Écriture sensible et délicate d’un septuagénaire

livre
Bernard Mulaire, Flâneries et souvenances, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2018, 284 pages, 21,95 $.
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Dans Flâneries et souvenances, le Franco-Manitobain Bernard Mulaire, 73 ans, raconte sa timide découverte de l’homosexualité, sa sortie du placard pleine de délicatesse et de sensibilité, puis sa vie de gai adulte marquée du sceau de la vulnérabilité.

Né à Saint-Pierre-Jolys, éduqué au Collège de Saint-Boniface, il estime que «la Révolution tranquille au Manitoba français a dû quelque chose à l’éveil de l’homosexualité parmi les siens, à son esprit contestataire».

Le livre prend la forme d’un journal écrit entre 2003 et 2017, mais il raconte des pages de vie souvent antérieures à ces années-là. Plusieurs notices nous ramènent au cours classique chez les Jésuites, en 1958-1966. C’est une époque où, «en bien des endroits et pour bien des gens, l’homosexualité avait été une aberration, vécue (si vécue) dans la honte et la plus grande cachotterie».

Le plaisir de raconter

Au fil de ses flâneries et souvenances, il est clair que le sport préféré de Bernard Mulaire est… la conversation. Avec le serveur Stéphane, avec Michel dans le bain-tourbillon, avec le confrère Don en arts plastiques, avec l’artiste-peintre Martin dans le Village gai de Montréal, l’auteur laisse une première impression l’amener à décrire un monde plus vaste. «Mon plaisir est de raconter.»

Comme j’ai moi aussi fait mon cours classique à peu près à la même époque (Mulaire est deux ans plus vieux que moi), j’ai souri en lisant que l’homosexualité n’était pas interdite dans les collèges ou séminaires de l’époque, c’est la sexualité qui l’était.

Comment savoir ce qui constituait alors un péché véniel ou mortel? Très simple: «Les jeunes collégiens durent calculer les instants du plaisir initial comparativement au consentement final pour se décharger de la culpabilité mortelle…»

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Subterfuge de l’art

Pour cacher son attirance vers Jean-Marc, Christian, Gérard ou Claude, le jeune Bernard Mulaire s’adonne au dessin, à la peinture et à la sculpture sans s’attirer les reproches d’un père jésuite. «Ah, le subterfuge de l’art! Qui eût cru cela possible au Collège de Saint-Boniface?»

Les flâneries de l’auteur le conduisent au gymnase où il aime admirer «le galbe des fesses paradisiaques» ou lorgner vers des éphèbes et des Adonis qui se déhanchent dans des tenues légères. Il ne sait comment les satisfaire tous, mais «je me suis consacré à la tâche avec acharnement, mon seul espoir étant de les combler de toutes les manières imaginables».

Mulaire ne parle pas uniquement de sexualité et de sensibilité homoérotique. Il décrit ses parents et grands-parents. Sa mère était une Préfontaine de Saint-Pierre-Jolys et je me suis demandé s’il n’y avait pas un lien de parenté avec mon premier patron au Secrétariat d’État (1971), le Franco-Manitobain René Préfontaine…

Sans donner de dates précises, l’auteur dresse une liste de ses pérégrinations, depuis Saint-Pierre-Jolys jusqu’à Montréal, en passant par Saint-Boniface, Winnipeg, Taxco (Mexique), Philadelphie, Rome, Banff, Québec et Toronto. Sa prochaine destination est « ? ? ? ».

Bien que l’écriture de Flâneries et souvenances ne soit pas très typique du XXIe siècle, le récit me semble un excellent canevas pour un docu-fiction.

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