Hercule Poirot est de retour


4 novembre 2014 à 9h50

Hercule Poirot apparaît dans 33 romans et 52 nouvelles d’Agatha Christie. Cette œuvre sera du domaine public dans douze ans seulement, mais l’écrivaine britannique Sophie Hannah est la première à avoir obtenu carte blanche pour écrire une nouvelle aventure et faire renaître le célèbre détective belge dans Meurtres en majuscules.

Il faut dire que Sophie Hannah est l’auteure de plusieurs romans, dont huit thrillers psychologiques traduits dans plus de vingt langues.

Nous sommes à Londres et ses environs en 1929. Question de reposer ses petites cellules grises en surchauffe, Hercule Poirot choisit de se réfugier incognito dans une pension londonienne. C’est justement là où demeure l’inspecteur Edward Catchpool, de Scotland Yard. Il est le narrateur du polar.

Dès les premiers chapitres, nous apprenons que trois meurtres ont été commis dans un luxueux hôtel. Puis, pendant 300 pages, l’auteure multiplie les personnages et les pistes à explorer: un pasteur infidèle, trois morts à trois étages différents, un cadavre disparu, une langue venimeuse, un esprit écœurant de revanche, du plaisir dans la souffrance des autres, tout y passe pour nous tenir en haleine.

Souvent pris pour un Français, Poirot est toujours tiré à quatre épingles. Il arbore évidemment une moustache artistique qu’il aime bien lisser. Quand on lui lit le billet laissé à la réception peu après les meurtres commis dans les chambres 121, 238 et 317 – «puissent-ils ne jamais reposer en paix. 121. 238, 317.» – Poirot se lisse les moustaches et murmure «Tiens, tiens, ça, c’est intéressant…»

Le détective belge aime parfois parler de lui à la troisième personne. En voici un exemple: «Poirot ne se contente pas de résoudre des énigmes, mon ami, c’est aussi un guide, un professeur. Il souhaite que vous appreniez à penser par vous-même, comme il le fait.»

Et comme vous vous en doutez bien, Hercule Poirot ne manque pas souligner l’importance de faire fonctionner nos petites cellules grises. Lui-même doit souvent bouger pour revitaliser ses cellules grises, «sinon elles vont s’ankyloser». Poirot sait par expérience qu’en éduquant ses cellules grises, «en les forçant à suivre des chemins de traverse», il débouchera immanquablement sur l’inspiration.»

Le détective belge assiste l’inspecteur anglais Catchpool, mais ce dernier n’est parfois pas très vite sur ses patins. «La faille que Poirot venait de pointer […] ne m’avait tout simplement pas traversé l’esprit.» Ou encore: «Comment des incohérences aussi flagrantes avaient-elles pu m’échapper?»

Comme dans les romans d’Agatha Christie, le Poirot de Sophie Hannah est un contradicteur-né, «plutôt porté à croire l’inverse de ce qu’on lui affirme». Et contrairement à ce que Catchpool pense, ce n’est pas parce que trois meurtres sont quasiment identiques que leur déroulement se loge à la même enseigne. Des détails, même infimes, peuvent diverger et revêtir dès lors «la plus haute importance.»

Dans ce polar finement ciselé, nous sommes amenés à nous demander comment une personne qui aime la beauté, le plaisir, l’amour… pourrait-elle commettre trois meurtres aussi odieux? Nous sommes même invités à débattre d’une poignante question: peut-il y avoir meurtre si chacun est tué avec la permission de la victime…?

Loin de moi l’idée de vous dévoiler l’auteur ou les auteurs des crimes commis dans un luxueux hôtel de Londres en 1929. Je laisse cela aux cellules grises de Poirot… Je voudrais cependant vous signaler qu’un silence obstiné demeure souvent une façon efficace de mentir, car, à ce moment-là, «aucun mensonge n’est proféré qui puisse être contesté».

Un mot sur le style de Sophie Hannah. Au besoin, il est coloré et imagé, direct et efficace, subtil et nuancé. En voici un bel exemple: «Le silence qui s’abattit sur la salle fut aussi éloquent qu’un cri, c’était celui de toute l’assistance retenant son souffle.» Un cri silencieux! Faut le faire.

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