Elles ont planté leurs racines dans le sol franco-ontarien

Trois femmes de parole

Femmes immigrantes Oasis
Une table d'Oasis centre des femmes à une époque où des événements pouvaient être organisés en présentiel.
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Trois femmes de parole aux parcours différents se sont réunies virtuellement devant une quarantaine de personnes à l’occasion d’une discussion orchestrée par l’organisme torontois Oasis Centre des femmes, le vendredi 6 novembre.

Ce fut pour elles et pour les participants une opportunité d’avoir une discussion éclairante sur leurs parcours de femmes noires et d’immigrantes francophones en milieu minoritaire.

Fayza Abdallaoui est entrepreneure sociale, mentore et fondatrice de l’agence Next Level – Impact Consulting à Toronto.

Fété Ngira-Batware Kimpiobi, elle, est directrice générale de l’organisme Solidarité des femmes interconnectées francophones du Niagara (SOFIFRAN), qu’elle a cofondé en 2007.

Quant à Jeanne-Marie Rugira, elle est psychopédagogue et docteure en Sciences de l’éducation, en plus d’être professeure en psychosociologie à l’Université du Québec à Rimouski.

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Trois solitudes au Canada

Pourquoi une invitée québécoise? Parce que la profession de Jeanne-Marie Rugira l’amène à discuter avec beaucoup de femmes vivant en milieu minoritaire.

«Bien que chaque situation locale soit différente pour les francophones, les Québécois aussi sont minoritaires dans l’ensemble du Canada. La nouvelle frilosité que connaît le Québec actuellement à l’égard des immigrants, elle va avec l’insécurité identitaire.»

Selon Jeanne-Marie Rugira, il y a actuellement trois solitudes au Canada: la dualité entre anglophones et francophones, les Autochtones et les nouveaux arrivants.

Femmes immigrantes Oasis
Jeanne-Marie Rugira

Franco-Ontarienne, moi?

Si les trois intervenantes s’entendent pour dire que la présence de francophones venues d’ailleurs est un «plus» pour leur milieu de vie, elles sont aussi d’accord sur le fait que s’implanter ailleurs, ce n’est pas toujours évident.

Fété Ngira-Batware Kimpiobi, qui est aussi membre du conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français (UOF), constate que le visage de la francophonie s’est ouvert – «après tout, l’immigration, c’est un fait».

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L’éclairage des aînés

Elle déplore cependant un manque de communication entre les multiples communautés francophones de l’Ontario. «Chaque communauté vit de son côté, il n’y a pas beaucoup de mélange», remarque-t-elle.

Avant de diriger SOFIFRAN, Mme Ngira-Batware Kimpiobi a travaillé auprès des aînés. Elle juge que cette expérience enrichissante lui a permis de mieux connaître le combat des Franco-Ontariens pour la sauvegarde de leur langue. Un atout important pour celle qui juge primordial «de savoir aller vers les autres».

Fété Ngira-Batware Kimpiobi

Savoir foncer

De son côté, après 12 ans en Ontario, l’entrepreneure Fayza Abdallaoui se sent Canadienne «même si je n’ai pas encore le passeport!»

Après avoir vécu dans de nombreux pays en raison du rôle d’ambassadeur de son père pour l’Algérie, cette femme passionnée et énergique se dit aussi facilement Franco-Ontarienne, comme elle se dit profondément Algérienne et Parisienne! «Je me sens aussi immigrante parfois, à cause du regard des autres», ajoute-t-elle.

«Les gens l’oublient, mais on arrive tous avec une histoire», lance Jeanne-Marie Rugira. Parfois, le passé est dramatique, mais l’envie de réussir est là.

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Entrepreneures résilientes

En tant que gestionnaire d’entreprise, Fayza Abdallaoui estime que les femmes entrepreneures sont très résilientes dans un domaine qui ne leur est pas toujours accueillant. Elle note par exemple que les banques demandent souvent plus de garanties aux femmes qu’aux hommes.

Elle se réjouit toutefois de voir les femmes prendre leur place en entrepreneuriat. Mme Abdallaoui rapporte que, selon une étude de la Banque de développement du Canada (BDC) parue en octobre 2019, quelque 30% des 45 000 nouvelles entreprises lancées en 2018 l’ont été par des femmes.

Les nouveaux arrivants lanceraient aussi deux fois plus d’entreprises que les Canadiens d’origine.

Si elle avait un seul conseil à donner à celles qui veulent démarrer un projet en Ontario, ce serait de ne pas avoir peur d’aller au-delà des grands centres, comme dans le Nord ou l’Est de l’Ontario: «Aller de l’avant, c’est dans l’ADN de l’entrepreneur!», assure Mme Abdallaoui.

Femmes immigrantes Oasis
Fayza Abdellaoui

Oui, le racisme…

La question du racisme a aussi été évoquée en cours de discussion. «Le racisme systémique existe, et il faut préparer nos enfants à ça, mais c’est aussi la responsabilité des Blancs de travailler à l’inclusion», affirme Jeanne-Marie Rugira.

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«Il y a du racisme partout, même chez les Noirs», ajoute-t-elle en faisant référence à son pays de naissance, le Rwanda. «À force de dire qu’on n’est pas raciste, on ne fait rien pour améliorer les choses», avertit Mme Rugira.

Semer et fleurir

De son côté, Fété Ngira-Batware Kimpiobi invite les immigrants à sortir des sentiers battus et à faire l’exercice du miroir: comment les autres me perçoivent-ils? D’après la directrice de SOFIFRAN, cela permet de mettre en pratique sa propose devise: «Là où tu es semé(e), il te faut fleurir».

Fayza Abdallaoui considère que ses propres racines sont désormais plantées dans le sol torontois. «C’est la première fois que je m’installe volontairement quelque part. Je m’inscris dans la continuité du français, qui doit être partout sur le territoire.»

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