Et si l’on en attendait trop des évaluations de rendement des élèves?


3 mars 2015 à 11h00

L’évaluation des étudiants est un sujet aussi ancien que l’école elle-même, qui a mobilisé des générations de pédagogues. À quoi sert l’évaluation? À certifier qu’un élève a acquis un certain niveau de connaissances? À mesurer son progrès pour que l’on puisse ajuster les cours qu’on lui donne? Et au fait, à qui l’évaluation est-elle utile? À l’étudiant? Aux parents? Aux enseignantes et enseignants? Aux employés gouvernementaux qui révisent le programme scolaire?

Chacun a ses intérêts et ses attentes, selon ce qu’on peut lire dans le plus récent blogue de l’Éducation en langue française en Ontario (www.elfontario.ca/blog/), un site dont les coordonnateurs proviennent des douze conseils scolaires et des deux collèges franco-ontariens, des universités ontariennes bilingues, et du ministère de l’Éducation de l’Ontario.

En Ontario, les bulletins scolaires comportent une évaluation, sur une échelle de quatre points, d’une série d’habiletés d’apprentissage et d’habitudes de travail, suivie de notes en pourcentage pour chacune des matières.

Ce système, développé sur plus de 20 ans, semble simple en apparence, mais sa gestion comporte bon nombre de défis méthodologiques et son application nécessite des directives détaillées. En fait, on sait depuis plus de 30 ans qu’à l’élémentaire, les enseignantes et les enseignants consacrent entre le quart et le tiers de leur temps à l’évaluation.

Souvent, ces efforts d’évaluation ne servent qu’à confirmer des jugements déjà établis. Ils sont de plus parfois mal intégrés à l’enseignement, les résultats étant rarement réinvestis dans l’intervention pédagogique. Dans ce contexte, on comprend que les débats portant sur l’évaluation soulèvent les passions.

Peut-on faire mieux?

La plupart des systèmes d’évaluation actuels se fondent sur l’idée que l’évaluation peut aider l’élève à apprendre. Cette évaluation «formative» a été présentée sous diverses formes depuis plus d’un siècle. Elle s’oppose à la méthode traditionnelle, dite «sommative», qui, soulignent les chercheurs, crée des hiérarchies néfastes entre les «bons» et les «mauvais» élèves. La note n’est pas une évaluation de ce que l’élève sait, mais un message qui rassure les uns et prépare les autres au pire.

L’évaluation formative promet au contraire de cerner de manière méthodique les acquis de chaque élève et d’intervenir ensuite de manière personnalisée. Mais en pratique, le volet intervention est rarement mis en œuvre de manière très élaborée, car il exige une intervention différenciée pour chaque élève, imposant une énorme flexibilité des moyens d’enseignement, des horaires et même des groupes.

L’idée fait actuellement un retour, sous le nom d’évaluation dynamique. L’idée de base consiste à évaluer la capacité d’apprentissage de l’élève à l’aide de tests «neutres». Ceci doit permettre à l’enseignante ou à l’enseignant, soit de proposer des stratégies individuelles pour lever les obstacles, soit de réorienter son cours.

Rien de très nouveau sous le soleil, sauf que cette fois-ci, l’informatique est censée garantir la neutralité de l’évaluation et faciliter les interventions différenciées.

Dans ce système, on fait des évaluations avant et après l’intervention didactique, puis on mesure les progrès. L’approche est rationnelle – on l’utilise aussi lors d’études contrôlées sur l’enseignement – mais elle suppose que les objets à tester restent stables, alors que l’environnement d’enseignement est sans cesse en changement.

Et si l’enjeu était ailleurs?

En dépit des efforts déployés par divers systèmes d’éducation – en Ontario, mais aussi au Québec, en France et en Suisse – pour implanter la pédagogie par objectifs, les bulletins non chiffrés et autres pratiques associées à l’évaluation formative, le concept n’a nulle part eu les effets escomptés. Divers obstacles se sont dressés et tous les systèmes continuent essentiellement à fonctionner de manière méritocratique, avec leurs filières hiérarchisées et leurs parcours de prestige basés sur les notes.

Il n’est peut-être pas accidentel que l’un des systèmes d’éducation les plus admirés au monde se trouve aussi dans le pays le plus égalitaire qui soit: la Finlande. Ce pays a complètement abandonné le modèle passé sur l’évaluation des acquis. Les élèves n’y subissent absolument aucune évaluation pendant leurs six premières années d’études et il n’y existe qu’un seul test normalisé, administré aux élèves de 16 ans. Soulignons aussi que tous les élèves, même les plus faibles, apprennent dans les mêmes classes et que 30 % d’entre eux reçoivent de l’aide spécialisée.

Faut-il, comme les Finlandais, évaluer moins, enseigner plus et confier les élèves en difficulté à des spécialistes, ou vaut-il mieux relancer l’évaluation formative sous une nouvelle forme au goût du jour, comme l’évaluation dynamique? Beau sujet de débat en perspective.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

CSI : Éléphants

Les braconniers opèrent surtout au Gabon, au Congo et en Tanzanie.
En lire plus...

24 septembre 2018 à 14h00

Proposez des candidatures au 10e Gala Trille Or

Adieu les prix masculin et féminin : le Trille Or «Artiste solo» récompensera le ou la meilleur.e artiste tous genres confondus
En lire plus...

24 septembre 2018 à 12h00

De bouche à oreille, de retour pour une deuxième saison

De bouche à oreille
Nouveauté: des rencontres informelles au Coq of the Walk
En lire plus...

24 septembre 2018 à 10h53

Blague franco-ontarienne

Demain, 25 septembre, sera la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. Ce n’est pas un jour férié, comme la Fête nationale au Québec, mais...
En lire plus...

24 septembre 2018 à 10h23

Des sondes japonaise et américaine vont ramener de la poussière d’astéroïde

astéroïde
De la haute voltige: la semaine dernière, la sonde japonaise Hayabusa 2 s'est approchée de l’astéroïde Ryugu pour larguer deux mini-robots.
En lire plus...

23 septembre 2018 à 13h00

Un trésor à découvrir au Musée des beaux-arts de Montréal

MBAM
Resplendissantes enluminures de livres d’heures au MBAM
En lire plus...

23 septembre 2018 à 11h00

Témoignage aussi déchirant que nécessaire

Jonas Gardell
Au début des années 1980, le sida est considéré comme la maladie des homos, la nouvelle peste, voire la punition de Dieu.
En lire plus...

23 septembre 2018 à 9h00

Quiz : Jean-Paul 1er

23 septembre
Vrai ou Faux: Jean-Paul 1er demeure, à ce jour, le dernier pape de nationalité italienne? Et d'autres questions sur ce pape assez spécial.
En lire plus...

23 septembre 2018 à 7h00

Difficile retour à la vie civile après l’Afghanistan

L'Aquilon
Le capitaine Jocelyn Démétré a écrit son histoire pour exorciser ses démons
En lire plus...

22 septembre 2018 à 11h00

Les écoles des Franco-Colombiens coûtent trop cher?

Après un procès lancé en 2013 et un appel qui s’est soldé en juillet par une défaite, l’ultime recours est la Cour suprême du...
En lire plus...

22 septembre 2018 à 9h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur