Les éditeurs franco-canadiens ont su tirer profit de la pandémie

Éditeurs franco-canadiens
Le kiosque du REFC au Salon du livre de Montréal en 2018.
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 19/02/2022 par Éricka Muzzo

Les ventes de livres d’éditeurs québécois et franco-canadiens ont augmenté de 18,3% en 2021 comparativement à 2020, a révélé en janvier la Société de gestion de la Banque de titres de langue française.

Si les maisons d’édition du Regroupement des éditeurs franco-canadiens rapportent plutôt une augmentation de 5 à 10%, il n’en demeure pas moins qu’elles ont réussi à se garder la tête hors de l’eau depuis le début de la pandémie, certaines ayant même utilisé cette période pour se renouveler.

Légère augmentation des ventes

«Il faut prendre ce résultat avec un grain de sel», avertit le président du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC), Stéphane Cormier, également codirecteur général et directeur de la commercialisation aux Éditions Prise de parole de Sudbury.

Éditeurs franco-canadiens
Stéphane Cormier

C’est lui-même qui a écrit à certaines maisons d’édition membres du REFC pour voir si une tendance se dégagerait au niveau des ventes. Huit lui ont répondu.

«Ce n’est peut-être pas une étude scientifique à proprement parler», lance-t-il en riant. «Mais ça me permet de dire que dans l’ensemble, les maisons d’édition qui ont répondu ont quand même connu une légère augmentation des ventes globalement en période de pandémie

Publicité

Trois nouvelles maisons d’édition

Cette hausse n’est pas aussi élevée que celle relevée par Gaspard, le système d’information de la Société de gestion de la Banque de titres de langue française (BTLF). Mais Stéphane Cormier note que l’année 2021-2022 s’annonce très bonne en comparaison à 2020-2021. «Je trouve ça réjouissant», s’enthousiasme-t-il.

Le REFC a d’ailleurs accueilli trois nouvelles maisons d’édition depuis le début de la pandémie: les éditions du Pacifique Nord-Ouest en Colombie-Britannique, Vidacom Publications au Manitoba et les Éditions Terre d’accueil dans l’Est ontarien, dédiées aux auteurs issus de l’immigration.

«Ça démontre un souhait et un intérêt pour que des maisons d’édition s’installent dans des régions périphériques parce qu’il y a des francophones et des gens qui ont des choses à dire, à raconter, et des gens qui ont envie de les publier», conclut Stéphane Cormier.

éditeurs franco-canadiens
Le kiosque du REFC au Salon du livre de Dieppe en 2020.

Le présentiel, entre espoir et incertitude

Du côté du Manitoba, la directrice générale des Éditions du Blé, Vanessa Gaillard, observe pour sa part une hausse des ventes d’environ 7 % entre 2019 et 2021.

Éditeurs franco-canadiens
Vanessa Gaillard

Le nombre de publications y est demeuré stable dans les deux dernières années, variant entre six et huit.

Publicité

La nouvelle directrice, qui est entrée en poste en novembre 2021, espère tout de même que l’année 2022 sera la bonne pour la reprise des évènements en personne, malgré que le Salon du livre de l’Outaouais (SLO) ait annoncé en janvier un format virtuel pour une deuxième année consécutive.

L’annulation de nombreux évènements ou leur tenue en virtuel depuis le début de la pandémie a certainement été l’un des plus grands défis des maisons d’édition.

Plus difficile de vendre en virtuel

«Festivals, salons du livre, lancements et causeries où, en général, on fait quand même une certaine part de nos ventes. En virtuel, c’est plus difficile de vendre des livres», lance Stéphane Cormier.

À Toronto, le Salon du livre 2022 sera de retour en présentiel les 18, 19 et 20 mars à l’Université de l’Ontario français.

Vanessa Gaillard prévoit tout de même que «si le présentiel ne peut, à nouveau, pas se faire, on va essayer d’avoir plus de nouvelles virtuelles à propos des livres, des auteurs, d’avoir des vidéos».

Publicité

La native de France aimerait faire découvrir davantage la francophonie hors Québec. «Peut-être qu’un jour tous les Canadiens sauront qu’on parle français en dehors du Québec! On n’est pas beaucoup, mais on est là», lance-t-elle en riant.

«Les gens sont revenus aux livres»

Pour Stéphane Cormier, la légère augmentation des ventes témoigne tout de même que la perte de revenus liée à l’annulation de deux ans d’évènements a été contrebalancée par des ventes supplémentaires en librairie ou en ligne.

«Sachant que c’était difficile d’aller voir un spectacle de théâtre, d’aller au cinéma ou d’aller voir un show de danse, une des activités culturelles disponibles c’était la lecture», lance le codirecteur de Prise de parole en guise d’explication possible.

C’est également l’hypothèse de Serge Patrice Thibodeau, poète et directeur général des Éditions Perce-Neige à Moncton. «Les gens sont revenus aux livres. Ils se sont tannés des écrans. Je pense qu’ils ont repris l’habitude d’acheter des livres et de lire.»

«Ça ne devrait pas s’atténuer dans les années à venir. En gros, je suis très confiant en l’avenir… C’est juste qu’on est un peu impatients – c’est comme attendre le printemps!»

Publicité
éditeurs franco-canadiens
Serge Patrice Thibodeau est poète et directeur général des Éditions Perce-Neige à Moncton. Photo: Acadie Nouvelle, Sylvie Mousseau

L’isolement a pesé sur certains auteurs

Si l’écriture est une activité solitaire, Stéphane Cormier note que l’isolement a pesé sur plusieurs auteurs après plusieurs mois de pandémie : «À partir du moment où le livre est publié, tu peux voir l’impact que ça a sur les lecteurs. Quand pendant deux ans tu n’as pas cette opportunité-là, ça peut être difficile.»

Ce qui manque le plus à Serge Patrice Thibodeau, ce sont les lancements-spectacles traditionnellement organisés par les Éditions Perce-Neige. «Ça fait deux ans qu’on n’a rien pu faire et ça, c’est triste. On a quand même des idées pour retrouver notre public et en développer d’autres», assure-t-il.

Autant de travail, moins de résultats

La maison d’édition a fait le choix à la fin 2020 de ne plus s’investir dans les salons du livre virtuels parce que «ça nous demandait autant de temps que les salons du livre en présentiel… Et ça n’avait absolument aucun impact – du moins pour nous», indique le directeur.

La petite équipe n’a pas chômé pour autant : «Ça nous a permis de prendre ce temps-là et de le mettre ailleurs, pour d’autres projets», ajoute-t-il.

Il nomme entre autres un projet de développement des voix émergentes au Nouveau-Brunswick «qui connait un immense succès, ça dépasse même nos attentes».

Publicité

Livres audios et balados

Depuis quelques années, les Éditions Perce-Neige offrent des livres numériques en français. «Même si la demande n’est pas là. C’est tellement un beau produit, quelque chose de fascinant qu’on ne peut pas s’empêcher d’en faire!» lance Serge Patrice Thibodeau.

La maison d’édition planche aussi sur deux séries balados qui seront lancées au mois de mars, mois de la francophonie et de la poésie.

éditeurs franco-canadiens
Le Salon du livre de Hearst en 2019. Les maisons d’édition franco-canadiennes ont continué leurs opérations durant la pandémie, certaines en ayant même profité pour développer de nouveaux projets.

Rien n’égale les librairies

Stéphane Cormier souligne l’importance «que les gens puissent entrer dans une salle puis voir un paquet de livres en français».

«C’est sûr qu’on peut commander des livres sur Internet facilement aujourd’hui. Mais sur plusieurs sites marchands, ce qu’on voit beaucoup c’est une offre en anglais. Beaucoup de Franco-Canadiens sont parfaitement bilingues… Donc l’offre qui nous est présentée, c’est souvent celle-là qu’on retient.»

Il estime qu’avoir des points de vente où retrouver facilement de nombreux livres en français — comme la future librairie de la Place des Arts du Grand Sudbury — peut avoir un grand impact sur les habitudes de lecture en français. Et, ultimement, sur la pérennité des maisons d’édition franco-canadiennes.

Publicité

«Entouré de livres, c’est là que tu fais des découvertes. Pour moi, c’est primordial qu’il y ait un retour d’une librairie à Sudbury… Pour vendre des livres de Prise de parole et d’éditeurs franco-canadiens, oui… Mais aussi des livres européens, québécois. Le simple fait de se mettre à lire, ça bénéficie à tout le monde», estime Stéphane Cormier.

Auteur

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur