Embrasser la diversité du français

Andréanne Beaulieu, 10 brefs essais sur le français québécois
Collectif sous la direction d’Andréanne Beaulieu, 10 brefs essais sur le français québécois, Promouvoir, éduquer, sensibiliser, Montréal, Éditions Somme toute, 2026, 174 pages, 24,95 $.
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Publié 16/05/2026 par Paul-François Sylvestre

Dans une langue, chaque mot a sa place selon le contexte dans lequel il est utilisé. Voilà ce qu’une brochette d’analystes sous la direction d’Andréanne Beaulieu tente d’illustrer dans Dix brefs essais sur le français québécois.

Le recueil regroupe des textes de: Anna Giaufret, Annette Boudreau, Anne Peyrouse, Anne-Marie Beaudoin-Bégin, Sarah Bertrand-Savard, Julie Auger, Bruno Courbon, Emmanuel Bouchard, Julien Beauseigle et Andréanne Beaulieu.

Le tout est coiffé d’une préface de Lise Gauvin. Elle souligne «qu’une langue est un organisme vivant apte à accueillir de multiples transformations et évolutions».

Passions et politique

Au Québec, la langue soulève les passions depuis belle lurette, notamment en raison des enjeux politiques, culturels et identitaires qu’on lui associe naturellement. Selon Emmanuel Bouchard, le français a changé tout au long de son histoire et continuera de la faire; «cette transformation ne le place pas forcément dans une situation périlleuse».

La sociolinguiste acadienne Annette Boudreau note que c’est en faisant un usage fréquent et quotidien de sa langue que l’on se rend compte des différentes valeurs attribuées aux manières de parler. On prend alors conscience «que l’on peut adopter un registre plus formel dans le contexte qui le demande sans pour autant renoncer à son identité linguistique».

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Elle ajoute, fort à propos, que la variation est le propre de toutes les langues. Selon Boudreau, «il est réducteur d’assigner une identité à un groupe donné à partir d’une seule manière de parler, à partir du registre familier par exemple, et d’en déduire que les personnes de ce groupe sont incapables d’accéder à une autre registre».

Langue vivante

Andréanne Beaulieu martèle que les ajouts à la langue française et les emprunts illustrent à quel point la langue est en constante évolution et vivante. Le français québécois, précise-t-elle, a emprunté des mots aux langues autochtones : achigan, carcajou, ouananiche, ouaouaron, pemmican et bien d’autres. Cela ne fait pas du Québec une société assimilée.

La langue française, c’est bien connu, a emprunté des mots à plusieurs autres langues: à l’allemand (choucroute), à l’italien (allegro) et au nahuatl (chocolat), pour n’en nommer que quelques-unes.

Qu’en est-il des mots, locutions, constructions et expressions empruntées à l’anglais? Selon Beaulieu, «l’emploi d’anglicismes peut être bien selon le contexte, mais qu’en aucun cas ceux-ci seront employés au détriment de la langue française».

Registre familier

Un jeune qui dirait «iras-tu à la fête ce soir?» passerait probablement moins inaperçu en parlant avec ses amis que s’il lançait «tu vas-tu au party à soir?».

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Il faut être capable de faire la nuance entre les différents registres de langue. La directrice du collectif ajoute: «Ce n’est pas parce que deux interlocuteurs parlent un français de registre familier qu’ils parlent mal.»

Le message de ces Dix brefs essais sur le français québécois est le suivant: on devrait embrasser la diversité linguistique, la proclamer et la propager.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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