Hausse du vapotage du cannabis et du tabac à l’école

Manque de temps et de soutien?

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Les responsables d’écoles sont submergés par l’ampleur des problèmes de vapotage de tabac ou de cannabis, selon une étude pancanadienne. Photo: iStock.com/EyeEm Mobile GmbH
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Publié 02/04/2025 par Charles-Antoine Rouyer

Les responsables d’écoles au Canada sont submergés par l’ampleur des problèmes de vapotage de tabac ou de cannabis, ainsi que de consommation de boissons énergisantes par leurs élèves. C’est ce que conclut une récente étude pancanadienne menée à l’Université de Colombie-Britannique (UBC), et qui tire la sonnette d’alarme.

On invoque un manque de soutien à la disposition des administrateurs d’écoles face à cette situation. Ceux-ci «constatent une recrudescence de la consommation de substances parmi leurs élèves, le vapotage représentant l’enjeu le plus courant à gérer en milieu scolaire» résume l’étude.

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Un kit de vapotage de cannabis. Photo: iStock.com/KampolG

«La prise en charge de ces situations accapare une part grandissante du temps des administrateurs d’école.»

Le cannabis, le tabac, les produits nicotiniques, les boissons énergisantes/caféinées et l’alcool figurent parmi les substances consommées.

Plus de la moitié des 204 participants (55,4%) ont indiqué consacrer jusqu’à cinq heures par semaine à gérer des incidents en la matière. Parmi les 40% qui ont observé une augmentation du temps passé, 66% citent une recrudescence de la consommation de ces substances chez les élèves.

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Vapotage du tabac et du cannabis

Le problème principal identifié est le vapotage (de cannabis ou de tabac), explique la chercheuse principale, Emily Jenkins, professeure à l’École des sciences infirmières de UBC.

Emily Jenkins
Emily Jenkins.

«64% des directions et des directions adjointes ont indiqué que le vapotage était une préoccupation majeure dans leur école, ce qui en fait le problème le plus important. Bien que la substance spécifique utilisée dans le vapotage n’ait pas été identifiée, ils ont également indiqué que le cannabis et le tabac sont les substances les plus couramment consommées dans l’enceinte de l’école.»

Emily Jenkins, directrice scientifique du centre de recherche Wellstream/Bienamont, qui a publié l’étude, souligne aussi le manque de ressources et les difficultés des responsables d’école face à cette recrudescence du problème.

«Les administrateurs scolaires ont identifié le besoin d’une orientation coordonnée et fondée sur les données probantes pour alléger la charge du système [éducatif], renforcer la sécurité professionnelle et soutenir leur travail quotidien afin d’améliorer les résultats en matière de réussite et de bien-être des élèves.»

Moins de ressources en Ontario français?

Nadine Trépanier-Bisson, directrice générale du Ontario Principals’ Council (les directions d’école) confirme cette tendance à la hausse et le manque de soutien aux responsables déjà débordés.

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Nadine Trépanier-Bisson
Nadine Trépanier-Bisson.

«Je ne suis pas surprise de la conclusion de l’étude en ce qui a trait à la recrudescence. Il est fort possible qu’il y ait de bonnes ressources qui existent. La réalité est que les directions et directions adjointes des écoles ont une liste de tâches variée et longue», résume-t-elle, tout en précisant que la situation en Ontario français pourrait être pire.

«Pour les directions et directions adjointes œuvrant en milieu francophone en situation minoritaire, le manque de ressources est forcément encore plus important. C’est aussi le cas dans les communautés éloignées de l’Ontario.»

Nadine Trépanier-Bisson explique que «les gens ne parviennent pas à reprendre le dessus devant des attentes de jouer plusieurs rôles dans leurs écoles respectives».

«S’ils ne reçoivent pas les formations adéquates, ou si on ne les informe pas des ressources existantes, comment s’en servir ou comment référer des élèves et leurs familles, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils constatent un niveau de ressources appropriées.»

Nadine Trépanier-Bisson estime que cette tendance à la hausse s’est aggravée depuis la pandémie de la covid. «De façon anecdotique, en discutant avec nos membres, il y a de nombreux facteurs qui contribuent à des niveaux d’anxiété et de stress élevés pour les élèves. Le tout semble avoir empiré depuis la covid et certainement que les médias sociaux jouent aussi un rôle.»

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Manque de soutien au personnel scolaire

L’étude relève un manque de soutien au personnel scolaire pour faire face aux problèmes de consommation de substances à l’école chez les élèves. «Ces professionnels ont besoin d’être guidés pour choisir une démarche fondée sur des données probantes, adaptable au contexte de leur école et réduisant les inégalités dans la mise en œuvre des programmes d’éducation.»

Nadine Trépanier-Bisson abonde en ce sens. « Nous n’avons aucun doute que les directions d’école ont à cœur le bien-être et la réussite de tous les élèves. Cela dit, étant donné leur énorme charge de travail, accentuée ces dernières années par une pénurie de personnel scolaire, il est essentiel de trouver les façons efficaces d’impliquer les familles et les agences communautaires dans tout système d’appui pour les élèves aux prises avec des défis en ce qui a trait à la consommation de substances. »

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Le résumé du rapport de Bienamont.

Les grandes lignes de l’étude

Publiée le 25 février 2025, l’étude a analysé les résultats d’une enquête menée auprès de 204 administrateurs d’école au Canada — directions et directions adjointes — de la maternelle à la 12e année (M-12), avec 129 participants provenant de l’Ontario, dont 15 qui travaillaient dans une école francophone publique ou indépendante. Quatre participants seulement provenaient du Québec.

Les données ont été recueillies sur une base volontaire entre le 25 juin et le 15 septembre 2024, par un questionnaire anonyme en ligne disponible en anglais et en français et diffusé par différentes associations et organismes de responsables scolaires au Canada.

Après le vapotage du tabac ou du cannabis (63,7% des réponses), la consommation de substances dans l’enceinte de l’établissement, y compris en classe ou dans les toilettes, est un problème pour 41,7% des participants.

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L’influence de la consommation de substances dans la famille est également identifiée par 41,7% des réponses. Suivi des problèmes de santé mentale coïncidant avec des problèmes de consommation de substances (39,2%).

En cinquième position des problèmes identifiés arrive l’utilisation des médias sociaux (par exemple Snapchat, Instagram, TikTok) par des élèves présentant des problèmes personnels de consommation de substances ou cherchant à se procurer des drogues (38,7 % des réponses).

Suivi par les absences répétées d’élèves affichant un problème de consommation de substances (35,8%), la fréquentation de l’école avec facultés affaiblies (25,5%), le trafic de drogues (25%) et les incidents liés à la consommation de substances affectant la sécurité ou la discipline à l’école (20,6%).

Au bas de la liste des problèmes identifiés par les responsables administratifs figurent la consommation de substances associée à une implication présumée ou confirmée dans un gang (14,7%), des violences interpersonnelles (13,2%), ainsi qu’une surdose d’un élève dans l’établissement (8,3 %).

Seulement 10,3% des participants ont indiqué ne pas avoir de problème de consommation de substances dans leur établissement.

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