Immersion dans une famille «moderne» d’Oslo

Helga Flatiland, Une famille moderne
Helga Flatiland, Une famille moderne, roman traduit du norvégien par Dominique Kristensen, La Tour d’Aigues, Éditions de L’Aube, collection Regards croisés, 2022, 392 pages, 42,95 $.
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La Norvégienne Helga Flatland choisit de dresser le portrait original d’une famille d’Oslo en se questionnant sur les liens transgénérationnels. Dans son roman intitulé Une famille moderne, elle fait tomber le ciel sur la tête de trois enfants adultes établis dans leurs vies personnelles et professionnelles.

Divorce à Oslo

Ces trois enfants – Liv, Ellen et Hakon – se rencontrent pour célébrer les 70 ans de leur père. Or, ce dernier choisit ce moment pour leur annoncer que lui et son épouse vont divorcer.

Éclate dès lors le cadre qui permettait aux enfants d’être proches les uns des autres, de se faire confiance et d’être naturels dans leurs relations.

L’histoire est racontée à tour de rôle par Liv, Ellen et Hakon. Chacun apporte des nuances et des sous-entendus où étonnements, similitudes et différences se croisent allègrement. Lentement et insidieusement, on assiste à une élaboration collective de non-dits.

Du couple à la famille

Liv est l’aînée, c’est elle qui a permis la transition d’une relation de couple à une famille. Hakon est le petit dernier profondément désiré. Au milieu, Ellen fait «figure de matériaux de remplissage entre les deux autres».

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Liv est la seule à avoir des enfants. On apprend qu’elle déteste les changements, qu’elle a besoin de pouvoir anticiper, de planifier en conséquence. C’est une femme déstabilisée par les moindres écarts.

Ellen a un partenaire, mais ils se sentent de plus en plus étrangers, ne forment plus un «nous». Le divorce de ses parents fait ressortir la «disparition du désir» au sein de son propre couple. S’installe un éloignement dans leurs pensées et entre leurs corps.

Intelligence émotionnelle surdéveloppée

Quant à Hakon, il est doué d’une intelligence émotionnelle surdéveloppée. Il ne croit pas au mariage qui, selon lui, n’est rien de moins qu’une forme d’institutionnalisation des sentiments et de l’amour. «C’est l’expression même de l’absence de liberté, du contrôle.»

Les parents tentent d’expliquer que leur décision est un choix mûrement réfléchi. Ils démontrent comment un grand vide s’est maintenant installé.

«Nous avons puisé tout ce que nous pouvions l’un dans l’autre, et dans ce mariage. Nous ne voyons plus d’avenir à notre couple.»

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D’une voix narrative à l’autre, on passe de sommets élevés à des abîmes profonds. Les enfants estiment que leurs parents abandonnent ce qu’ils ont défendu toute leur vie, ce qu’ils leur ont appris.

«C’est un mensonge, une trahison envers nous qui les avons pris au sérieux, qui les avons écoutés et qui avons tenté de vivre selon les valeurs qu’ils nous ont inculquées.»

Le mariage n’est pas naturel

Hakon ne prend pas souvent la parole, mais il aime marteler que le mariage n’est pas naturel. Vivre avec un autre être humain, «se rapporter sexuellement et émotionnellement plus de trente ans à une même personne est contre nature».

Il croit en l’amour libre, toute relation devant être dégagée «des camisoles de force dans lesquelles la société enferme n’importe quel lien affectif». Il ne croit pas à des structures imposées de l’extérieur et communes à tous pour les relations émotionnelles.

J’ai lu des polars suédois en traduction, mais je crois que c’est un des premiers romans psychologiques norvégiens que j’ai découvert. Il s’agit d’une immersion astucieuse dans une famille osloïte.

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