Vouvoiement à l’école: l’Ontario s’intéresse aux politiques du Québec

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Le ministre de l’Éducation de l’Ontario s'intéresse aux politiques québécoises de civisme et de vouvouement à l'école. Photo: iStock.com/Wavebreakmedia
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Publié 14/04/2026 par Émilie Gougeon-Pelletier

Le ministre de l’Éducation de l’Ontario a demandé à son homologue du Québec de l’informer des résultats de ses politiques de civisme dans les écoles, comme le vouvoiement et l’utilisation des titres «madame» et «monsieur», a appris Le Droit.

Le vouvoiement dans les écoles est obligatoire au Québec depuis le 1er janvier.

L’initiative a vraisemblablement piqué la curiosité du ministre de l’Éducation de l’Ontario, Paul Calandra.

Son bureau a récemment demandé à son homologue québécoise, Sonia LeBel, de lui «fournir des informations» sur les résultats de cette récente politique, lorsqu’il y en aura, «afin d’éclairer notre évaluation des approches possibles ici en Ontario», a fait savoir au Droit l’attachée de presse du ministre Calandra, Emma Testani.

Comme au Québec, le code de conduite scolaire de l’Ontario comprend l’interdiction d’utiliser les téléphones cellulaires durant les heures d’enseignement, et l’obligation d’avoir un comportement respectueux et civilisé.

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Or, contrairement au Québec, l’Ontario n’a pas de règlement obligeant les élèves à adopter un langage de «politesse» lorsqu’ils s’adressent au personnel scolaire, comme le vouvoiement chez les francophones, ou les appellations «madame» et «monsieur», dans les écoles de langues anglaise et française.

Le gouvernement du Québec a mis en place ces nouvelles règles sur le respect et le civisme pour combattre la montée de la violence et de l’intimidation dans les écoles.

Le ministre de l’Éducation de l’Ontario a souvent dit qu’il cherche des façons de «ramener le respect et le civisme dans les écoles» de la province.

Vouvoiement uniquement en français

La pratique du vouvoiement est dans les mœurs depuis longtemps, au Québec, comme l’avaient noté des élèves de Gatineau rencontrés par Le Droit, un mois après l’entrée en vigueur des nouvelles règles.

Mais la situation est différente en Ontario, puisque les francophones résident dans des communautés où leur langue est minoritaire et influencée par l’anglais, qui ne fait pas la distinction entre le «tu» et le «vous», explique la professeure à temps partiel à l’Université d’Ottawa, Marie-Josée Bourget.

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Originaire de la Ville de Québec, cette socio-linguiste de formation affirme avoir constaté l’absence du vouvoiement lors de son arrivée à Ottawa, en 1990.

«À l’Université Laval, on me vouvoyait, et à l’Université d’Ottawa, on me tutoyait. Ça m’a pris un peu de temps à m’habituer, mais après ça, j’ai compris que c’est la façon de faire ici, et les étudiants ne sont pas moins gentils, au contraire.»

Il sera important que le ministre de l’Éducation consulte la population avant d’imposer de telles mesures, pense Marie-Josée Bourget, «parce que ça risque de déranger beaucoup».

«On importerait une méthode qu’on n’a pas chez nous. C’est comme ça que les gens vont se sentir», souligne-t-elle.

«Pour les enfants, je n’ai pas de craintes. Mais je pense qu’il y a des adultes qui vont être offensés par cette mesure, puisqu’ils vont dire: ‘On ne peut pas avoir notre façon de faire qui est la nôtre sans être obligé d’aller chercher ce qui se fait au Québec’.»

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Une culture différente

«L’utilisation du français, elle est différente d’une communauté à l’autre, et c’est ce qui nous permet de survivre. Les mots qu’on utilise sont directement liés à notre culture. N’essaie pas d’imposer une culture sur les Franco-Ontariens, tu vas nous faire plus de dommage que de bien», plaide la députée franco-ontarienne, France Gélinas.

La néo-démocrate du Nord de l’Ontario souligne que «dans nos écoles francophones, on a d’immenses priorités pour que nos enfants réussissent bien, et [l’imposition du vouvoiement], ce n’en est pas une».

Même son de cloche pour la députée libérale franco-ontarienne d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard. «On ne peut pas toujours s’inspirer du Québec quand on veut faire des choses pour les Franco-Ontariens. On ne vit pas dans la même situation culturelle, on est minoritaire, c’est différent», souligne-t-elle.

Une porte-parole de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) nous a fait savoir que le syndicat allait d’abord analyser les impacts potentiels sur le terrain avant de se prononcer.

Trouver l’inspiration ailleurs

Ce n’est pas la première fois que le ministre Paul Calandra tente de trouver de l’inspiration des modèles scolaires d’autres juridictions.

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Il s’était rendu au Royaume-Uni, en janvier, dans le cadre d’une conférence mondiale sur l’éducation. Durant ce voyage, il en avait profité pour visiter la Michaela Community School, une école à charte largement réputée comme étant «l’école la plus stricte de Grande-Bretagne».

Ce voyage avait fait sourciller les enseignants en Ontario, y compris l’AEFO.

«Bien que nous reconnaissions l’importance de s’informer des meilleures pratiques à l’international, nous estimons essentiel que toute réflexion sur l’avenir du système d’éducation ontarien soit d’abord ancrée dans la réalité des élèves, du personnel scolaire et des communautés de la province», avait indiqué la présidente du syndicat, Gabrielle Lemieux.

Le ministre Calandra s’était défendu en disant qu’à l’école Michaela, il avait constaté «une priorité accordée à la réussite scolaire, fondée sur le respect».

«Lorsque je discute avec des enseignants de l’Ontario, ils sont unanimes: nous devons rétablir la civilité et le respect dans nos écoles», avait-il soutenu.

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