Graham Fraser analyse le nœud de la question canadienne

Sorry, I Don't Speak French

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Pour le journaliste ontarien Graham Fraser, apprendre le français a été l’expérience de sa vie et vivre au Québec pendant une décennie a été un des hauts faits de sa vie professionnelle. Aujourd’hui correspondant national du Toronto Star à Ottawa, Fraser a couvert la politique à Toronto, Montréal, Québec et Washington. Il vient de publier un brillant essai intitulé Sorry, I Don’t Speak French: Confronting the Canadian Crisis That Won’t Go Away. Cette analyse pose un regard critique sur ce qu’on pourrait appeler «le nœud de la question canadienne».

Il ne s’agit pas d’un livre sur le Québec, la Constitution ou les luttes des minorités de langue officielle.

L’approche de Fraser demeure plus modeste. Il examine les «pressions» qui ont conduit à la création de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, puis à l’adoption de la Loi sur les langues officielles.

Il dissèque l’impact des politiques linguistiques sur Montréal et Ottawa. Il analyse ce qui a changé (ou non) dans notre système d’éducation.

L’auteur commence par un petit cours d’histoire, précisant que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (1867) a uni un nouveau pays tout en séparant ses composantes (Canada-Ouest et Canada-Est) et donnant des pouvoirs politiques spéciaux au Québec.

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Fraser note que le pays s’est défini pendant 100 ans comme «an English-speaking Canada with a bilingual Quebec. What is called “the French fact” was to be provincial only.» Le bilinguisme s’est effectué au compte-gouttes: premiers timbres bilingues en 1927, suivis des billets de banque en 1936, des chèques bilingues de bien-être social en 1945, de la traduction simultanée à la Chambre des communes en 1959 et au Sénat en 1961.

«Trop peu, trop tard», clame l’éditorialiste André Laurendeau au début des années 1960. Il faut rappeler, comme le fait Graham Fraser, qu’il y avait, en 1961, 30% de francophones bilingues mais seulement 5% de non francophones qui l’étaient.

Pas étonnant alors que Laurendeau puisse penser que si une province anglophone a le droit de refuser le bilinguisme, le Québec devrait pouvoir se déclarer unilingue français: «respect for equality implied reciprocity.»

Le 9 juillet 1963, Laurendeau est nommé coprésident de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, laquelle est chargée de vérifier si les Canadiens-français et Canadiens anglais peuvent vivre ensemble, s’ils le souhaitent, à quelles conditions et s’ils sont prêts à accepter ces conditions.

Bref, «did the country want to stay together?» Les commissaires ne tardent pas à découvrir le fossé qui sépare les deux groupes linguistiques ou «the level of frustrations in French-speaking Canada, and the level of ignorance and incomprehension of this in English-speaking Canada».

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La Commission BB a été mise sur pied par Lester B. Pearson mais c’est Pierre Elliott Trudeau qui fait adopter la Loi sur les langues officielles et qui écarte toute vision d’un Canada biculturel.

Trudeau fait appel à Gérard Pelletier pour piloter ce dossier. Fraser nous apprend que Pelletier s’est laissé guider par la raison et non par le cœur, les tripes ou l’émotion.

«To suppose that I have an emotional attachment to the Canadian political entity would be an error, because I feel none, écrit Pelletier. My participation in the government of Canada was inspired from the beginning until the end, by reason and discernment rather than by emotion.»

L’auteur note que Trudeau n’a jamais accepté la traduction simultanée lors des réunions du cabinet. Joe Clark l’a introduite en 1979, Trudeau l’a enlevée en 1980, Mulroney l’a réinstallée en 1983 et elle y est demeurée depuis.

La vision trudeauiste des droits linguistiques a eu un impact sur le gouvernement mais a laissé «the linguistic face of Canada relatively unchanged». Cela se reflète dans le fait que nombre de commentateurs de la presse anglaise se sentent encore aujourd’hui «uncomfortable» en français.

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Quarante ans après la Commission BB, Graham Fraser a examiné la réalité bilingue à Montréal et à Ottawa. Dans le premier cas, il se rallie à l’idée que francophones et anglophones ne forment pas deux solitudes mais qu’ils vivent dans leurs bulles respectives. Dans le cas d’Ottawa, il se rallie à l’idée du sociologue Charles Castonguay: 25 ans de bilinguisme n’a pas amélioré d’un iota le sort des francophones dans la capitale nationale.

L’auteur s’est aussi penché sur le système d’éducation pour conclure que les écoles primaires anglophones traitent le français «like a catechism, something to be absorbed before the age of twelve and then neglected». Dans les universités anglo-canadiennes le français demeure rien de moins qu’une langue étrangère.

La conclusion de Graham Fraser se résume à ceci: un Anglo-Canadien n’a pas à apprendre le français «for the sake of Quebec and national unity». Il doit l’apprendre pour lui car la connaissance d’une autre langue est «the first step to understanding the rest of the world, not just the country we live in. By failing to make French a significant part of Canadian life, we are limiting our ability to connect with the whole country, and with the rest of the world.»

Un brillant essai que je vous invite à lire.

Graham Fraser, Sorry, I Don’t Speak French: Confronting the Canadian Crisis That Won’t Go Away, McClelland & Stewart, Toronto, 2006, 352 pages, 34,99 $.

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