Le retour du maître du polar suédois


15 août 2006 à 20h20

Le Suédois Henning Mankell est bien connu pour sa série de romans policiers mettant en vedette l’inspecteur Kurt Wallander. J’ai recensé, pour L’Express, plusieurs de ces ouvrages, dont Les Morts de la Saint-Jean, La Muraille invisible et L’Homme qui souriait. Mankell récidive avec Le Retour du professeur de danse, mais nous ne retrouvons pas Wallander dans ce polar et l’action ne se déroule plus dans le sud de la Suède (Scanie). Nous sommes maintenant dans le nord du pays, aux abords de la forêt Harjedalen, et le protagoniste est le policier Stefan Lindman.

Alors que Kurt Wallander souffre du diabète, Stefan Lindman, lui, a une tumeur cancéreuse dans la bouche. De toute évidence, l’auteur aime ajouter des éléments qui n’ont rien à voir avec l’enquête policière en cours, mais qui influent sur le comportement des enquêteurs.

Dans le cas présent, Lindman est en congé de maladie, ce qui ne l’empêche pas de se pointer sur la scène d’un crime d’une cruauté inouïe. Un certain Herbert Molin a été trouvé mort près de la forêt Harjedalen. Il avait débarqué de nulle part pour trouver la paix, mais quelqu’un ne voulait pas qu’il vive en paix. Molin a d’abord été victime d’une tentative de strangulation, puis l’autopsie a révélé des traces de gaz dans ses yeux, sa gorge et ses poumons; elle a surtout établi que Molin est mort d’épuisement, littéralement fouetté à mort.

Si Stefan Lindman se pointe sur la scène du crime, c’est parce que Herbert Molin a été son entraîneur lors de sa sortie de l’école de police. La jeune recrue a toujours senti que son maître était trop discret, trop solitaire. Molin avait peur de quelque chose et Lindman va découvrir que l’homme côtoyé pendant une dizaine d’année se révèle être un autre, un parfait étranger. Lindman apprend que Molin s’est enrôlé dans l’armée allemande lors de la Seconde Guerre, qu’il a été un officier SS, qu’il a changé son nom une fois revenu en Suède et qu’il a tenu une boutique de musique avant de devenir policier. Molin a aussi suivi des cours de danse – le titre du roman est révélateur – et il aimait pratiquer le tango avec une poupée gonflable.

Puisqu’il est hors de son territoire, le policier Lindman ne fait pas officiellement partie de l’équipe qui enquête sur le crime sordide. Il joue néanmoins un rôle clé en se comportant comme un hors-la-loi. Il cambriole un appartement, conduit en état d’ébriété et couche avec le diable ou une diablesse inconnue…

Stefan Lindman découvre que Herbert Molin faisait partie de ceux qui trouvent que la société suédoise est en train de pourrir de l’intérieur. Il était un néonazi convaincu que «la Suède d’aujourd’hui est gangrenée par l’immigration incontrôlée, l’importation de juifs, la décadence politique, la dissolution morale et la menace communiste». La meilleure amie de Molin affirme avoir la nausée à la simple pensée que l’on construit en ce moment même des mosquées sur le sol suédois.

Henning Mankell élabore son intrigue en jouant abondamment la carte des rebondissements. Le policier Lindman apprendra, par exemple, que son père figure, même après sa mort, sur la liste de ceux qui ont fait un don annuel à une fondation nationale-socialiste. Une technique utilisée par Mankell est le punch que livre souvent la dernière phrase d’un chapitre. En voici quelques exemples: «Qui invite un mort à danser?» «C’était un uniforme SS qu’il venait de découvrir dans la penderie.» «Soudain, il voyait tout clairement, la nature du lien, mais aussi, surtout, sa propre erreur catastrophique.»

Maître du polar, Henning Mankell sait que «la bonne question posée au bon moment permet d’obtenir plusieurs réponses à la fois». Cela a évidemment pour effet de multiplier les pistes d’enquête et d’accentuer le suspense. L’auteur prend bien garde de dévoiler son jeu trop vite (le roman a 400 pages). Il y a souvent des questions où, en filigrane des réponses, tout autre chose se joue. Et il y a un policier qui voit vite, à la fois les ornières et les ouvertures potentielles.

Le Retour du professeur de danse est un roman où les ombres d’un passé très noir sont réveillées. Elles ont frappé dans le passé et elles vont frapper encore et encore. L’auteur écrit, en postface, que le lecteur trouvera, «au milieu de la fiction, un certain nombre de vérités indubitables. Ce qui était évidemment mon intention.» Réalité et fiction font bon ménage. Le lecteur a aussi droit à un solide texte français établi par la traductrice Anna Gibson.

Henning Mankell, Le Retour du professeur de danse, roman traduit du suédois par Anna Gibson, Éditions du Seuil, Paris, 2006, 416 pages, 29,95 $.

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