Éducation artistique en français: «Le plus grand défi, ce n’est pas l’anglais, c’est le silence»

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Une membre de l’audience a affirmé durant la période de questions et de commentaires que l’éducation artistique constitue «une essence pour l’existence». Selon elle, l’art transforme le français, d’une simple matière scolaire, en une expérience vécue. Photo: Dany Lepage
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Publié 20/03/2026 par Lê Vu Hai Huong

Réunis le 13 mars à Ottawa lors d’une table ronde, des intervenants ont mis en lumière le rôle crucial des arts pour donner une voix aux francophones et nourrir leur sentiment d’appartenance dans les communautés en contexte minoritaire.

Organisée par la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) dans le cadre du Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, la table ronde «La francophonie plurielle comme lieu d’appartenance culturel» a fait salle comble à l’auditorium du Musée des beaux-arts d’Ottawa.

L’objectif de cette rencontre était de rassembler les réflexions sur l’apport des arts au sentiment d’appartenance. Ce dialogue, aux yeux de l’animatrice Noémie Dansereau-Lavoie, doit permettre d’explorer comment les arts peuvent renforcer l’identité culturelle dans les communautés francophones en situation minoritaire.

L’art comme vecteur d’identité

Selon le président de Franco-Jeunes de Terre-Neuve et du Labrador, Tristan Claveau, n’importe quelle personne peut devenir un passeur culturel en s’impliquant dans sa communauté et en partageant sa vision de la francophonie.

Pour l’artiste et entrepreneure fransaskoise Alexis Normand, un passeur culturel agit comme un pont entre une œuvre artistique et une communauté. Ce rôle consiste à donner du sens à une œuvre pour les personnes qui la découvrent.

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Le slameur et poète Yannick Mbuluku, alias Kimya, raconte que sa rencontre avec l’animateur et membre du groupe Improtéine, Martin Laporte, lors d’un camp de leadership a profondément influencé sa trajectoire.

«Si Martin Laporte n’avait pas été là, peut-être que je ne serais pas ici aujourd’hui. Le rôle de passeur culturel, c’est quelqu’un qui fait le pont entre une œuvre et communauté, ou son expérience et une autre personne.»

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Yannick Mbuluku, alias le slameur et rapeur Kimya, est originaire de Kinshasa, en République Démocratique du Congo, et vit à Ottawa. Il y poursuit ses activités artistiques et occupe un poste d’animateur culturel au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Photo: Lê Hai Huong Vu, Francopresse

Le représentant de la jeunesse du Manitoba pour l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF), Raphael Raharijaona, a également affirmé que l’art et la culture jouent un rôle fondamental dans la construction d’une fraternité entre les communautés francophones du pays. Son propre sentiment d’appartenance ne s’est pas construit principalement à travers les matières scolaires traditionnelles, mais plutôt par le biais d’expériences artistiques.

«L’art, c’est comme un véhicule pour l’affirmation d’identité, et le fait de pouvoir partager son histoire ou d’être une personne culturelle nous permettent de nous comprendre les uns les autres», a constaté Alexis Normand. Selon elle, les œuvres artistiques permettent également de créer des liens d’empathie entre les individus.

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Raphael Raharijaona, né en France, a grandi au Manitoba avant d’étudier la science politique à Ottawa. Son parcours lui a permis d’observer différentes réalités de la francophonie canadienne. Photo: Lê Hai Huong Vu, Francopresse

Des expériences concrètes pour les jeunes

La coach de vie, enseignante et artiste Alison Palmer a pour sa part évoqué le Festival théâtre jeunesse du Manitoba, qui rassemble environ 800 jeunes chaque année. D’après elle, ces activités permettent aux participants de vivre des expériences en français en dehors du cadre de la classe.

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La conférencière a ajouté que les souvenirs créés lors de ces évènements contribuent à forger des amitiés durables entre les jeunes francophones.

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Alison Palmer, artiste, pédagogue et coach de vie à Saint-Pierre-Jolys, Manitoba, propose aux jeunes francophones de découvrir l’expression artistique depuis 2020. Photo: Lê Hai Huong Vu, Francopresse

Alexis Normand a ensuite raconté une anecdote sur un élève qui avait assisté à l’un de ses spectacles et qui était resté seul vers la fin. «Il tremblait, puis il m’a dit: “Moi, ma famille, on est d’origine rwandaise. Et aujourd’hui, enfin, j’ai compris que je peux être franco-manitobain.”»

Selon l’artiste, cette expérience illustre bien la nature plurielle de la francophonie actuelle.

La représentante de la jeunesse de l’Ontario, Éliane Hamed, a également mentionné l’importance des nouveaux médias dans l’expression des jeunes. D’après elle, les balados et les projets numériques offrent aux élèves de nouvelles façons de partager leurs idées.

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Éliane Hamed, 14 ans, s’est présentée comme une élève passionnée de danse et de chant, avec un intérêt pour l’entrepreneuriat et les projets créatifs. Photo: Lê Hai Huong Vu, Francopresse

Le financement des arts en question

«Quand ça vient aux questions budgétaires, l’art et la culture francophone sont les premières choses à être coupés», a affirmé Yannick Mbuluku. Selon lui, ces domaines sont pourtant essentiels pour motiver les jeunes à rester engagés dans leur parcours scolaire.

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Raphael Raharijaona ajoute que l’accès à la culture constitue également un enjeu de rétention scolaire. D’après lui, ce problème demeure particulièrement visible dans les régions rurales et isolées.

«Nous reconnaissons que des cours d’arts figurent déjà dans les curriculums à travers le pays. Toutefois, leur accessibilité et leur qualité varient considérablement d’une région à l’autre et un écart important persiste entre ce qui est prévu sur les curriculums et ce qui se passe réellement dans les écoles», a observé la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, par écrit à Francopresse après la table ronde.

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Nancy Juneau. Photo: Clémence Labasse, archives Francopresse

Tristan Claveau a comparé la situation des activités artistiques à celle des sports. «C’est super simple qu’une compagnie voie une équipe de sportifs et donne de l’argent. Quand c’est des activités artistiques, culturelles, il faut creuser beaucoup plus pour trouver de l’argent […] surtout [pour] des instruments.»

Présente à l’évènement, l’administratrice au sein de l’Alliance culturelle de l’Ontario, Anik Bouvrette, a appelé à un dialogue plus honnête entre les gouvernements et les artistes. Les jeunes devraient se trouver, selon elle, au cœur des décisions en matière de politiques culturelles et éducatives.

«Les jeunes au centre. Nous, les adultes, quand on prend les décisions, il faut qu’on se mette dans la peau des jeunes.»

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Les arts comme un mégaphone pour les francophones

«Pour moi, l’obstacle le plus grand ou le défi le plus grand, ce n’est pas l’anglais, c’est le silence», a exprimé Alexis Normand. Elle est d’avis que les arts permettent précisément de briser ce silence et d’encourager l’expression.

Éliane Hamed a ajouté que la pratique des arts lui a permis de développer une plus grande confiance en elle. Elle a expliqué que l’expérience de participer à cette table ronde lui avait donné le sentiment d’être réellement écoutée.

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L’artiste, autrice-compositrice-interprète et cinéaste originaire de Saskatoon, Alexis Normand, a suivi une formation en éducation et travaille régulièrement dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à la musique et à la création artistique. Photo: Lê Hai Huong Vu, Francopresse

Et les prochaines étapes?

À la suite des échanges au Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, a indiqué que son organisme souhaite structurer des actions autour de quatre idées.

– Favoriser la collaboration entre les milieux scolaire, culturel, communautaire et institutionnel pour éviter le travail en silo et augmenter l’impact.

– Renforcer et adapter les projets déjà efficaces.

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– Améliorer le partage de connaissances grâce à des outils, des données et de la formation.

– Encourager des investissements stables en éducation artistique afin de soutenir la réussite scolaire, la vitalité linguistique et la rétention des jeunes francophones.

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