Hercule Poirot est de retour dans «le malade imaginaire»

Sophie Hannah, La mort a ses raisons, roman traduit de l’anglais par Valérie Rosier, Paris, Éditions Le Masque, 2016, 368 pages, 29,95 $.
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Sophie Hannah est la première écrivaine à qui les héritiers d’Agatha Christie ont donné carte blanche pour rédiger de nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot. En 2014, je vous ai parlé de Meurtres en majuscules et voici maintenant une seconde enquête intitulée La mort a ses raisons. Un assassinat a été perpétré et le célèbre détective belge figure sur une liste de suspects!

Hercule Poirot et l’inspecteur Edward Catchpool, de Scotland Yard, sont invités à une réception chez lady Athelinda Playford, en Irlande. Ni l’un ni l’autre ne savent pourquoi la comtesse tient à leur présence.

Lady Playford est le genre à aimer jouer et se jouer des autres. Elle change son testament «à des fins de provocation» et en fait l’annonce dans «une sorte de coup de théâtre» lors du dîner. Ses deux enfants sont déshérités et sa fortune va à son secrétaire particulier, un homme qui a quatre ou cinq semaines à vivre. À moins qu’il soit… un malade imaginaire.

Poirot et Catchpool comprennent alors que leur invitation n’est pas le fruit du hasard et que la comtesse craint de voir un meurtre se perpétuer sous son toit. Ce qui arrive, bien entendu.

Célèbre romancière pour enfants, Playford n’hésite pas à admettre qu’il lui est facile «de travestir la vérité». Elle a sa liste d’innocents et sa liste de suspects. Tous les membres de sa famille et tous ses employés figurent sur la première. Les suspects se résument presque seulement à Poirot et à Catchpool…

Le roman regorge de personnages truculents et de fines descriptions. Voici comment l’auteure décrit le secrétaire particulier de la comtesse: «Ses cheveux dorés, sa peau translucide, ses traits délicats, presque efféminés, et son extrême minceur lui donnaient un air éthéré, celui d’un ange qui s’étiolerait peu à peu.»

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Sophie Hannah aime retenir l’attention de ses lecteurs en leur lançant des commentaires du genre: «la vie n’est pas aussi nette et sans bavures que la fiction» ou encore «on peut proclamer une vérité de telle manière qu’elle passe pour un mensonge».

Quand l’occasion se présente, elle prend plaisir à farcir son récit d’insultes comme «les enfants que vous n’avez jamais eus sont de sacrés veinards».

Deux policiers irlandais sont les véritables enquêteurs, pas ceux venus d’Angleterre et de Belgique, «qui traînent par hasard sur les lieux du crime, déguisés en invités». Mais c’est évidemment Poirot qui prend les choses en main, avec l’aide de Catchpool, et trouve le ou la coupable.

Poirot sait que «les meilleurs mensonges sont toujours les plus crédibles» et que des faits indéniables peuvent se révéler complètement faux. Ses petites cellules grises fonctionnent à double vitesse, car le mort a laissé derrière lui une forte impression, celle d’un être «merveilleusement déconcertant et surprenant, plus que tous les mystères que [Poirot] ne pourrait jamais espérer inventer».

La traduction de La mort a ses raison est excellente et l’enquête vous tient en haleine, malgré tous les détours parfois compliqués que Poirot emprunte pour faire avouer le ou la coupable.

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