L’Université Saint-Paul à Ottawa.

Cette nouvelle initiative, menée avec le réseau N4, s’ajoute à deux microprogrammes préexistants: Justice sociale, relations interpersonnelles et immigration et Servir la diversité: besoins et défis en matière d’établissement et d’intégration.

Aucun crédit académique ne sera associé à la nouvelle formation de 12 semaines. Elle sera «basée sur l’identification des compétences non cliniques et des lacunes en matière de savoir-faire et savoir-être qui créent des obstacles à un emploi et une intégration réussie», précise Gabrielle Dupuis, coordinatrice de l’École.

Une première session en anglais est planifiée en septembre 2022. «Ensuite, nous espérons offrir la formation en anglais et en français en janvier 2023», ajoute-t-elle.

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