Le scalpel des sentiments homoérotiques 50 ans passés

Rossel Vien, Et fuir encore, nouvelles, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2020, 186 pages, 19,95 $.
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Les Éditions du Blé présentent Rossel Vien comme fils natif, oublié, du Québec et fils adoptif, méconnu, du Manitoba où il a vécu sa vie adulte.

Elles viennent tout juste de publier une réédition de son premier recueil de nouvelles, Et fuir encore, paru en 1972 chez Hurtubise HMH, dans la collection «L’Arbre» qui avait accueilli Gabrielle Roy, Anne Hébert, Yves Thériault, Jacques Ferron, Alain Grandbois.

Gilles Delaunière

Rossel Vien fait paraître ces nouvelles fortement autobiographiques sous le pseudonyme de Gilles Delaunière. Il juge que cela s’impose car la chronique d’amours masculines demeure encore hasardeuse, même trois ans après la décriminalisation de l’homosexualité.

La critique est pourtant dithyrambique. Réginald Martel note que «ces nouvelles sont parmi les meilleures qui s’écrivent ici».

Et Roger Duhamel clame haut et fort que Vien est «un écrivain authentique, déjà sûr de ses moyens, d’une habileté extrême à frôler l’abîme sans jamais y glisser».

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Peu de personnages féminins

Les nouvelles sont écrites au «je» et il n’y a presque pas de personnages féminins. Quand l’auteur ne s’éprend pas d’Oriel, de Julien ou de Tom, il raconte la relation entre le Cubain Mario et l’Ontarien Willie. Ces hommes aiment des personnes de leur sexe, mais il est rarement question d’ébats sexuels.

Le passage le plus direct est le suivant: «Dis-moi, Willie, que tu explores les voies de son corps, profondes autant que celles de l’âme, que tu explores les voies de ton sang qui éclate, dis-moi que tu te souilles et poses ta tête, Willie, sur un ventre jeune et dur, Cuba désiré, souillé, révélé, cosmogonies sûres, installées dans leurs pulsations patientes, leurs rythmes, leurs tropiques, plus sûres encore que la nuit succédant au jour, au-delà du conscient et du tourment.»

Ailleurs, on lit de brèves allusions comme «c’est celui qui avait voulu m’embrasser», «tel professeur rougissant d’amour pour un beau novice», «débuts d’élans partagés…», «la robe du frère laid s’agite vers le garçon», «les mains sur les hanches du jeune homme» ou «envie de se faire enlever par deux bras de cuir».

Réhabiliter la mémoire de Rossel Vien

J.R. Léveillé signe une préface fort bien documentée où on peut lire que le recueil est écrit avec «le scalpel des sentiments».

L’éditeur estime que cette réédition devrait réhabiliter la mémoire de Rossel Vien et rappeler s’il est besoin que l’auteur peut être reconnu comme un des pionniers de l’écriture homosexuelle au Canada français.

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