Étude exhaustive sur l’homosexualité masculine au Québec

Serge Fisette, L’Homosexualité masculine au Québec
Serge Fisette, L’Homosexualité masculine au Québec. De la Nouvelle-France à nos jours, essai, préface de Robert Lepage, Montréal, Éditions Québec Amérique, coll. Dossiers et documents, 2021, 312 pages, 29,95 $.
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Il y a parfois lieu de revoir l’Histoire pour y inclure ce qui a été oublié, omis ou ostracisé. C’est ce que fait Serge Fisette dans L’Homosexualité masculine au Québec, publié chez Québec Amérique. Il s’agit de l’étude la plus minutieuse et la plus exhaustive sur ce sujet.

L’auteur procède par tranches d’années: 1648-1899, 1900-1959, 1960-1969, 1970-1979 et ainsi de suite jusqu’aux années 2000. On y apprend, par exemple, qu’un soldat tambour est accusé de crime contre nature en 1648, et que la sodomie était une faute tellement grave en 1703 que seul l’évêque pouvait l’absoudre.

De Sodome et Gomorrhe à l’homosexualité moderne

Les journaux font régulièrement mention de « crimes dignes de Sodome et Gomorrhe »: Le Canadien en 1885, La Presse en 1886, Le Courrier du Canada en 1899. Les premiers à se définir sur la base de leur homosexualité sont des commis, des cols blancs et des petits commerçants.

L’auteur parle de la relation qu’a eue Émile Nelligan avec le jeune Arthur de Buissières. Dans l’espace de quelques décennies, on passe du sodomite voué à l’enfer, au criminel passible d’emprisonnement, puis au fou enfermé à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu.

Des gais et lesbiennes chez Bernard Derome

À coups d’exemples concrets, Serge Fisette démontre que « c’en est bien fini de l’apparente cohésion sociale fondée sur la triade patrie / église / famille ». En 1968, des gais et des lesbiennes sont interrogés pour la première fois à la télévision lors de l’émission Dossier animée par Bernard Derome.

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Puis arrive le moment où ce qui passait pour un aveu se révèle clairement comme une revendication. Les organismes LGBT voient le jour. L’auteur écrit que le Front de libération homosexuel, créé à Montréal en 1971, est le premier regroupement gai du Canada. Il fait erreur puisque University of Toronto Homophile Association fut créé en 1969.

Grosse production artistique et littéraire

Il n’y a pas que les policiers, juristes, militants et politiciens qui s’intéressent à la question homosexuelle. « Écrivains, poètes, dramaturges, cinéastes et artistes se sentent éminemment concernés, et participent à la construction d’un vaste et impressionnant corpus d’œuvres. »

Dans presque chaque chapitre ou tranche d’années, il est fait mention d’une kyrielle de romans, pièces de théâtre, recueils de poésie, essais, magazines, films et expositions. Cela devient un peu lassant. L’auteur aurait dû inclure quelques appendices pour dresser une liste chronologique complète de la production culturelle.

L’impact de Michel Tremblay

Michel Tremblay n’a jamais voulu être le porte-drapeau de la cause homosexuelle. Malgré lui, il épousera cette cause « par sa facilité à charmer la presse en tenant des propos souvent amusants, parfois contestataires et revendicatifs, toujours intelligents ».

Un chapitre est consacré au sida et à son impact au Québec. Le docteur Réjean Thomas note à quel point on était dans un climat de psychose et de paranoïa. Les organismes de soutien et les œuvres littéraires ou artistiques ont abondé durant cette période.

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Des députés et ministres homosexuels

Une communauté minoritaire n’a peut-être jamais disposé d’autant d’organismes voués à la défense de ses droits. Ils prolifèrent « dans les secteurs aussi variés que la culture, le sport, le loisir, les affaires, ainsi que l’action politique et communautaire ».

Je termine sur un renseignement moins connu. À chaque moment où ont été adoptés des projets de loi favorisant l’égalité des gais et lesbiennes au Québec (1977, 1996, 1999, 2002), il y a eu des députés homosexuels au sein du groupe parlementaire et au sein du conseil des ministres.

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