Écrire est savoir demeurer dans l’intime

Éric-Emmanuel Schmitt
Éric-Emmanuel Schmitt, Madame Pylinska et le secret de Chopin, récit, Paris, Éditions Albin Michel, 2018, 126 pages, 17,95 $. (Photo: Berthold Stadler/ddp)
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Le tout dernier récit d’Éric-Emmanuel Schmitt relate la relation entre un jeune homme qui veut apprendre le piano et sa professeure polonaise assez extravagante.

Madame Pylinska et le secret de Chopin est écrit au «je»: à 9 ans, Éric est bouleversé en entendant sa tante jouer du Chopin; à 21 ans, il décide d’apprendre à jouer du piano. Ce qui l’attend est rien de moins qu’un apprentissage de la vie, de l’amour et de l’écriture.

La première fois que l’enfant entend sa tante jouer un air de Chopin, il découvre «l’épiphanie d’une manière d’exister différente, dense et éthérée, riche et volatile, frêle et forte». Ses premiers cours l’initient à Couperin, Bach, Hummel, Mozart, Beethoven, Schumann, Debussy…

Pas de miracle

À 16 ans, l’ado veut aborder Chopin, mais le miracle ne se produit pas, Chopin le fuit. Une fois rendu à l’École normale supérieure de Paris, Éric-Emmanuel Schmitt étudie la philosophie et cherche un prof de piano. Entre en scène Madame Pylinska.

Lorsque cette Polonaise joue Chopin, le philosophe sent «la musique le frôler, le lécher, le piquer, le pétrir, le malaxer, le balloter, le soulever…».

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La professeure voit que son élève est un cérébral outillé pour Bach, il enfonce les touches comme un bûcheron. Les devoirs qu’elle lui donne l’éloignent toujours du piano: cueillir les fleurs sans faire tomber la rosée, écouter le silence ou le vent, faire des ronds dans l’eau, venir à son cours après avoir fait l’amour… car les bémols devenus alors pulpeux et charnus frôleront le divin.

Le court récit d’un long impact

Lorsque l’auteur discute de la relation que Frédéric Chopin a eue avec George Sand, sa prof lui répond que Sand était «une esclave de la réalité» alors que la musique de Chopin «impose sa réalité à l’esprit. […] Elle n’exprime pas des sentiments, elle les provoque.»

Pour madame Pylinska, il existe d’autres compositeurs, mais il est impensable «qu’on pût en penser autant de bien que Chopin».

Madame Pylinska et le secret de Chopin est le court récit d’un long impact. Éric-Emmanuel Schmitt a toujours écrit en pensant à ce que Chopin lui avait appris. «Les plus beaux sons d’un texte ne sont pas les plus puissants, mais les plus doux.»

L’écrivain n’harangue pas une foule, il s’adresse à un individu, à moi, à lui, à elle. Écrire, c’est savoir «demeurer dans l’intime».

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